Paranormal Activity 2 – Tokyo Night (Toshikazu Nagae, 2010) [remake]

Titre original : Paranômaru akutibiti: Dai-2-shô – Tokyo Night
Réalisateur : Toshikazu Nagae
Origine : Japon
Année de production : 2010
Durée : 1h30
Distributeur : Seven 7
Interdiction : Aucune
Interprètes : Aoi Nakamura, Noriko Aoyama, Kazuyoshi Tsumura

A Tokyo, un frère et une sœur sont confrontés à d’étranges phénomènes, centrés autour de la jeune femme. Ils décident de filmer les événements…

Tiens donc ?! Un remake Japonais d’un film Américain ? Quelle drôle d’idée !

D’accord, c’est vrai, on pourrait se dire que ça change un peu, des Japonais qui reprennent à leur compte un blockbuster made in U.S – qui, soit dit en passant, tient davantage du gros foutage de gueule que du génie comme Le Projet Blair Witch en son temps –, mais pas tant que ça en fait… Évidemment, on est en droit de se demander quelle foutue bonne raison ils ont bien pu trouver pour décider de reprendre quasiment à l’identique le film d’Oren Peli – à la qualité plus que discutable –, premier d’une très probable nouvelle franchise ultra-rentable à la Saw depuis que celle-ci s’est officiellement éteinte… Ben on n’a pas encore trouvé, c’est moi qui vous l’dis !

Avant la séquence d’introduction, le film indique sobrement, comme pour se dédouaner de ce qui va suivre : « inspiré du film d’Oren Peli ». Si vous voulez mon avis, l’inspiration n’était pas vraiment au rendez-vous ce jour-là… En effet, très vite, dès les cinq premières minutes du film environ, on se rend compte que ce Paranormal Activity – Tokyo Night n’apportera à peu près RIEN de nouveau comparé à l’original dont il dit « s’inspirer » … La trame scénaristique est donc tout logiquement calquée sur celle de son prédécesseur, si ce n’est que les deux acteurs principaux sont frère et sœur et non un couple et que la sœur en questio, revient tout juste d’un super voyage aux States où, comble de malchance, elle s’est faite péter les deux jambes dans un accident de voiture. Hormis ces deux détails, c’est la même, mais avec des Japonais. Donc si vous escomptiez trouver des réponses aux interrogations volontairement laissées en suspens dans Paranormal Activity, je suis navrée de vous apprendre que vous vous êtes gourés…

Premier coup dur, l’intrigue de ce Tokyo Night met une éternité à démarrer… C’est avec un ennui proche du désespoir que l’on assiste à d’interminables scènes ultra-gnangnan dont la seule utilité consiste en fait à faire gagner un peu de temps au film, du style : « (la sœur) – J’en ai trop marre, tu promets de plus filmer ma chambre, d’accord ? (le frère) – Ok, je promets. – Tu promets quoi ? – Je promets d’encore filmer ta chambre. – Non ! J’ai dit que je ne voulais plus que tu filmes ma chambre, ok ?! – D’accord, d’accord, je ne filmerai plus ta chambre… Mais je peux encore filmer cette nuit, s’il te plait ? – Non ! Je t’ai dit…», et blablabla et blablabla, et vas-y que je tergiverse, que je tourne en rond pendant trois plombes pour que dalle avec mon super jeu d’acteur « inspiré » de Bozo le Clown… Je déconne pas, c’est véridique, et en plus, cette formidable scène nous fait l’immense honneur de revenir en tout  deux ou trois fois dans le film ; pour vous dire comme c’est l’éclate totale pendant bien trois quarts d’heure avant que l’intrigue daigne enfin pointer le bout de son nez ! Et là, fort heureusement pour nous, il y a encore deux-trois petites choses à sauver…

En effet, le seul semblant d’intérêt que l’on peut trouver à Tokyo Night, c’est le remaniement effectif des codes du cinéma d’horreur Américain à la sauce Ring (Hideo Nakata, 1997). De fait, le concept de malédiction par le Sheitan en personne se voit (grossièrement) intégré à l’histoire, et les scènes de « possession » (au sens « Paranormal Activitien » du terme) prennent alors des allures de yurei eiga (films de fantômes Japonais) avec, en prime, les longs cheveux noirs filasses et les torsions improbables du corps initiés par Sadako Yamamura. C’est cette tentative de créer une ambiance malsaine et oppressante typique des films d’horreur Japonais qui parvient à rehausser quelque peu notre intérêt pour le film en donnant lieu à une séquence légèrement flippante – le plus impressionnant restant sans nul doute la performance physique de l’actrice qui tient le rôle – car plutôt bien réalisée. Malheureusement, cela est bien loin de suffire pour faire de Tokyo Night un film digne d’intérêt. Pour une seule séquence correcte, combien d’autres nous auront fait profondément chier ! En outre, le concept de malédiction en spirale, qui se poursuit à l’infini comme la cassette de Ring, s’il n’est au départ pas pour nous déplaire, car il donne la brève illusion que le film se détache un peu de son modèle, s’avère au final tout aussi désastreux ; suffit de voir le dénouement final, absolument pathétique car d’une banalité à en crever frisant de (trop) près le ridicule, pour s’en convaincre définitivement.

Alors oui, bien évidemment, à l’instar de son « illustre » aîné, Tokyo Night est intégralement tourné en caméra subjective, mais là où l’original parvenait à peu près à justifier la pertinence de ce parti pris filmique, le remake de Toshikazu Nagae peine vraiment à nous convaincre. Tout est atrocement mal foutu et tombe comme un cheveu sur la soupe par manque d’explications cruciales ; par exemple, on se demande bien pourquoi Koichi, le frère, éprouve le besoin irrépressible de filmer un repas de famille ennuyeux au possible alors même qu’aucun phénomène surnaturel n’a encore commencé ! L’excitation puérile du mec qui emmerde tout le monde avec sa nouvelle caméra dans Paranormal Activity étant complètement éludée, on ne comprend pas vraiment les raisons qui poussent Koichi à filmer nuit et jour les moindres faits et gestes de la maisonnée… Ou, encore pire, on va se creuser les méninges pendant toute la première partie du film pour comprendre par quel obscur tour de magie celui-ci peut bien filmer sa propre caméra en train de filmer sa chambre alors qu’il est censé n’y en avoir qu’une seule (on ne comprendra que plus tard qu’en réalité il en possède tout simplement deux et même trois, mais bon, à ce stade du film, c’est loin de couler de source…) ; etc. Ajoutez à cela tous les cafouillages habituels liés à ce type de procédé dans les films bâclés (pertinence des plans, logique de découpage) et vous aurez une petite idée de la qualité technique de Tokyo Night.

