Les Frissons de l’Angoisse (Dario Argento, 1975)

Titre Original : Profondo Rosso
Réalisateur : Dario Argento

Origine : Italie
Année de production : 1975
Durée : 1h40
Distributeur : Howard Mahler Films, Anchor Bay Entertainment
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia

Marcus Daly, pianiste de son état, est un soir témoin du meurtre d’Helga Ulmann, conférencière télépathe reconnue. Présent sur le lieu du crime, il est rapidement suspecté par la police italienne d’avoir un lien avec cette sordide affaire. Accompagné de la jeune et jolie journaliste Gianna Brezzi, il décide alors de mener sa propre enquête pour faire éclater la vérité.

Les Frissons de l’Angoisse, cinquième long-métrage de l’ange de la mort italien Dario Argento (Suspiria, Le Syndrome de Stendhal, Le Sang Des Innocents), est  considéré de manière quasi-unanime comme le meilleur giallo jamais réalisé. Détenteur du prix du meilleur réalisateur lors du Festival international du film de Catalogne en 1976, le film a connu un tel succès à l’international depuis sa sortie en 1975 qu’aujourd’hui encore, un éminent maître de l’horreur tel que George A. Romero (La Nuit des Morts-Vivants, Martin, Diary Of The Dead) prévoirait d’en faire un remake version 3-D ! Mais quel est donc le secret des Frissons de l’Angoisse ?

Tout d’abord, une ambiance énigmatique typique du giallo, ici sublimée par le jeu des acteurs David Hemmings et Daria Nicolodi, la mère de l’actrice Asia Argento (xXx, Land Of The Dead, Le Livre de Jérémie). L’opacité de l’intrigue réussit à manipuler complètement le spectateur en lui faisant considérer successivement chacun des protagonistes comme des suspects potentiels. Du début du film jusqu’au twist final (difficilement prévisible), l’on n’a de cesse de remettre en cause chacun des éléments diégétiques qui nous sont donnés à voir pour espérer devancer Marcus Daly quant à la résolution de cette vague de meurtres tous plus mystérieux les uns que les autres.

En effet, le film se livre à un véritable jeu de pistes où chaque spectateur a son rôle de détective à tenir et doit faire preuve d’un sens de l’observation à toute épreuve. Car la narration, pointilleuse à souhait (tout comme Dario Argento, parait-il), témoigne que rien n’a été laissé au hasard : beaucoup d’éléments fondamentaux nous sont volontairement cachés car hors-champ (le nom du coupable présumé écrit sur les carreaux d’une salle de bain embuée ou sur un dessin d’enfant) et le peu de personnages qui en ont connaissance se font tous massacrer avant d’avoir pu divulguer leur découverte. Le réalisateur nous balade donc d’investigations ponctuées d’humour (les incessantes chamailleries entre Marcus et Gianna sont souvent drôles et touchantes) en déductions bancales compte tenu du peu d’indices qui nous sont fournis. Tous sont susceptibles d’être le meurtrier car tous bénéficient d’une personnalité particulièrement complexe propice à la suspicion : Carlo, l’ami pianiste de Marcus, est un homosexuel alcoolique aux tendances suicidaires et son partenaire un androgyne troublant d’ambiguïté sexuelle ; quant à Gianna, elle semble tirer sa détermination à être considérée comme l’égale d’un homme de quelque blessure secrète et refoulée…  Car c’est aussi cette profondeur scénaristique qui donne toute son ampleur aux Frissons de l’Angoisse : les personnages sont crédibles et réalistes parce que le réalisateur leur laisse le temps de se déployer au travers de dialogues secondaires qui sont néanmoins d’une importance capitale pour mener à bien l’identification spectatorielle.

Le film comporte aussi des scènes esthétiquement très belles, notamment le célèbre plan-séquence constitué d’inserts d’objets appartenant au tueur sur un fond sonore hypnotique signé les Goblin (Zombie, Suspiria, Phenomena), qui démontre une fois de plus l’immense talent de metteur en scène de Dario Argento. D’autres plans tout aussi magnifiques témoignent de l’exigence du réalisateur ; par exemple, le plan de demi-ensemble ou Marcus et Carlo, de chaque côté d’une statue gigantesque, discutent à distance du meurtre d’Helga Ulmann est absolument remarquable tant elle est soigneusement élaborée, quasiment au millimètre près, semble t-il.  En outre, le spectateur partage de manière récurrente la subjectivité de l’assassin dont on n’aperçoit qu’une ombre menaçante ou une main gantée de noir (celles d’Argento, confesse t-il dans une interview), concept apparemment cher au réalisateur que l’on retrouve également dans Le Sang des Innocents, réalisé en 2001.

