Ring Ø: Birthday (Norio Tsuruta, 2000)

Titre original : Ringu Ø : Bâsudei
Réalisateur : Norio Tsuruta
Origine : Japon
Année de production : 2000
Durée : 1h39
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Yukie Nakama, Seiichi Tanabe, Yoshiko Tanaka, Kumiko Aso

L’histoire se déroule trente ans avant les sombres évènements qui frappèrent la journaliste Asakawa et sa famille, peu après qu’elle ait découvert l’existence de la cassette maudite. A cette époque, Sadako était alors une très belle jeune femme qui tentait de s’épanouir dans le théâtre. Mais, dès son arrivée, une série des phénomènes inquiétants se produisirent et elle ne tarda pas à s’attirer la méfiance puis le rejet total de sa troupe, rejet qui se mua peu à peu en psychose collective et provoqua la transformation maléfique de Sadako.

Après le cultissime Ring suivi du très médiocre Ring 2, tous deux réalisés par Hideo Nakata, la fameuse saga en devenir change de main, et c’est désormais Norio Tsuruta (Borei Gakkyu ; Kakashi ; Yogen)  qui passe aux commandes de la réalisation de ce Ring Ø : Birthday. Après la séquelle pour le moins bâclée du premier du nom, que peut-on attendre de ce dernier opus qui semble définitivement clore la saga ? Personnellement, ayant été très déçue par Ring 2, je ne m’attendais pas à grand-chose… Et pourtant, Ring Ø fait preuve d’une volonté d’innovation évidente, si bien qu’il est difficile de ne pas tomber sous le charme de la tragique destinée de Sadako Yamamura.

Le film se présente en réalité comme une préquelle relatant les origines de la métamorphose de Sadako en ce yurei vengeur que l’on connait désormais si bien. Changeant radicalement de codes, aussi bien narratifs que techniques, ce troisième volet de la série n’a absolument rien en commun avec ses prédécesseurs, si ce n’est le personnage central de Sadako ainsi que les évènements antérieurs à sa (re)naissance démoniaque. En outre, il me parait important de préciser que Ring Ø appartient davantage au genre dramatique qu’horrifique, le réalisateur ayant préféré mettre l’accent sur la personnalité duelle de Sadako, dont la lutte sans merci contre son double antithétique tend à émouvoir et susciter l’empathie, plutôt que sur les manifestations fantomatiques vectrices d’effroi pur et dur.

L’histoire de Sadako prend effectivement des allures de tragédie grecque, avec son héroïne tourmentée qui n’aspire qu’à recevoir l’amour de l’homme qu’elle aime et couler des jours heureux loin de ses démons intérieurs, mais contre qui le sort s’acharne sans répit. La fatalité est ainsi un concept inhérent à Ring Ø, car Sadako, malgré ses efforts désespérés pour anéantir le processus dissociatif qui s’opère en elle, ne peut échapper à son destin que le spectateur sait tragique dès le départ. L’actrice Yukie Nakama (Trick ; G@me ; Shinobi : Heart Under Blade) est plus que parfaite dans le rôle de Sadako ; sa sensibilité et sa beauté fragile sont en totale adéquation avec son personnage de jeune femme meurtrie au plus profond d’elle-même, persécutée et incomprise de tous. Quant aux autres personnages, ils sont hélas assez vides et sans grand intérêt, sauf peut-être la mère de Sadako, Shizuko, interprétée par l’actrice Masako, dont la présence surnaturelle impressionne plus qu’elle n’effraie vraiment.

Le film, malgré son apparente sincérité, demeure tout de même entaché par un trop-plein de sentimentalisme un brin désuet qui a pour conséquence de démythifier fortement la légende de Sadako. Cette dernière est ici représentée comme un être fondamentalement bon, pur et innocent, dont le malheur est d’avoir été victime d’une fragmentation inopinée de sa personnalité. En effet, la part d’ombre de Sadako, pour des raisons qui restent toujours aussi obscures, s’est littéralement séparée de son corps et cristallisée en entité intrinsèquement malveillante lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant (cette piste avait déjà été suggérée dans Ring 2).  De plus, dotée de pouvoirs extra-lucides, la pauvre ne cesse de se débattre entre ses visions d’outre-tombe et l’hostilité de ses pairs qui, par une intuition quasi-primitive, ressentent l’aura maléfique de son double émaner d’elle.

Contrairement aux deux premiers Ring, dont les trames narratives présentaient l’avantage d’offrir au spectateur une continuité spatio-temporelle logique non négligeable pour une saga, Ring Ø donne un peu l’impression de sortir de nulle part avec son scénario bancal ; on a même parfois l’impression que l’équipe du film n’a pas vu les deux films précédents ! Du coup, contradictions et non-sens ont vite fait de s’accumuler et de déstabiliser le spectateur qui  reçoit des informations venant se heurter de plein fouet à celles déjà fournies par Ring I et II.

Malgré ces quelques éléments regrettables, le film reste tout de même agréable à voir, tant le jeu impeccable de l’actrice principale est émouvant et notre curiosité morbide nous pousse à vouloir enfin connaitre la genèse de l’histoire de Sadako Yamamura… Ring Ø est en somme une œuvre fondamentalement pessimiste qui s’efforce de retranscrire de manière plus ou moins cohérente le combat ultime d’une jeune femme pour retrouver l’unité de son Moi originel.