Un dernier mot sur le jeu des acteurs, digne quant à lui d’un drama bas-de-gamme pour adolescentes pré-pubères où sévit la désagréable habitude de surjouer la moindre émotion, même quand il s’agit de remplir une tasse de thé. Alors, Koichi, lui, il a tout le temps l’air méga-surpris (tiens, une chaise, ça alors, comme c’est étrange… Il y a sûrement un esprit frappeur dans cette maison !) et s’exprime en permanence sur un ton horriblement monocorde, même quand sa « one-chan » adorée est en train de hurler à la mort, baladée en fauteuil roulant dans toute la maison par un esprit farceur. Et Haruka, la sœur, donc, bimbo mono-expressive issue de la génération d’« idoles » Japonaises, passe quant à elle le plus clair de son temps à faire chier tout le monde parce qu’elle est handicapée et qu’elle croit pouvoir tout se permettre sous prétexte qu’elle est bonne. Ah oui, et il y a le père aussi, sans doute la plus piètre performance de tout le film, pas foutu d’être impliqué dans son rôle durant les trois pauvres minutes où il apparait à l’écran (pour balancer trois phrases de merde, en plus). Bref, là aussi, Tokyo Night ne vole pas haut. Il ne décolle même pas, en fait.

En définitive, Tokyo Night s’avère être tout aussi utile et excitant que la série des Paranormal Activity Américains, un pauvre remake bâclé et dénué d’âme, servi par des acteurs tout sauf crédibles et alignant clichés sur clichés sans discontinuer. En bref : circulez, y a rien à voir !

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L’Armée des Morts (Zack Snyder, 2003) [remake]

Titre Original : Dawn Of The Dead
Réalisateur : Zack Snyder
Origine : États-Unis
Année de production : 2003
Durée : 1h45
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Sarah Polley, Ving Rhames, Jake Weber, Mekhi Phifer

Ana se réveille un beau matin et se retrouve en plein cauchemar : les morts sont mystérieusement sortis de leur sommeil éternel et attaquent les vivants. Après avoir miraculeusement échappé au carnage qui sévissait dans son quartier, Ana rencontre d’autres rescapés : André et sa femme Luda qui est enceinte, Kenneth, un officier de police, et Michael, vendeur de télés de son état. Ils décident de s’unir et de rejoindre le centre commercial le plus proche pour s’y réfugier quelques temps. Ils vont alors devoir faire face à une horde de zombies assoiffés de sang et de plus en plus nombreux tout en s’efforçant de cohabiter…

En 2003, le célèbre publicitaire américain Zack Snyder (300 ; Watchmen ; Le Royaume de Ga’Hoole) s’essaye au cinéma pour la toute première fois et livre un remake des plus réussis du chef-d’œuvre Dawn Of The Dead (Zombie) réalisé en 1978 par George A. Romero. Avec ce film, Snyder contribue à relancer la popularité jusqu’à présent en berne du créateur du zombie mangeur de chair, qui d’ailleurs en profitera pour sortir un an plus tard le quatrième volet de sa saga des morts-vivants, Land Of The Dead. Tout en conservant la trame principale de l’œuvre originale dont il s’inspire, ce remake réussit à se réapproprier le script original de Dawn Of The Dead de manière très personnelle, pour produire un film qui au final n’a plus grand-chose à voir avec son prédécesseur. En plus du fait d’avoir totalement rejeté le folklore zombiesque établi plus de trente ans auparavant par Night Of The Living Dead, l’on peut également observer que la dimension pamphlétaire qui faisait toute la puissance de frappe de l’œuvre de Romero est ici complètement éclipsée, Snyder préférant l’action pure et dure à la critique sociopolitique. Je précise que cet article traite de la version director’s cut, plus longue mais aussi légèrement plus gore que la version cinéma, et dont le principal atout consiste à avoir fourni davantage de détails sur les personnages et leurs vécus respectifs.

Tout commence avec une séquence d’introduction hallucinante qui frappe très fort, l’accent étant mis sur l’état de panique qui secoue un petit quartier américain soudainement mis à feu et à sang et qu’Ana (Sarah Polley, Mister Nobody ; Splice), qui a vu son mari mourir et ressusciter sous ses yeux, tente de fuir malgré les obstacles qui se dressent sur sa route. Fourmillant de détails d’une indéniable efficacité, cette séquence apocalyptique annonce que le film tout entier s’efforcera de véhiculer une terreur brute et instinctuelle qui, en prenant ses racines dans un quotidien admis comme étant sécurisé et contrôlé par notre inconscient collectif, explosera l’ensemble de nos défenses psychiques pour produire un choc audiovisuel dont même les plus blindés d’entre nous ne pourront réchapper. Suivant cette même idée directrice, le générique du début bénéficie d’un montage particulièrement nerveux qui accumule les scènes d’informations télévisées sur un fond de musique country qui agissent comme une sorte d’ellipse visant à faire comprendre au spectateur que la situation a déjà dégénéré et que, tout comme dans le Dawn Of The Dead original, les autorités américaines demeurent impuissantes pour enrayer ce phénomène de contamination collective qui prend de plus en plus d’ampleur. Le contraste généré par cette curieuse association d’images violentes à une musique cool et décontractée, ainsi que les plans semi-subliminaux de visages de zombies sanguinolents et toutes dents sorties, en plus de produire une atmosphère ironique et légèrement mélancolique, opère un processus de distanciation qui nous maintient confortablement dans notre position spectatorielle. En effet, nous sommes sur le point d’assister à l’élaboration d’une histoire, celle de cinq rescapés qui vont tenter le tout pour le tout pour survivre à cet Enfer…

