Paranormal Activity 2 – Tokyo Night (Toshikazu Nagae, 2010) [remake]

Titre original : Paranômaru akutibiti: Dai-2-shô – Tokyo Night
Réalisateur : Toshikazu Nagae
Origine : Japon
Année de production : 2010
Durée : 1h30
Distributeur : Seven 7
Interdiction : Aucune
Interprètes : Aoi Nakamura, Noriko Aoyama, Kazuyoshi Tsumura

A Tokyo, un frère et une sœur sont confrontés à d’étranges phénomènes, centrés autour de la jeune femme. Ils décident de filmer les événements…

Tiens donc ?! Un remake Japonais d’un film Américain ? Quelle drôle d’idée !

D’accord, c’est vrai, on pourrait se dire que ça change un peu, des Japonais qui reprennent à leur compte un blockbuster made in U.S – qui, soit dit en passant, tient davantage du gros foutage de gueule que du génie comme Le Projet Blair Witch en son temps –, mais pas tant que ça en fait… Évidemment, on est en droit de se demander quelle foutue bonne raison ils ont bien pu trouver pour décider de reprendre quasiment à l’identique le film d’Oren Peli – à la qualité plus que discutable –, premier d’une très probable nouvelle franchise ultra-rentable à la Saw depuis que celle-ci s’est officiellement éteinte… Ben on n’a pas encore trouvé, c’est moi qui vous l’dis !

Avant la séquence d’introduction, le film indique sobrement, comme pour se dédouaner de ce qui va suivre : « inspiré du film d’Oren Peli ». Si vous voulez mon avis, l’inspiration n’était pas vraiment au rendez-vous ce jour-là… En effet, très vite, dès les cinq premières minutes du film environ, on se rend compte que ce Paranormal Activity – Tokyo Night n’apportera à peu près RIEN de nouveau comparé à l’original dont il dit « s’inspirer » … La trame scénaristique est donc tout logiquement calquée sur celle de son prédécesseur, si ce n’est que les deux acteurs principaux sont frère et sœur et non un couple et que la sœur en questio, revient tout juste d’un super voyage aux States où, comble de malchance, elle s’est faite péter les deux jambes dans un accident de voiture. Hormis ces deux détails, c’est la même, mais avec des Japonais. Donc si vous escomptiez trouver des réponses aux interrogations volontairement laissées en suspens dans Paranormal Activity, je suis navrée de vous apprendre que vous vous êtes gourés…

Premier coup dur, l’intrigue de ce Tokyo Night met une éternité à démarrer… C’est avec un ennui proche du désespoir que l’on assiste à d’interminables scènes ultra-gnangnan dont la seule utilité consiste en fait à faire gagner un peu de temps au film, du style : « (la sœur) – J’en ai trop marre, tu promets de plus filmer ma chambre, d’accord ? (le frère) – Ok, je promets. – Tu promets quoi ? – Je promets d’encore filmer ta chambre. – Non ! J’ai dit que je ne voulais plus que tu filmes ma chambre, ok ?! – D’accord, d’accord, je ne filmerai plus ta chambre… Mais je peux encore filmer cette nuit, s’il te plait ? – Non ! Je t’ai dit…», et blablabla et blablabla, et vas-y que je tergiverse, que je tourne en rond pendant trois plombes pour que dalle avec mon super jeu d’acteur « inspiré » de Bozo le Clown… Je déconne pas, c’est véridique, et en plus, cette formidable scène nous fait l’immense honneur de revenir en tout  deux ou trois fois dans le film ; pour vous dire comme c’est l’éclate totale pendant bien trois quarts d’heure avant que l’intrigue daigne enfin pointer le bout de son nez ! Et là, fort heureusement pour nous, il y a encore deux-trois petites choses à sauver…