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Ring 2 (Hideo Nakata, 1998)

Titre original : Ringu 2
Réalisateur : Hideo Nakata
Origine : Japon
Année de production : 1998
Durée : 1h35
Distributeur : Euripide Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Daisuke Ban, Kyoko Fukada, Nanako Matsushima

Une semaine après la vague de meurtres mettant en cause une mystérieuse cassette maudite, la police japonaise enquête sur la mort du professeur Takayama et la disparition de son ex-femme Asakawa. Fait étrange, l’autopsie du corps de Sadako, qui a été retrouvé au fond d’un puits, révèle qu’elle serait restée emmurée vivante pendant plus de trente ans. Tanako, l’assistante de Takayama, décide de mener sa propre investigation en compagnie d’Ikuma, l’assistant d’Asakawa. Ils ne tarderont pas à découvrir la véritable origine de la malédiction…

Tout juste un an après Ring, Hideo Nakata remet le couvert avec un second opus se présentant comme la suite directe du premier (les évènements ont lieu exactement une semaine après ceux de Ring). Cette proximité étonnante entre les deux films pourrait bien malgré elle révéler un certain désir de la part du réalisateur de tirer profit au maximum de l’engouement commercial que Ring a suscité lors de sa sortie… Mais qu’en est-il vraiment ? Suite purement commerciale ou véritable œuvre d’auteur ? Hélas, de nombreux évènements viennent corroborer la triste hypothèse d’une suite commerciale…

Et c’est fort dommage, car Ring 2 commençait pourtant bien : adoptant le style du thriller ou du film policier, toute la première partie se concentre sur l’enquête menée par Tanako pour lever le voile sur le meurtre de l’homme qu’elle aimait, le professeur Takayama. De regroupement d’indices en recoupement de faits, l’investigation est en elle-même très bien menée, même si le comportement de certains personnages demeure étrange et parfois même invraisemblable (le policier qui vient chez Tanako et prend plaisir à l’effrayer pour on ne sait quelle raison). De plus, le fait que Ring 2 se déroule exactement une semaine après Ring (la mort du père d’Asakawa, à qui elle avait décidé à la fin du premier opus de montrer la cassette pour sauver son fils Yoichi, permet de donner un repère temporel à l’histoire) est également très réjouissant : le spectateur, qui retrouve les mêmes personnages que dans le film précédent, se sent en terrain connu et de fait adhère plus facilement à cette nouvelle intrigue. Ce choix de conserver les mêmes acteurs pour produire une suite crédible aurait pu nous conforter dans l’idée qu’il s’agissait bien là d’un véritable film d’auteur, si cette attention particulière de la part du réalisateur avait été poussée tout au long du film…

Car malheureusement, à partir de la seconde moitié de Ring 2, l’histoire se détériore franchement. Le manque d’explications qui faisait déjà défaut au premier Ring est ici poussé à son paroxysme et finit même par agacer les plus indulgents. Des scènes fantasmatiques très abstraites (la séquence de l’expérience dans l’eau) viennent totalement détruire la logique rigoureuse de l’enquête policière de la première partie.  Le spectateur, même s’il s’accroche, finit par se perdre dans les méandres de cet univers dénué de sens et ressent la très désagréable impression qu’on se pait royalement sa tête. Les personnages sont  toujours aussi vides (voire plus) et  surjoués, et certains évènements arrivent au coeur de l’intrigue comme un cheveu sur la soupe (pourquoi Yoichi est-il tout à coup doté de pouvoirs maléfiques ? Pourquoi certaines victimes de la malédiction hantent-ils leur entourage à la manière de Sadako ?). En outre, Ring 2 avait pour ambition principale d’apporter quelques révélations sur les origines de Sadako mais, au final, on n’en sait pas beaucoup plus, tant le mystère est excessivement cultivé tout au long du film.

Si l’on compare Ring 2 au premier du même nom, on se rend vite compte que malgré ses bonnes intentions, le film a été bâclé (comment aurait-il pu en être autrement avec seulement un an d’intervalle entre les deux ?). La recherche esthétique qui caractérisait Ring est dans cette suite quasi-nulle ; le film a en effet été réalisé de la manière la plus conventionnelle qui soit. De même, l’ambiance terriblement oppressante du premier a été sacrifiée au profit de l’enquête policière qui produit une ambiance beaucoup plus terre-à-terre, presque systématique, sans susciter aucune sensation de menace ou de mort imminente. Le mythe de la cassette tombe carrément à l’eau et la malédiction de Sadako n’a plus rien de terrifiant, ce qui est tout de même fort dommage pour un film à vocation horrifique. La course contre la montre qui tenait le spectateur en haleine du début à la fin de Ring a également été complètement mise de côté, supplantée par un rythme mou pendant lequel on a l’impression qu’il ne se passe strictement rien.

Restent quelques très rares scènes effrayantes (une en fait, l’apparition de Shizuko et Sadako dans la maison familiale des Yamamura) qui se singularisent grâce à une mise en scène particulièrement subtile et efficace et qui nous procure un véritable sentiment d’angoisse fort agréable (ben oui, on commençait à s’endormir, nous…) au beau milieu de cette kyrielle d’évènements dénués de sens logique et d’intérêt. Mais, si elles parviennent à rehausser un peu le film, ces scènes d’horreur pure ne parviennent néanmoins pas à le sauver complètement.

Bref, au vu de tous ces éléments qui jouent en défaveur du film, il semble bien que Ring 2 ait été produit dans l’unique but de surfer sur la vague de succès engendré par le premier opus. Hideo Nakata a tout de même tenu à faire ça bien, d’où sa volonté de produire une suite directe qui tient à peu près la route, mais il n’a apparemment pas su ou pu appliquer ce concept jusqu’à la fin (problème de délais à respecter ?). Ring 2 est donc un film complètement déséquilibré et très inégal dans sa conception, fait à la va-vite et dont le seul intérêt réside en l’éventuelle possibilité de comparaison entre les deux opus. A voir juste si l’on est fan de Ring… Pour les autres, vous pouvez dédaigner cette séquelle opportuniste sans remords.