Anoblis d’une superbe photographie qui privilégie les tons froids (bleu, vert, etc.) pour retranscrire l’ambiance désertique et impersonnelle du centre commercial infesté de zombies accros au shopping, les décors de Dawn Of The Dead s’avèreront être le théâtre de scènes glauques et malsaines somme toute assez dérangeantes et sublimées par un montage très esthétisant. Par exemple, la scène du monstrueux accouchement de Luda dans un magasin pour bébé rempli de peluches et de jouets assure un impact considérable sur nos convictions de ce que sont la famille et l’acte de donner la vie… Le film comporte ainsi de nombreuses scènes purement horrifiques (la vieille femme dégueulasse qui décède de ses blessures puis se relève, plus vorace que jamais ; le père contaminé et voué à attendre la mort ; le tragique épisode du voisin armurier Andy ; etc.) qui maintiennent la cohésion de l’ambiance oppressante et la sensation de menace imminente instaurées dès la séquence d’introduction. Mais Dawn Of The Dead sait aussi faire preuve d’humour pour nous permettre de relâcher un peu la pression, notamment en mettant en scène les personnages principaux qui s’amusent à tirer sur des zombies choisis parmi la foule agglutinée devant les portes du centre commercial en fonction de leur ressemblance toute relative avec des personnalités connues.

Les scènes d’action sont quant à elles très bien réalisées en dépit du fait que le film ait maintenant quelques années ; les effets spéciaux restent tout à fait corrects pour l’époque et sont loin de lésiner sur le gore, sans pour autant atteindre le niveau extrême de l’original… Giclées de cervelles, gorges arrachées, crânes transpercés, yeux perforés, le film ne nous épargne rien et fait fi de la suggestion au profit d’un véritable déballage de scènes trash toutes visuellement très bien rendues. Le maquillage des morts-vivants est lui aussi très convainquant et esthétiquement très réussi ; certains d’entre eux sont vraiment impressionnants (le manchot asiatique du début, ou encore le décharné qui fait face à André derrière l’une des vitres blindées du centre commercial, etc.). On regrettera néanmoins qu’ils soient capables de courir (et la rigor mortis alors ?!), caractéristique légèrement incohérente compte tenu de leur état de cadavres ambulants mais qui ne dessert cependant en rien le récit et l’action du film. Les hurlements de bêtes sauvages qu’émettent les zombies lorsqu’ils attaquent sont eux aussi quelque peu ridicules et illogiques (pourquoi diable les humains changeraient-ils de voix une fois morts ?!), mais bon, tout ceci fait partie des choix stylistiques du réalisateur, tout comme le processus de contamination quasi-instantanée par morsure, d’ailleurs (les morts-vivants de Romero ne le devenaient qu’une fois décédés de leurs blessures, ici ce phénomène s’opère dès lors qu’ils sont mordus). En revanche, les yeux blancs et la gestuelle saccadée des morts-vivants de Snyder constituent une très bonne initiative au mythe zombiesque, surtout lorsqu’il nous en est donné à voir des « ratés », dont le cerveau ne se serait pas complètement réactivé, et qui se contentent d’être secoués de spasmes incontrôlables (dans la VO, ils sont d’ailleurs appelés des « spasmo »).

Côté narration, le rythme reste très soutenu, en grosse partie grâce à la vigueur extrême du montage ; de ce fait, le film ne souffre d’aucune longueur et bénéficie d’une excellente mise en scène renforcée par une interprétation crédible de la part des acteurs. On notera également les caméos fort réjouissants de Tom Savini, qui n’est désormais plus à présenter, dans le rôle d’un flic à lunettes noires et grosses moustaches qui déclare le plus sérieusement du monde qu’« il faut leur tirer dans la tête… » ; et de Ken Foree en télévangéliste qui donne son opinion légèrement intégriste sur l’apparition des morts-vivants et qui en profite d’ailleurs pour ressortir sa phrase-culte du Dawn Of The Dead original: « Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre… ». Cette petite attention de Snyder pour faire plaisir aux fans a de fait pour conséquence de nous rendre un peu plus tolérants vis-à-vis de lui pour ses zombies coureurs de fond…

Dawn Of The Dead est donc un excellent film de zombie qui, en plus de remettre sur le devant de la scène le chef-d’œuvre de 1978, nous offre une relecture personnelle et divertissante du mythe légendaire instauré par Romero avec sa saga des morts-vivants. Grâce à l’originalité de son scénario et à l’efficacité de sa mise en scène produite dans les règles de l’art du cinéma horrifique, Dawn Of The Dead s’érige comme l’un des meilleurs films de zombie des années 2000.

Night Of The Living Dead (Tom Savini, 1990) [remake]

Réalisateur : Tom Savini
Origine : États-Unis
Année de production : 1990
Durée : 1h25
Distributeur : Columbia Tristar Dvd
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Tony Todd, Patricia Tallman, Tom Towles

Barbara et son frère Johnny viennent fleurir la tombe de leur mère récemment décédée. Alors que Johnny s’amuse à effrayer sa sœur, un homme étrange surgit du cimetière et attaque Barbara. Johnny court au secours de sa sœur mais, dans la bagarre, il tombe et se brise la nuque contre une pierre tombale. Désormais seule, Barbara court se réfugier dans une maison de campagne isolée où elle rencontre d’autres survivants. Ils essaient tant bien que mal de se barricader, mais les assaillants sont de plus en plus nombreux et semblent vouloir à tout prix pénétrer dans la maison. Ils vont alors comprendre à leurs dépens la terrible vérité : les morts se relèvent pour attaquer les vivants…

Célèbre spécialiste du maquillage et des effets spéciaux au talent reconnu, Tom Savini passe derrière la caméra pour la première et dernière fois avec ce remake du célèbre film Night Of The Living Dead réalisé en 1968 par son vieil ami George A. Romero, avec qui il a par ailleurs longtemps collaboré. Loin de ressembler aux multiples daubes pestilentielles qui ont maintes fois tenté de s’approprier un peu de l’aura du film de l’oncle George, ce remake, produit par le papa des morts-vivants en personne, réussit l’exploit de se hisser à la hauteur de l’œuvre originale, et peut-être même de la dépasser…