En effet, le seul semblant d’intérêt que l’on peut trouver à Tokyo Night, c’est le remaniement effectif des codes du cinéma d’horreur Américain à la sauce Ring (Hideo Nakata, 1997). De fait, le concept de malédiction par le Sheitan en personne se voit (grossièrement) intégré à l’histoire, et les scènes de « possession » (au sens « Paranormal Activitien » du terme) prennent alors des allures de yurei eiga (films de fantômes Japonais) avec, en prime, les longs cheveux noirs filasses et les torsions improbables du corps initiés par Sadako Yamamura. C’est cette tentative de créer une ambiance malsaine et oppressante typique des films d’horreur Japonais qui parvient à rehausser quelque peu notre intérêt pour le film en donnant lieu à une séquence légèrement flippante – le plus impressionnant restant sans nul doute la performance physique de l’actrice qui tient le rôle – car plutôt bien réalisée. Malheureusement, cela est bien loin de suffire pour faire de Tokyo Night un film digne d’intérêt. Pour une seule séquence correcte, combien d’autres nous auront fait profondément chier ! En outre, le concept de malédiction en spirale, qui se poursuit à l’infini comme la cassette de Ring, s’il n’est au départ pas pour nous déplaire, car il donne la brève illusion que le film se détache un peu de son modèle, s’avère au final tout aussi désastreux ; suffit de voir le dénouement final, absolument pathétique car d’une banalité à en crever frisant de (trop) près le ridicule, pour s’en convaincre définitivement.

Alors oui, bien évidemment, à l’instar de son « illustre » aîné, Tokyo Night est intégralement tourné en caméra subjective, mais là où l’original parvenait à peu près à justifier la pertinence de ce parti pris filmique, le remake de Toshikazu Nagae peine vraiment à nous convaincre. Tout est atrocement mal foutu et tombe comme un cheveu sur la soupe par manque d’explications cruciales ; par exemple, on se demande bien pourquoi Koichi, le frère, éprouve le besoin irrépressible de filmer un repas de famille ennuyeux au possible alors même qu’aucun phénomène surnaturel n’a encore commencé ! L’excitation puérile du mec qui emmerde tout le monde avec sa nouvelle caméra dans Paranormal Activity étant complètement éludée, on ne comprend pas vraiment les raisons qui poussent Koichi à filmer nuit et jour les moindres faits et gestes de la maisonnée… Ou, encore pire, on va se creuser les méninges pendant toute la première partie du film pour comprendre par quel obscur tour de magie celui-ci peut bien filmer sa propre caméra en train de filmer sa chambre alors qu’il est censé n’y en avoir qu’une seule (on ne comprendra que plus tard qu’en réalité il en possède tout simplement deux et même trois, mais bon, à ce stade du film, c’est loin de couler de source…) ; etc. Ajoutez à cela tous les cafouillages habituels liés à ce type de procédé dans les films bâclés (pertinence des plans, logique de découpage) et vous aurez une petite idée de la qualité technique de Tokyo Night.

Un dernier mot sur le jeu des acteurs, digne quant à lui d’un drama bas-de-gamme pour adolescentes pré-pubères où sévit la désagréable habitude de surjouer la moindre émotion, même quand il s’agit de remplir une tasse de thé. Alors, Koichi, lui, il a tout le temps l’air méga-surpris (tiens, une chaise, ça alors, comme c’est étrange… Il y a sûrement un esprit frappeur dans cette maison !) et s’exprime en permanence sur un ton horriblement monocorde, même quand sa « one-chan » adorée est en train de hurler à la mort, baladée en fauteuil roulant dans toute la maison par un esprit farceur. Et Haruka, la sœur, donc, bimbo mono-expressive issue de la génération d’« idoles » Japonaises, passe quant à elle le plus clair de son temps à faire chier tout le monde parce qu’elle est handicapée et qu’elle croit pouvoir tout se permettre sous prétexte qu’elle est bonne. Ah oui, et il y a le père aussi, sans doute la plus piètre performance de tout le film, pas foutu d’être impliqué dans son rôle durant les trois pauvres minutes où il apparait à l’écran (pour balancer trois phrases de merde, en plus). Bref, là aussi, Tokyo Night ne vole pas haut. Il ne décolle même pas, en fait.