Les scènes de meurtres sont quant à elles assez gores et à la limite du soutenable, Argento connaissant bien les « points sensibles » (dents cassées, œil énuclée, gorge tranchée) qui ont le don de crisper le spectateur réceptif à ce genre de détail. Désireux de tout montrer à l’écran, comme à son habitude, le réalisateur a du une fois de plus faire preuve de prouesses plastiques pour ses effets spéciaux, ce qui donne au final un résultat honnête pour un film de cette trempe. N’ayant pas peur de faire gicler le sang à outrance (d’où le titre original de l’œuvre, Profondo Rosso), Argento innove en mettant en scène des manières surprenantes (et dégueulasses) de donner la mort qui n’ont rien à envier à un Destination Finale (le meurtre dans la salle de bain, pour n’en citer qu’un).

Par ailleurs, la musique des Goblin demeure toujours efficace et s’accorde à merveille à l’ambiance du giallo version Argento. Les accords particuliers du groupe, un brin discordants voire même expérimentaux, renforcent cette atmosphère emplie de mystères inextricables déjà mise en avant par le biais du montage des images. Le réalisateur dit avoir voulu considérer la bande-son des Frissons de l’Angoisse « comme un personnage à part entière de l’histoire » en lui conférant le pouvoir de créer « un véritable impact sur l’image », ce qui explique les changements parfois brutaux, sans transition aucune, des différents thèmes du film.

Ainsi, Les Frissons de l’Angoisse réussit le pari de distiller un brouillard épais et lourd d’interrogations dans l’esprit du spectateur complètement pris dans la toile de l’intrigue tout en lui mettant plein la vue grâce à sa réalisation soignée et audacieuse. Le suspense est habilement maintenu jusqu’aux dernières minutes du film où révélations et rebondissements ont l’avantage d’agréablement surprendre. Un film que je conseille à tout amateur de giallo et même à quiconque souhaiterait découvrir le cinéma de Dario Argento.

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L’Oiseau au Plumage de Cristal (Dario Argento, 1970)

Titre Original : L’ucello dalle piume di cristallo
Réalisateur : Dario Argento
Origine : Italie, Allemagne
Année de production : 1970
Durée : 1h32
Distributeur : Universal StudioCanal Video
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Tony Musante, Mario Adorf, Suzy Kendall

Témoin d’une tentative de meurtre dans une galerie d’art, un écrivain américain de passage à Rome s’improvise détective et recherche l’identité du mystérieux agresseur.

Premier volet de la future célèbre trilogie « Animalière » (avec Le Chat à Neuf Queues et Quatre Mouches de Velours Gris) mais aussi tout premier long-métrage du Master Of Horror italien Dario Argento ; L’Oiseau au Plumage de Cristal a largement contribué à lancer le genre du giallo au cinéma, avec La Fille Qui En Savait Trop et Six Femmes Pour l’Assassin de Mario Bava. Réalisée en 1970, cette enquête policière à la structure inédite pour l’époque comprend déjà tous les éléments chers au réalisateur de Suspiria et que l’on retrouvera dans l’ensemble de sa filmographie.

En effet, pour un premier essai, Dario Argento frappe fort. A la fois scénariste et réalisateur, ce dernier applique les codes stylistiques du giallo avec une virtuosité pour le moins surprenante de la part d’un jeune cinéaste débutant (il avait à peine trente ans en 1970). Ainsi, à l’instar des Frissons de l’Angoisse ou de Trauma, le film fait appel à de nombreux plans subjectifs au cours desquels le spectateur est amené à partager le point de vue de l’assassin dont on apercevra uniquement la silhouette inquiétante ou la main gantée de noir, et ce du début du film jusqu’au dénouement final. Comme à son habitude, le tueur Argentesque a la classe : il adore les armes blanches luxueuses et brillantes, est amateur de cigares qui font distingué et porte d’élégants imperméables en cuir qui scintillent dans l’obscurité. Toutes ces spécificités esthétiques constitueront par la suite la signature du génie de la violence graphiquement sublimée.