Bien que l’histoire de cette nouvelle version de Night Of The Living Dead suive à peu près le même déroulement narratif que l’œuvre de Romero, Tom Savini a néanmoins pris soin de glisser quelques variations scénaristiques et stylistiques qui ne sont pas pour nous déplaire. En effet, les fans du film original adoreront se laisser piéger par les feintes du réalisateur qui prend un malin plaisir à se jouer de nos attentes pour mieux nous surprendre. Subtiles et efficaces, ces quelques nuances permettent à Savini d’innover tout en restant fidèle à l’œuvre culte dont il offre une relecture pour le moins intéressante et originale.  Par exemple, la Barbara version 1990 (interprétée par la superbe Patricia Tallman) n’a absolument plus rien à voir avec la Barbara de 1968, la mollesse caractéristique de cette dernière ayant tout bonnement été remplacée par une niaque virulente qui en surprendra plus d’un. De même, le personnage de Tony Todd (Candyman, Destination Finale), Ben, tient ici le second rôle principal et non plus le premier : même si son comportement et son statut de leader restent identiques à celui du Ben jadis interprété par Duane Jones, c’est tout de même Barbara que le spectateur suit du début à la fin du film. Quant aux personnages secondaires, ils restent à peu près les mêmes, si ce n’est Judie Rose, l’épouse de Tom, qui s’est entre-temps métamorphosée en hystérique criarde qu’il nous tarde de voir périr dans les flammes.

Par ailleurs, le film regorge de clins d’œil qui constituent un véritable régal pour les fans. Citons en exemple la boîte à musique au travers de laquelle le spectateur pouvait apercevoir le visage décomposé de Barbara dans le film original qui se retrouve ici brisée en milles morceaux lors d’un moment d’extrême agitation, ou encore le sang qui gicle sur la truelle lors de la mort d’Alice Cooper, cette même truelle qui avait servi trente ans plus tôt à la jeune Karen Copper (ici rebaptisée Sarah) pour opérer le matricide qui avait bouleversé une génération toute entière de cinéphiles. Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres qui témoignent de la complicité qui existe entre ces deux grands artistes réunis pour le trentième anniversaire de Night Of The Living Dead par la motivation commune de produire un film authentique et de qualité certaine.

Les zombies sont quant à eux très réussis et véritablement effrayants, les maquillages de John Vulich et Everett Burrell ayant produit des merveilles de laideur post-mortem. Appliquant presque à la lettre l’ensemble des codes initiés par le réalisateur fétiche du cinéma zombiesque, Savini nous donne à voir des morts-vivants de tous horizons, extrêmement lents et qui attaquent « en meute » jusqu’à ce que leur faim gargantuesque soit assouvie. Brutal mais pas vraiment gore, ce nouveau Night Of The Living Dead nous prive de « repas » (des zombies, j’entends) mais nous offre en compensation une diversité des corps absolument jouissive pour tout amateur de zombies. Obèses ou squelettiques, clochards ou costards-cravates, sortis du cimetière ou fraîchement décédés puis revenus à la vie, les morts-vivants forment un groupe terrifiant autant par son hétérogénéité qui n’est pas sans manquer de vraisemblance que par les balafres béantes qu’ils exposent sans aucune pudeur. La violence est donc principalement suggérée, même si Savini, généreux, nous balance de temps en temps de franches giclées de sang ou de bons petits transperçages de crânes juste exactement comme on les aime.

La fin du film diffère largement de celle du scénario de 1968, d’une part parce que, contre toute attente, la rousse et non plus blonde Barbara se sort indemne de ce qui pourrait bien être la plus longue nuit de toute se vie ; mais aussi pour le message que le vétéran du Vietnam tente de nous faire passer par l’intermédiaire d’images aussi explicites que cruelles. En effet, le film s’attarde à nous montrer des chasseurs rednecks qui profitent de l’anarchie de la situation pour se décharger de leurs pulsions sadiques en se livrant à des jeux morbides sur les zombies (concours de force, stand de tir et autres attractions de fête foraine) tandis que l’héroïne observe la scène et déclare « Ils sont nous. Nous sommes eux ». Ce concept supposant que les monstres ne sont finalement pas ceux que l’on croit était déjà mis en avant de manière implicite par Romero dans son Night Of the Living Dead et perdurera dans toute sa saga des morts-vivants (notamment à la fin de Diary Of The Dead). Tom Savini clôt ensuite son film de la même manière que l’œuvre originale, par le montage de photos illustrant la fameuse scène finale du bûcher des morts-vivants, traînés et entassés dans leur « fosse commune » comme de la vulgaire bidasse avariée.

Le seul et unique long-métrage du très charismatique « Sex Machine » (voir Une Nuit En Enfer de Robert Rodriguez) peut donc être légitimement considéré comme un véritable remake digne de ce nom et faisant honneur au chef-d’œuvre ultime de ce très cher George ; mais aussi comme un excellent film de zombies comme on en voit que trop rarement, original et captivant, et qui livre ici un hommage majestueux aux films de genre.

Day Of The Dead (Steve Miner, 2008) [remake]

Réalisateur : Steve Miner
Origine : États-Unis
Année de production : 2008
Durée : 1h26
Distributeur : Millenium Films
Interdiction : Aucune
Interprètes : Mena Suvari, Nick Cannon, Michael Welch, Ving Rhames

Une épidémie se répand dans une petite ville des États-Unis, la garde nationale organise alors une quarantaine afin de contrôler l’épidémie. Sarah, caporal de la garde nationale originaire de cette même ville, décide d’aller prendre des nouvelles de sa mère et de son frère.

Quelle grosse merde.

Excitant comme un plagiat raté de Bruno Mattei et presque aussi prétentieux qu’une daube à gros budget de Paul W.S Anderson, ce remake, ou plutôt devrais-je dire cet affront au chef-d’œuvre culte de 1985 Day Of The Dead, s’acharne à vouloir péter plus haut que son cul pour un résultat, disons-le clairement, pire encore que tout ce qui se fait en termes d’opportunisme foireux et complètement dénué de talent. Visuellement très très moche, atrocement mal joué, inintéressant au possible et ridicule à en pleurer, le film de Steve Miner (Le Tueur du Vendredi ; Halloween, 20 Ans Après ; Lake Placid) se fout ouvertement de la gueule des fans de l’original en prenant des libertés qui, s’il y avait déjà fort peu de chances pour qu’elles réussissent à surpasser ou ne serait-ce qu’à égaler le scénario de George A. Romero, s’avèrent être des initiatives aussi merdiques qu’incohérentes. Retour sur le massacre d’un chef-d’œuvre en bonne et due forme.