En définitive, Tokyo Night s’avère être tout aussi utile et excitant que la série des Paranormal Activity Américains, un pauvre remake bâclé et dénué d’âme, servi par des acteurs tout sauf crédibles et alignant clichés sur clichés sans discontinuer. En bref : circulez, y a rien à voir !

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Deux Soeurs (Kim Jee-woon, 2003)

Titre Original : Janghwa, Hongryeon
Réalisateur : Kim Jee-Woon
Origine : Corée du Sud
Année de production : 2003
Durée : 1h59
Distributeur : Bac Films
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Im Soo-jung, Moon Geun-young, Kim Kab-su, Yeom Jeong-ah

Après une longue absence, deux adolescentes, Su-mi et sa jeune sœur Su-yeon, retournent à la maison familiale en compagnie de leur père. Elles y sont accueillies par leur belle-mère, Eun-joo. Su-mi ne supporte pas sa belle-mère et Su-yeon semble en avoir peur. Très vite, leurs relations s’enveniment cruellement tandis que des évènements étranges viennent semer le trouble dans leurs esprits. Toutes trois vont alors sombrer dans un engrenage de haine et de violence dont les conséquences s’avèreront irrémédiables. Jusqu’où iront-elles pour avoir le dessus sur l’autre?

Autant mettre les choses au clair : porté aux nues ou jeté aux oubliettes, 2 Sœurs ne laisse pas indifférent. Il faut dire que Kim Jee-woon, l’auteur de The Quiet Family, A Bittersweet Life ou encore Le Bon, la brute et le cinglé n’a pas son pareil pour nous surprendre, autant dans le choix de ses films que dans sa manière d’appréhender un scénario. Et 2 Sœurs ne déroge bien évidemment pas à la règle : dès ses premières minutes, le film nous plonge dans des affres d’interrogations dont les réponses nous seront distillées par touches subtiles tout au long de l’histoire. Le spectateur décontenancé hésite même sur le genre de la pièce maîtresse qu’il a sous les yeux, tant le film aime à jouer sur des codes différents : a t-on affaire à un film d’épouvante ? Un drame psychologique ? Un yurei eiga (film de fantômes issus de la tradition japonaise) ?

L’intrigue, tortueuse à souhait, est efficace grâce à l’ambiguïté extrême de la mise en scène ainsi qu’au jeu très « habité » de ses deux actrices principales Im Soo-jung (I’m a Cyborg but it’s Okay) et Yeom Jeong-ah (Le Vieux Jardin). « Baby Face » (surnom d’Im Soo-jung), qui signe là son premier grand rôle au cinéma, est tout simplement époustouflante, littéralement transcendée par son interprétation du personnage torturé de Su-mi. Ses colères, ses angoisses et sa détresse sont retranscrites à l’écran de manière véritablement éprouvante ; ce magma incohérent d’émotions entremêlées nous parvient directement sous sa forme la plus brute, la plus authentique rarement atteinte au cinéma, et ébranle considérablement notre position de simple spectateur. Il n’est pas difficile d’imaginer la part d’elle-même qu’Im Soo-jung a dû placer dans ce rôle, tant sa présence est puissante de sentiments intenses et controversés. Yeom Jeong-ah s’est quant à elle montrée plus qu’à la hauteur pour donner la réplique à cette véritable torche humaine. Jouant de sa beauté froide et de son élégance un brin rétro, elle réussit à sublimer sa performance d’actrice dans ce rôle de belle-mère acariâtre car rejetée par sa nouvelle famille, au bord d’une folie monstrueuse sans possibilité de retour. Son regard glacial, son comportement bipolaire ainsi que sa cruauté sans limites l’érigent au digne rang des boggeymans humains les plus troublants de la décennie. Un rôle qui semble fait sur-mesure… A sa démesure.