C’est d’ailleurs une caractéristique récurrente du giallo mais aussi de l’intégralité de la filmographie du réalisateur Romain : la violence, aussi crue soit-elle, est toujours magistralement stylisée voire même carrément théâtralisée , et L’Oiseau au Plumage de Cristal n’échappe bien évidemment pas à la règle. En revanche, contrairement au gore grand-guignolesque que tend à affectionner Argento dans la plupart de ses productions, son premier film a plutôt recours à la suggestivité par l’intermédiaire de gros plans sur des yeux exorbités, des bouches tordues de terreur ou encore des mains crispées de douleur ; ainsi que d’inserts sur des couteaux luisants qui tranchent ce que nous imaginons sans mal être une gorge ou un abdomen. Et l’effet est, disons-le franchement, tout aussi efficace.

L’Oiseau au Plumage de Cristal témoigne également d’une recherche esthétique très poussée, notamment par le biais d’un énorme travail sur les couleurs qui confère à l’atmosphère globale du film une dimension oppressante, onirique et parfois même fantastique (la scène d’extérieur dans les tons de bleu où Sam se fait attaquer pour la première fois) et d’un jeu subtil sur les ombres et la lumière qui contribue à rendre les agissements de l’assassin si mystérieux. On retrouve également des décors singuliers d’une beauté graphique à couper le souffle (la galerie d’art contemporain dans laquelle a lieu la tentative de meurtre dont est témoin Sam) ainsi que l’obsession du cinéaste pour les lieux vastes et clos sur eux-mêmes qui sont autant de pièges retors que l’agresseur tend à ses victimes (l’escalier en colimaçon, figure également présente dans Suspiria). D’une certaine manière, cette esthétisation du crime et des lieux du crime érige l’acte meurtrier au digne rang d’œuvre d’art, et c’est précisément tout ce qui fait l’immense force de frappe du cinéma d’Argento.

Côté scénario, on ne peut que s’extasier face à de telles prouesses d’écriture : l’intrigue de L’Oiseau au Plumage de Cristal se déroule sans accroc ni longueur, au fil des indices découverts par la police et des curieuses rencontres organisées par le détective en herbe Sam Delmas, interprété par un Tony Musante (The Yards ; La Nuit Nous Appartient) plutôt convainquant dans son rôle de témoin oculaire par erreur, au mauvais endroit au mauvais moment et obsédé par la découverte de la vérité. C’est par ailleurs un véritable régal que de découvrir le matériel à la pointe de la technologie (mais pour l’époque seulement) ainsi que la multitude de gadgets amusants utilisés par la police italienne pour trouver l’identité du tueur ; ceux-ci ravivant en nous un plaisir infantile jusqu’alors profondément endormi. De plus, Dario Argento a apparemment effectué beaucoup de recherches pour décrire de manière pertinente le fonctionnement d’un système judiciaire représenté ici comme plutôt compétent malgré le fait que ses limites soient rapidement atteintes. En outre, le traitement du dénouement final peut largement faire penser à celui de Psychose d’Alfred Hitchcock, avec ses explications du comportement psychotique du tueur données par un psychologue lors d’une interview télévisée autour de l’affaire. Néanmoins, le final de L’Oiseau au Plumage de Cristal reste hélas un brin prévisible et moyennement bien amené ; du  coup, le film a tendance à nous laisser un peu sur notre faim.

Les personnages du film témoignent également d’une indéniable maîtrise scénaristique : tous plus ou moins troubles, possédant leur identité, leurs tics et leur gestuelle propres tout en évitant le piège des stéréotypes, ils évoluent au gré de leurs interactions qui se font souvent sur un mode étrange et inattendu. Des personnages comme l’antiquaire aux manières efféminées (Werner Peters, excellent), le taciturne inspecteur Morosini (Enrico Maria Salerno), le proxénète bègue Garullo alias « So Long » (Gildo Di Marco) ou encore l’indic qui se contredit toutes les deux secondes Faina (Pino Patti) sont tout bonnement remarquables et parviennent à agrémenter le récit de petits détails absolument brillants qui réussissent à faire toute la différence.

Enfin, il me parait important de préciser que la musique du film a été composée par le très grand Ennio Morricone, réputé pour avoir longtemps collaboré avec le maestro du western Sergio Leone (La Trilogie du Dollar). Très présente et particulièrement envoûtante, la bande-sonore mélange subtilement des sonorités classiques et électroniques pour un rendu au final plutôt atypique et agréablement innovant. Par ailleurs, bien qu’Argento n’ait pas encore eu l’occasion de rencontrer les Goblin à cette époque, la musique comporte de nombreuses « mélodies de chuchotements » qui font irrémédiablement penser à celles de Suspiria et qui parviennent à rythmer les images de manière littéralement hypnotique.