Le premier point qui nous agresse les yeux au visionnage de Day Of The Dead, c’est son absence totale d’originalité – d’inspiration ? – que le film tente vainement de combler à grands coups d’effets de style plus risiblement cheap les uns que les autres. Le pire reste sans nul doute ces accélérations d’images intempestives convoquées dans l’unique but de donner un semblant de dynamisme au film mais qui ne parviennent au final qu’à rendre les actions complètement brouillonnes voire carrément illisibles. Cet effet insupportable va en réalité de pair avec le parti pris de Steve Miner – sans doute le pire outrage du film – de donner des pouvoirs surhumains à ses zombies. En effet, ceux-ci sont capables de pousser des sprints supersoniques, de marcher au plafond comme dans L’Exorciste, de courir sur les murs à la Prince Of Persia, et j’en passe des pires et des meilleures… Ben ouais, normal : ils sont morts, quoi de plus logique ?! Ces grotesques accélérations essaient donc tant bien que mal de rendre la présence insignifiante des zombies un tantinet angoissante (ce qui reste malgré tout un échec), la rapidité servant souvent de dernier recours aux films nazes pour tenter de faire peur lorsque leur scénario touche le fond.

Et il faut bien avouer que niveau zombies, Day Of The Dead en tient une sacrée couche, je parle notamment de ces nombreuses scènes de métamorphoses ridicules et tout bonnement incompréhensibles (les gens normaux qui se décomposent en bidoche avariée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire) avec même au programme une super-vision intracrânienne pour illustrer le processus de contamination des cellules du cerveau par le virus (allez, ne nous refusons rien, on a les moyens après tout…). En plus de ces joyeusetés, cet immonde remake qui ne se contente pas uniquement d’user et d’abuser de CGI absolument atroces a même eu  le mauvais goût de transformer les zombies si subtilement élaborés de Romero en monstres assoiffés de sang tuant davantage pour le plaisir que par instinct de se nourrir (c’est simple, on ne les voit jamais se nourrir). Sans parler de l’honteuse scène d’auto-cannibalisme (si, si, je vous jure !) qui a largement de quoi foutre les puristes en rogne, et ils auront bien raison ! D’ailleurs, ne saviez-vous pas que les zombies se désintégraient instantanément au contact des flammes, os y compris ? Oui, oui, j’ai bien dit « désintégrer instantanément ». Le pire, c’est que le talentueux scénariste Jeffrey Reddick devait sans doute trouver ça trop classe comme idée…

Mais quel lien peut-il bien y avoir entre cette sombre merde et le Day Of The Dead de 1985 ? Aucun, mis à part peut-être le prénom de l’héroïne, Sarah, interprétée par une Mena Suvari (American Beauty ; Stuck) complètement à côté de ses pompes, et encore, il est bien possible que ce soit là le pur fruit du hasard. Le remake a même cru judicieux d’aller à contre-courant de l’original en faisant des militaires les « gentils » se battant contre les méchants scientifiques, réduisant par là même la critique antimilitariste de Romero à néant. Que reste t-il donc de bon à prendre dans ce remake ? Absolument rien. Des dialogues creux et ennuyeux à en crever, un scénario aussi inintéressant qu’illogique (une usine de fabrique Nike secrètement reconvertie en silo de l’armée Russe à l’insu de tous… malgré le gros sigle « Biohazard » qui orne sa façade, of course) ; des acteurs de seconde zone insipides et pas crédibles un brin (mention spéciale au scientifique pseudo-beau gosse en costard-cravate tout droit sorti d’un épisode de Nip/Tuck) ; des scènes d’action puant le fake a des kilomètres (ah ah ! je tire au fusil à pompe d’une seule main et y a même pas de recul !) quant elles ne frisent pas carrément la bouffonnerie (le zombie fourbe qui attaque silencieusement du plafond façon Alien…). Le film, malgré » son manque évident de budget, a quand même tenu à se payer quelques « stars » en les personnes de Mena Suvari (sans doute en mal de reconnaissance) et de Ving Rhames, décidément abonné aux remakes (Dawn Of The Dead ; Piranha 3D) qui au final n’apparait pas plus de dix minutes en tout à l’écran (il devait sûrement coûter trop cher…).

Mais je suis mauvaise langue, il y a bien UN point commun entre ce remake pourri sur tous les points et l’original : le zombie intelligent « Bub » (« Boubou » en français), ici rebaptisé « Bud ». Eh bien, croyez-le ou non, mais même ça, le film a réussi à le foirer ! Tout ce qui constituait un formidable intérêt dans le film de Romero et qui de plus était traité avec une sensibilité (et non sensiblerie) touchante et empreinte d’humanisme se retrouve ici littéralement saccagé par une overdose de bons sentiments absolument pathétiques et incohérents tout juste bons à filer la nausée. Ici, le gentil petit soldat végétarien Bud (le très inexpressif Stark Sands) tombé amoureux en trois secondes-chrono de sa supérieure conservera une fois transformé en zombie son profond amour pour Sarah de même que son aversion pour la viande. Voici donc… Le premier zombie végétarien de l’histoire du cinéma ! Pire, il sauvera même sa belle des griffes de ses congénères ! A voir ça, on se dit que le film nous prend vraiment pour des cons. Encore pire, les zombies, se sentant honteusement trahi par l’un des leurs, n’hésiteront pas à lui faire subir de cruelles représailles… Mais où va le monde ?!

Nul à chier, voilà ce qui caractérise le mieux ce Day Of The Dead aussi aberrant par son absence totale de qualités que par sa prétention démesurément éhontée. Tout ça pour ça, j’ai envie de dire… Y a des idées qui feraient mieux de rester au fond d’un tiroir pour l’éternité. Y a aussi des films qui foutent vraiment la haine. Et y a Day Of The Dead, un anti-film notoire qui n’aurait jamais du voir le jour.