S’il ne fait aucun doute que le film atteint l’excellence grâce aux jeux complémentaires de ces deux actrices talentueuses, ce n’est néanmoins pas là son seul point fort. La principale qualité de la mise en scène est de parvenir à instaurer une ambiance viscéralement sombre et oppressante, presque fantasmatique, tant par le choix des décors dépareillés aux motifs kitsch qui submergent notre champ de vision jusqu’à la limite de la nausée, que par l’obscurité prégnante qui envahit le film à mesure que l’intrigue avance. En effet, plus on s’enfonce au cœur de la relation tumultueuse qu’entretiennent Su-mi et Eun-joo, plus l’image devient sombre et fortement contrastée. Ce détail, loin d’être anodin, permet au spectateur d’entrer plus profondément dans l’histoire et de ressentir l’angoisse omniprésente qui règne au sein de cette maison familiale lourde de secrets.

Les apparitions du yurei sont quant à elles proprement effrayantes et contribuent à alimenter l’hermétisme du film : est-il une vision de Su-mi ou un véritable fantôme ou les deux ? Outre semer la confusion dans l’esprit du spectateur, les manifestations de cet esprit vengeur qui hante la maison n’ont pas beaucoup d’intérêt et auraient même pu être évitées par Kim Jee-woon car c’est précisément dans cet aspect du film que résident la plupart des critiques qui lui ont été adressées (on lui a reproché, entre autres, de surfer sur la vague du yurei eiga à la sauce The Ring). Jusqu’à la fin du film, dont le dénouement ingénieux en surprendra plus d’un, le spectateur cherche à saisir l’essence réelle des protagonistes dont les apparences semblent dangereusement trompeuses sans pouvoir s’empêcher de remettre en cause la réalité des évènements auxquels il assiste.

Détenteur du Grand Prix au festival fantastique de Gérardmer, 2 Sœurs est un véritable petit bijou du cinéma horrifique sud-coréen qu’il me parait indispensable pour tout cinéphile de posséder. A noter qu’un remake américain intitulé Les Intrus a été réalisé en 2009 par Charles et Thomas Guard, sans toutefois réussir à égaler l’original, vraisemblablement indétrônable.

Paranormal Activity 2 (Tod Williams, 2010)

Réalisateur : Tod Williams
Origine : États-Unis
Année de production : 2010
Durée : 1h31
Distributeur : Paramount Pictures France
Interdiction : Aucune
Interprètes : Katie Featherston, Micah Sloat, Gabriel Johnson

Dan et sa femme Christie ainsi que leurs deux enfants Ali et Hunter viennent de s’installer dans leur nouvelle demeure. Peu de temps après, ils sont victimes d’un acte de vandalisme. Dan et Christie décident alors de faire installer des caméras de surveillance dans plusieurs pièces. C’est ainsi qu’ils découvrent avec stupeur que des manifestations paranormales ont lieu dans leur propre maison.

Comme à chaque fois lorsqu’il s’agit d’une suite, c’est avec une certaine impatience mêlée d’appréhension que j’attendais ce Paranormal Activity 2. Certes, la recette a très bien fonctionné pour le premier opus qui a littéralement explosé le box-office américain en 2009, mais j’étais prête à parier que la corde ne tarderait pas à s’user. Et force est d’admettre que c’est effectivement le cas.

Premièrement, le film se présente de manière assez ambigüe : annoncé comme une séquelle de Paranormal Activity, il s’agit en réalité de sa préquelle dont les dix dernières minutes constituent quant à elles sa suite directe. Pas mal pensé mais quand même pas très clair. Enfin, le problème n’est pas là, car disons-le franchement : comparé à son prédécesseur, Paranormal Activity 2 ne fait preuve d’aucune innovation. Ce sont là exactement les mêmes ficelles qui sont tirées tout au long du film, mais en moins efficaces ; le côté horrifique reposant principalement sur le volume sonore soudainement poussé au max, déchirant le silence ambiant et nous faisant par là même tout naturellement sursauter. A aucun moment le film ne parvient à faire peur, car il joue insidieusement sur notre surprise qui tient plus du réflexe ancestral que du sentiment viscéral.

Nous avons donc droit a tout ce qui faisait le charme de la nouveauté du premier : portes qui s’ouvrent et se ferment, bruits mystérieux, coups sourds contre les murs ou le sol, etc. L’apparition des phénomènes surnaturels va crescendo jusqu’à l’apothéose finale, qui laisse une mauvaise impression de déjà-vu. Mais, un film ne devant pas être jugé uniquement par rapport à l’œuvre initiale dont il est tiré, il faut tout de même reconnaitre que certaines scènes (dont celle des placards) ont de quoi réjouir les « novices » qui n’auraient pas vu Paranormal Activity. Hélas, d’un autre côté, les scènes dites « d’épouvante » souffrent toutes d’un manque de subtilité évident qui contribue à minimiser l’effet escompté. En s’appropriant le concept de menace terrifiante car invisible en l’absence d’objet visuel qu’avait initié Le Projet Blair Witch en 1999, Paranormal Activity parvenait encore à faire démarrer l’imagination au quart-de-tours, et ce, pour notre plus grand plaisir… Hélas, la magie ne semble plus vraiment opérer dans cette suite de piètre qualité, d’autant plus qu’elle prend la mauvaise initiative de sortir en salles après un laps de temps plutôt réduit par rapport au premier opus, dont le public garde une trace mnésique encore relativement fraîche.

En outre, la partie visant à présenter les différents membres de cette petite famille modèle, somme toute attachante (sauf la fille aînée, carrément horripilante dans la première demi-heure du film) reste un brin longuette… En effet, absolument aucun élément perturbateur ne survient jusqu’à la moitié du film, quasiment. Même si les rapports entre les personnages sont réalistes et bien aboutis, personne n’a payé sa place de cinéma dans l’optique de visionner un film de famille… On s’ennuie donc un peu, le comble pour un film d’horreur ayant pour vocation principale de produire une tension électrisante qui tiendrait en haleine du début à la fin de l’histoire. Par la suite, le spectateur est un peu plus actif et se prend même à zyeuter dans les moindres recoins du cadre filmique pour s’assurer qu’aucun détail crucial de la scène ne lui échappe. D’autre part, la volonté de filiation entre les deux films auraient réellement pu être intéressante si elle ne manquait pas autant de logique et de crédibilité, compte tenu de l’absence totale au sein du premier volet de références aux évènements du second, censé être sa préquelle.

La séquence du sous-sol vers la fin du film est presque une copie conforme éhontée de la séquence finale de [Rec], lorsque Pablo et Angela se retrouvent cloîtrés dans l’obscurité totale aux côtés d’une créature monstrueuse avec pour seul recours une caméra à vision infrarouge. Mêmes teintes verdâtres, même situation claustrophobique (promiscuité avec un élément effrayant dans un lieu contigu), mêmes genres de mouvements de caméras désordonnés pour manifester la panique ; cette séquence atteint des summums de manque d’originalité. D’autant plus qu’elle est extrêmement mal réalisée sur le plan technique car, du fait d’une ellipse mal placée, il est difficile de comprendre pleinement ce qui s’est passé dans ce sous-sol de la peur. Plus frustrant qu’effrayant, ce passage du film aurait décidément mieux fait d’être coupé au montage.

Au final, ce Paranormal Activity 2 est un véritable pétard mouillé à visée purement commerciale et sans aucun intérêt pour quiconque a déjà vu Paranormal Activity premier du nom. Pour les autres, vous pouvez considérer ce film comme l’occasion d’un moment de divertissement plutôt agréable mais sans envergure.

Le Village des Ombres (Fouad Benhammou, 2010)

Réalisateur : Fouad Benhammou
Origine : France
Année de production : 2010
Durée : 1h43
Distributeur : DistriB Films
Interdiction : Aucune
Interprètes : Christa Theret, Bàrbara Goenaga, Ornella Boulé

Un groupe d’amis décide de partir en weekend à Ruiflec, le village d’enfance de l’un d’entre eux. A leur arrivée, certains disparaissent sans explication. Les autres décident de partir à leur recherche. Ils vont alors se rendre compte qu’une force maléfique habite ce village mystérieux…

Déjà desservi par une bande-annonce peu flatteuse qui laissait présager bien malgré elle la pauvreté qualitative du film, Le Village Des Ombres, troisième long-métrage du réalisateur français Fouad Benhammou (Malville, la zone du crépuscule : le Malin, Don de Sang), s’avère hélas tout à fait conforme à notre première impression. Mauvais sur tous les points, le film ne réussit à aucun moment à produire l’effet escompté et s’enfonce dans le ridicule en accumulant des effets stylistiques plus pitoyables qu’effrayants.