Night Of The Livind Dead 3D (Jeff Broadstreet, 2006) [remake]

Réalisateur : Jeff Broadstreet
Origine : États-Unis
Année de production : 2006
Durée : 1h20
Distributeur : Paramount Pictures France
Interdiction : Aucune
Interprètes : Brianna Brown, Joshua DesRoches, Sid Haig, Adam Chambers

En arrivant au cimetière pour l’enterrement de leur tante, Barbara et son frère Johnny sont surpris de ne trouver personne… Leur étonnement laisse place à la panique lorsqu’ils sont soudainement agressés par des hommes et des femmes étranges qui semblent être en proie à une terrible maladie. Abandonnée par son frère qui a pris la fuite, Barbara court se réfugier dans un crematorium. La jeune femme va alors se rendre compte que tout autour d’elle, les morts se relèvent pour attaquer les vivants…

« Un hommage à la version originale de 1968 de Romero, qui prend cette fois une dimension supplémentaire pour encore plus de frissons… »

Présenté de manière plus que honteuse comme un hommage au chef-d’œuvre de George A. Romero, ce nouveau Night Of The Living Dead 3D signé Jeff Broadstreet (Sexbomb, Megalomania, Dr. Rage) est en réalité un film tout ce qu’il y a de plus commercial, n’ayant absolument plus rien à voir avec l’œuvre éponyme dont il s’est odieusement autoproclamé le remake et qui atteint un tel niveau de nullité rarissime que le qualifier d’ « hommage » relève tout bonnement d’hérésie pure et dure… D’ailleurs, je dois d’ores et déjà vous avertir, si le dvd comprend une version 2D en plus de sa version originale en 3D, ce n’est pas pour rien… Alors, soyez bienveillant envers vous-mêmes et épargnez à vos petits yeux 1h20 de torture visuelle : laissez tomber les lunettes rouges et bleues, l’abomination du film se suffit à elle-même !

En effet, si l’on commence par là, le concept tridimensionnel mis en avant par ce remake est techniquement tellement mal rendu qu’il demeure impossible pour tout être humain normalement constitué d’endurer cette terrible souffrance sensorielle jusqu’au bout. L’image est horriblement trouble (et l’obscurité dans laquelle baigne le film n’est pas pour arranger les choses), les actions sont brouillonnes et parfois même carrément illisibles ; le tout vous emportera vers un état somatiquement proche de la gueule de bois. De plus, très honnêtement, cette pseudo-3D qui n’en est encore qu’à ses balbutiements n’apporte strictement rien au film si ce n’est l’enfoncer encore plus profondément dans le marasme de médiocrité instauré par le scénario dès la séquence d’introduction.

Pour ce qui est de l’histoire (mais y en a t-il une, au juste ?) de Night Of The Living Dead 3D, elle est tout simplement absurde et ennuyeuse à en pleurer des nerfs. Les personnages ont tous été relookés selon l’air du temps (peut-être dans le but de toucher un public de teenagers vraiment débiles), et la situation principale d’enfermement spatial qui faisait toute l’efficacité de l’original se retrouve ici éclipsée au profit d’une narration au rythme lent, décousue et inintéressante. Le lâche Harry Cooper se retrouve donc transformé en grand gaillard aux bracelets à pics qui cultive de l’herbe (et dont la maîtresse est une junkie affublée du dynamisme d’une étoile de mer échouée sur la plage) ; le non plus noir mais blanc comme neige Ben (waouh, quel provocateur ce Jeff !) est un pauvre looser décérébré qui deale pour se payer ses études (ah ah, c’te blague…), et Barbara une blondasse superficielle et mono-expressive  aussi crédible que Miss France sortant un bouquin de philo. Sans parler de Judie Rose, si calme et distinguée dans le film de Romero, ici métamorphosée en pétasse hystérique à poil du début à la fin de son apparition minable à l’écran. En plus de ce ramassis de stéréotypes déplorables, le scénariste a cru bon de rajouter quelques personnages supplémentaires dont la consistance n’est pas sans rappeler les Flamby de notre enfance… Nous faisons donc la connaissance d’Owen, jeune fumeur de pétards complètement à la ramasse, et de Gerald Tovar Jr., embaumeur un brin tordu et pyrophobe.  La présence au casting du pote à Rob Zombie, Sid Haig (La Maison Aux 1000 Morts, The Devil’s Rejects, Halloween) ne contribue hélas en rien à rehausser le niveau pitoyable du film, même s’il semble néanmoins être le seul acteur à avoir un jeu potable sans que l’on s’en arrache les cheveux, il se contente quand même du minimum syndical.

A côté de cette ignominie scénaristique s’ajoute une mise en scène des plus déplorables et pas réaliste pour un sou : les scènes de lutte sont d’une mollesse tout ce qu’il y a de plus pathétique (attends, ils se battent ou ils dansent là ?), rien ne semble avoir été chorégraphié au préalable et les acteurs ont plus l’air de penser au film qui passera ce soir à la télé qu’à livrer leur meilleure performance (en même temps, on les comprend). De plus, les réactions des personnages sont toutes plus incohérentes les unes que les autres (on est trop pressés mais je vais quand même prendre le temps de me changer et d’aller faire pipi, et même de raconter toute ma vie à une inconnue, tant qu’on y est…) et le film s’attarde durant ce qui parait être une éternité sur des dialogues creux au possible et des situations caduques. Rajoutez à tout cela des scènes d’action risibles mais pas drôles du tout (l’inénarrable Judie Rose qui, poursuivie par une horde de zombies, pense tout de même à se cacher les seins, pudeur oblige), des clins d’œil foireux à l’œuvre originale (les personnages regardent Night Of The Living Dead et déclarent que « c’est un navet parce que ça finit mal »…), des interactions d’un vide intersidéral, une temporalité hyper-mal gérée (la nuit s’écoule en une heure, sans ellipses ni rien du tout) et une intrigue cousue de fil blanc, et vous aurez enfin une idée de l’épreuve physique et mentale que constitue le visionnage de ce film.

On pouvait néanmoins espérer pouvoir tabler sur de « beaux » zombies, à la fois fun et effrayants, qui peut-être pourraient nous aider à supporter ce cauchemar… Mais non ! Même là, le film réussit à rater son coup ! Le maquillage grotesque couplé à des effets spéciaux d’avant-guerre et à une gestuelle de débutant font que l’on en vient même à détester ces zombies. Ne bénéficiant d’aucune sorte de logique esthétique, leur design est de loin l’un des plus affreux de la décennie. Aussi moches qu’inutiles, les morts-vivants sont plus une sorte de décor de fond qu’un réel personnage à part entière, annihilant ainsi tout sentiment de menace imminente pourtant indispensable pour n’importe quel film de zombie. Et, outrage des outrages, Jeff Broadstreet touche définitivement le fond quand il décide de faire parler certains d’entre eux… Non, vraiment, ce film n’a rien pour lui !