En effet, si la séquence d’ouverture peut à la limite être considérée comme réussie, sachez que c’est bel et bien la seule et unique de tout le film… Lent, confus, mal joué et plus que bancal, Le Village Des Ombres cumule tous les défauts imaginables et témoigne d’un manque de maîtrise flagrant de la part du réalisateur et de ses deux coscénaristes Lionel Olenga et Pascal Joubert. L’histoire aurait certes pu être légèrement sauvée par la conservation du mystère ambiant qui imprègne tout le début du film, mais le réalisateur a préféré s’enliser dans des explications vaseuses, sans queue ni tête et incohérentes qui sont très loin de nous satisfaire. Le pire, c’est que le film multiplie les fausses pistes (minables) que nous réfutons en moins de deux pour vainement tenter de nous déstabiliser, Benhammou se contentant de réutiliser des codes usés jusqu’à la moelle, et ce pour un effet qui fait vraiment peine à voir. A la fin du film, l’on a même droit à une succession de twists triviaux et abominablement prévisibles qui relèvent vraiment du n’importe quoi (certains peuvent même réussir à surprendre, tellement ils font preuve d’un illogisme forcené).

Quant à l’interprétation des acteurs, c’est simple, elle pue le fake à des kilomètres et l’on ne croit pas une seule seconde à la situation qu’ils sont censés être en train de vivre. Les dialogues ne sont ni subtils ni fendarts, mais tout ce qu’il y a de plus banal en la matière et les personnages restent insipides du début à la fin du film. Benhammou tente tout de même de leur insuffler un semblant de profondeur en glissant une pléthore de flashbacks inutiles (l’histoire de l’IVG de Marion) qui, en plus de casser le rythme de la narration déjà pas bien vif, contribuent à enterrer le film dans des tréfonds de clichés dérisoires et surannés.

L’esthétique du film est elle aussi plus que douteuse : curieusement, l’on peut distinguer des scènes de nuit à l’image teintée d’une nuance bleutée semblant avoir été tournées en plein jour, ainsi que des scènes de « vraie » nuit  où l’on n’y voit goutte et qui de fait rendent les actions difficiles à distinguer. Ce phénomène se ressent encore plus lorsque le montage alterne les scènes de nuit et de jour, notamment lorsque Lila a des visions du drame qui s’est déroulé sur les lieux où ils se trouvent. A aucun moment la magie du cinéma ne réussit son tour, tout semble factice et il demeure quasiment impossible de se laisser prendre au jeu.

Le concept du Village Des Ombres est lui-même complètement absurde, car il fait durer une action qui prendrait en tout deux minutes à être réalisée sur tout un film. Du coup, il ne se passe rien, la narration se traîne et le film accumule les scènes inutiles et grotesques pour masquer le vide scénaristique dont il souffre. Certains éléments de résolution sont carrément aberrants (ben oui, le méchant veut tuer tout le monde mais il prend quand même le soin d’écrire des livres pour expliquer à ses victimes comment s’en sortir, logique) et d’autres censés contribuer à faire avancer l’intrigue absolument pathétiques (les dessins, le registre des victimes, les explications foireuses sur le village, etc.).

Non, décidément, rien n’est à sauver dans ce film indigeste et lourdingue au possible, on peut même dire que Fouad Benhammou a réussi le pari fou de rater tous les éléments constitutifs de son film avec une virtuosité qui force le respect. Scénario débile, mauvais acteurs, mise en scène creuse et inintéressante, image sabotée, musique inconsistante, tout a été mis en œuvre pour nous rendre le visionnage du film le plus ennuyeux possible. Spectateurs, passez votre chemin… Sans vous retourner !