Raté sur toute la ligne, insupportable, présomptueux, Night Of The Living Dead 3D cumule tous les défauts et se livre à une débauche incroyable de scènes lamentables témoignant toutes d’un très mauvais goût mais aussi et surtout d’un indéniable manque de talent. Un film à enterrer pour de bon, et qui ne mérite pas même que vous ne lui accordiez ne serait-ce qu’un seul regard. Quitte à voir un remake, préférez-lui de loin celui de l’excellent Tom Savini…

Possession (Joel Bergvall & Simon Sandquist, 2009) [remake]

Réalisateur : Joel Bergvall, Simon Sandquist
Origine : États-Unis
Année de production : 2009
Durée : 01h25
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Interdiction : Aucune
Interprètes : Sarah Michelle Gellar, Lee Pace, Michael Landes

La vie de Jess est bouleversée après l’accident de voiture dont sont victimes son mari Ryan et son beau-frère Roman. Plongés dans un profond coma, ils semblent avoir peu de chance de s’en sortir. Lorsque Roman se réveille, il prétend être le mari de Jess…

Aucun rapport avec le film éponyme de 1981 réalisé par Andrzej Zulawski, ni avec cet état bien spécifique de bouleversements physico-émotionnels particulièrement spectaculaires nécessitant l’intervention d’urgence d’un prêtre-exorciste du Vatican, d’ailleurs. Non, Possession n’est ni plus ni moins que le remake américain d’Addicted, drame sud-coréen réalisé par Park Young-hoon avec Lee Byung-hun dans le rôle principal (A Bittersweet Life, I Saw The Devil). Mettant en scène une Sarah Michelle Gellar (The Grudge 1 et 2, Southland Tales) au top de sa forme dans le genre qui lui convient le mieux et un Lee Pace (A Single Man, The Resident) au charme aussi ambigu qu’ensorceleur, Possession peut être considéré à juste titre comme un petit thriller dramatique sans prétention dont les interprétations très justes de ses acteurs principaux parviennent à compenser les quelques faiblesses scénaristiques qui le minent.

Malgré un packaging et un titre plutôt évocateurs, l’on pourra de prime abord être surpris de constater que Possession n’est en aucun cas un film d’horreur. La première partie du film est ainsi entièrement consacrée à l’établissement du lien très fort qui unit Jess (Sarah Michelle Gellar) à son mari Ryan (Michael Landes, vu dans Harcelés) afin de pousser à son maximum l’empathie du spectateur envers ce couple apparemment au comble du bonheur. Certains pourront d’ailleurs être vite exaspérés par l’aspect lisse et « trop parfait » de ces deux avatars par excellence de la comédie romantique Hollywoodienne dans toute sa splendeur : le mari en question écrit des lettres d’amour à sa bien-aimée chaque semaine, taille les roses du jardin pour les lui glisser dans son sac en catimini, passe des heures à sculpter son portrait… Oui, c’est pire encore que « le Monde de Candy », je vous le concède. Cependant, au vu de la suite, on comprend plus ou moins les raisons qui ont poussé le film à s’attarder autant sur la relation exclusive de ces deux amoureux transis, bien qu’un tel étalage de guimauve aurait tout de même pu largement être évité. Mais bon, jusque là, cela reste plus que convenable, la candeur de la plus célèbre des chasseuses de vampires aidant plus que pas mal ; sans oublier bien sûr l’aura agréablement négative de Roman (Lee Pace), ex-taulard violent et frère de Ryan, qui parvient sans mal à modérer un peu cette idylle à la sauce « Charlotte-aux-Fraises » qui devient vite écœurante.

Possession construit donc paisiblement son château de carte rose-bonbon pour le détruire ensuite de manière bien abrupte (mais malheureusement fort prévisible), et le film prend alors une tournure fantastique plutôt intéressante bien que le traitement qui en soit fait demeure superficiel de bout en bout. En effet, on aurait aimé que certains aspects de l’étrange métamorphose de Roman à son réveil soient davantage creusés mais, vu la place énorme prise par le genre romantico-dramatique dans le film, il n’est pas surprenant qu’il ne reste que très peu de temps pour l’action ; ainsi les tenants et les aboutissants de l’intrigue principale sont-ils assez rapidement survolés et comptent à mon sens beaucoup trop sur la bonne compréhension du spectateur escompté excessivement patient et tolérant. Bref, tout cela est fort dommage, car en dépit de ce « traitement de surface » assez regrettable, Possession avançait de bonnes idées qui auraient pu changer la donne si elles avaient été un peu mieux exploitées.

Fort heureusement, et comme je le précisais en introduction, les deux protagonistes principaux s’en sortent plutôt bien : Sarah Michelle Gellar est assez convaincante en jeune veuve éplorée dont l’esprit littéralement dévasté par la perte de son époux se retrouve progressivement envahi par un doute aussi insidieux qu’intolérable ; tandis que Lee Pace demeure quant à lui tout à fait troublant dans son approche schizophrénique du personnage de Roman, dont l’attitude change brutalement du tout au tout. L’alchimie entre les deux fonctionne de fait remarquablement bien et l’on est vite charmé par l’étrangeté de cette situation somme toute assez intrigante car totalement inhabituelle. Malgré cette évidente bonne volonté de la part des acteurs, le dénouement final de Possession s’avère plutôt décevant et très vite expédié, ne restent au spectateur laissé sur sa faim que quelques légères incohérences à ronger.

En définitive, Possession est certes un film inégal au scénario un peu simpliste, dont le début croule sous les « pires » bons sentiments qui soient et qui est plus ralentissent considérablement l’amorçage de l’action mais, malgré tout, ce petit thriller comme il y en a des centaines dans la production cinématographique contemporaine contient ce petit « je-ne-sais-quoi » qui parvient à gommer une bonne partie de ses imperfections pour au final produire un honnête divertissement qui pourra vous faire passer un agréable moment comme vous rebuter au plus haut point.

The Housemaid (Im Sang-soo, 2010) [remake]

Titre original : Hanyo
Réalisateur : Im Sang-soo
Origine : Corée du Sud
Année de production : 2010
Durée : 1h47
Distribution : Pretty Pictures
Interdiction : Aucune
Interprètes : Jeon Do-yeon, Lee Jung-jae, Youn Yuh-jung, Seo Woo

Euny est embauchée comme servante dans un luxueux manoir. Elle fait rapidement la connaissance de Hoon et sa femme Hera ainsi que leur fille Nami. Un soir, Hoon vient la chercher dans sa chambre et lui demande de coucher avec lui. Euny accepte. Cette nouvelle relation va alors bouleverser la vie de chacun des membres de la maisonnée.

En grande fan de cinéma coréen, c’est avec un plaisir non dissimulé que je me précipitais voir The Housemaid au cinéma, remake du film du même nom réalisé en 1960 par Kim Ki-Young ; d’autant plus qu’en 2009, l’occasion de rencontrer Im Sang-soo (Girl’s Night Out ; The President’s Last Bang ; Le Vieux Jardin ; Une Femme Coréenne) m’avait été présentée lors du Festival de Cinéma Coréen d’Aix-en-Provence et que ce réalisateur m’était apparu fort sympathique et intéressant dans sa conception de l’art cinématographique. Et je dois dire que le film s’est montré plus qu’à la hauteur de mes espérances. Une esthétique à la beauté glacée, une musique envoûtante, des acteurs impeccables… Il ne m’en fallait pas plus pour me laisser charmer par ce conte tragicomique des Temps Modernes.

Bon, disons-le honnêtement, le concept diégétique du film en lui-même n’offre rien de bien original. The Housemaid se présente comme un pamphlet sociétal visant à dénoncer les mœurs de la haute bourgeoisie sud-coréenne, allant de la maîtrise obligatoire des sentiments au profit du culte de l’apparence jusqu’aux machinations impitoyables pour atteindre les sommets hiérarchiques. Rien d’innovant donc de ce côté-là, surtout si l’on connait la filmographie d’Im Sang-soo. Ayant suivi des études de sociologie à l’Université de Yonsei, à l’instar de son confrère Bong Joon-ho (Memories Of Murder ; The Host ; Mother), le réalisateur n’a jamais caché son parti pris de considérer le cinéma avant tout comme un moyen de faire passer un message en tirant un portrait à l’acide de la société coréenne du XXIème siècle.

S’il a préféré privilégier l’aspect communicatif du Septième Art, il n’en a pas pour autant négligé la recherche plastique, l’esthétique de The Housemaid restant fidèle à celle de ses précédents films : rigoureuse, abrupte, glaciale, en un mot : sublime. Le style très particulier d’Im Sang-soo se ressent quasiment dans chaque plan : la mise en scène, élaborée de manière systématique, presque « mécanique », couplée au travail de la photographie, très aseptisée et toute en contrastes, donne naissance à une atmosphère glauque et étouffante que l’on retrouve également dans Une Femme Coréenne. Le rythme, plutôt lent, entraîne le spectateur vers un dénouement qu’il devine tragique dès le départ.

En effet, le film fonctionne comme une boucle, une spirale infernale, la scène d’introduction faisant écho à celle de fin. Ce concept est accentué par la bande-son, très présente, qui joue son thème classique de manière entêtante, révélatrice de l’essence même du film. Mais si le dénouement s’avère certes prévisible, comme l’ont relevé certaines critiques,  peut-être est-ce simplement parce que ce n’était pas là qu’Im Sang-soo désirait placer l’intérêt de The Housemaid. Je pense effectivement que le traitement esthétique ainsi que la portée dramatique du film sont les véritables enjeux visés par le cinéaste pour toucher son public.  Le choix de l’actrice Jeon Do-yeon pour incarner le personnage d’Euny corrobore cette hypothèse. Récompensée du Prix d’Interprétation Féminine au Festival de Cannes de 2007 pour son interprétation magistrale de Shin-ae aux côtés de Song Kang-ho dans le bouleversant Secret Sunshine de l’ex-ministre de la culture de Corée du Sud, Lee Chang-dong (Green Fish ; Peppermint Candy ; Oasis ; Poetry), Jeon Do-yeon réussit une fois de plus à s’approprier le rôle d’Euny de manière extrêmement intense et profondément authentique.

L’on ne peut que ressentir pitié et compassion pour cette jeune femme simple et naïve comme une enfant  qu’elle incarne avec une justesse qui frise la perfection. La servilité d’Euny est telle, qu’elle est prête à offrir son corps sur la simple demande de son « maître » sans même avoir conscience des terribles conséquences que son geste entraînera, considérant naturellement que cela relève de sa fonction de servante. Sa soumission excessive et sa vulnérabilité émotionnelle lui font supporter sans hésitation aucune les tendances dominatrices de Hoon, homme puissant et arrogant qui tout au long de sa vie a toujours obtenu ce qu’il désirait, sans vergogne ni remord. Utilisée, humiliée, manipulée et enfin annihilée de l’intérieur, cette femme au cœur pur est la véritable victime du film, victime des riches qui tiennent plus que tout au monde à garder le contrôle sur ce qu’ils considèrent comme acquis et inférieur à leur soi-disant excellence ; soit une parfaite figure de martyre revisitée à la sauce coréenne.

Le couple de nouveaux riches, quant à lui, incarne à merveille la déshumanisation qu’entraîne au fil du temps l’abstraction totale de tout sentiment d’empathie envers ses semblables. Désincarnés, déconnectés de leurs émotions et  dénués de toute conscience humaniste, Hoon et Hera se sont mutuellement entraînés vers le fond du gouffre pour peu à peu se transformer en véritables monstres avides de gloire et de pouvoir. L’ascendance qu’ils possèdent sur leur personnel en est presque effrayante, tant leur présence suscite le respect et la dévotion forcés sans aucune possibilité de rébellion. D’un autre côté, le personnage très contradictoire de Byung-shik, interprété par Youn Yuh-jung, s’avère très représentatif des conséquences de l’asservissement sur l’être humain : Byung-shik s’est laissée submerger par son devoir de servante à tel point que son intégrité en est entièrement détruite, elle n’est plus qu’une ombre sans cœur ni visage, « dure comme le roc » et « pourrie jusqu’à l’os », qui n’en peut plus d’espérer la délivrance en serrant les dents et va même jusqu’à renier ses propres valeurs par intérêt et soumission.

Au final, on peut considérer ce petit bijou artistique comme une fable satirique empreinte d’humour noir, mêlant habilement romantisme, thriller et drame avec tout le savoir-faire et la sensibilité à fleur de peau du Pays du Matin Calme.