Au final, L’Oiseau au Plumage de Cristal constitue un excellent premier essai de cinéphile passionné, interprété de manière convaincante et à l’intrigue très prenante ; une sorte de point de départ à l’œuvre de toute une vie d’un réalisateur d’exception qui cherchera sans cesse à perfectionner son style si particulier. A voir ou à revoir comme un retour aux origines, pour se faire une idée de l’évolution du cinéma de ce très cher Dario Argento mais aussi et surtout pour le plaisir, tout simplement…

Phenomena (Dario Argento, 1984)

Réalisateur : Dario Argento
Origine : Italie
Année de production : 1984
Durée : 1h45
Distributeur : Universal StudioCanal Video
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Jennifer Connelly, Donald Pleasence, Daria Nicolodi

Jennifer arrive en Suisse à l’Institut Richard Wagner pour y poursuivre ses études. Un soir, lors d’une crise de somnambulisme, la jeune fille assiste au meurtre d’une étudiante…

Aussi poétique qu’angoissant, Phenomena fait vraiment figure d’œuvre à part dans la filmographie de Dario Argento, avec cette aura particulière de mélancolie douce-amère qui émane de chacun de ses plans… A mi-chemin entre le giallo de la trilogie « Animalière » et le surréalisme onirique des « Trois Mères », Phenomena s’apparente à un conte merveilleux sur l’éclosion de jeunes filles en fleurs jusqu’alors en quête d’identité. Délaissant la sur-esthétisation hallucinée d’un Suspiria ou Inferno pour une désaturation très contrastée, le plus célèbre des réalisateurs Italiens revient ici à quelque chose de plus sobre, de plus subtil aussi, mais sans pour autant négliger son inclinaison naturelle à la théâtralisation des images. Si Phenomena demeure incontestablement une œuvre de toute beauté, quoique d’une relative simplicité graphique si l’on tient compte de qui l’a réalisée, il faut bien reconnaitre que ses quelques longueurs assassines et son final pour le moins décevant font nettement retomber l’intérêt du film et laisse la désagréable impression que le cinéaste a fini par se perdre dans ses obsessions.

Ainsi l’univers de Phenomena contient-il de multiples éléments provenant directement du genre merveilleux. Tout d’abord, l’archétype de la jeune fille livrée à elle-même, sensible et intelligente mais rejetée par ses pairs, et qui se découvre un don extraordinaire qu’elle n’apprendra à maîtriser qu’au fur et à mesure que l’histoire avance, dans une sorte de rite initiatique. Interprétée par une Jennifer Connelly (Requiem For A Dream, Un Homme d’Exception) aux traits encore enfantins et arborant une frimousse d’une fraîcheur absolument craquante, le personnage central de Jennifer est pour ainsi dire le pivot de l’histoire du film ; lequel doit beaucoup de sa consistance à l’interprétation remarquable de la jeune actrice qui débutait à peine dans le métier. Pour ce qui est des éléments merveilleux, on peut également citer le personnage à part entière des insectes, alliés inattendus de l’héroïne, omniprésents dans l’intrigue de Phenomena et se présentant comme le chemin ultime vers la vérité ; ainsi que l’énorme bâtisse que constitue l’Institut Richard Wagner, forteresse réputée imprenable au cœur de laquelle réussit pourtant à s’infiltrer le visage de la Mort personnifiée. Le vieux docteur (incarné par un Donald Pleasance sous-exploité) qui recueille la jeune fille et lui révèle sa véritable nature peut faire penser à la figure du patriarche ou du vieux magicien isolés dans leur tour d’ivoire qui peuplent les contes de notre enfance. Difficile d’en citer davantage sans spoiler, mais sachez que le film fourmille de détails de ce genre qui visent à lui conférer un caractère allégorique particulièrement bien géré.

Du coup, l’on pourrait légitimement s’attendre à une esthétique elle aussi « merveilleuse », fantasmagorique, digne d’un film-trip dont seul Argento a le secret mais, curieusement, ce n’est pas le cas avec Phenomena. Le réalisateur prend le parti de faire évoluer son intrigue dans les règles de l’art d’un genre qui a contribué à bâtir sa réputation : le giallo. Ici, point d’effets de saturation qui en jettent ou de décors à l’architecture alambiquée, l’esthétique du film reste très simple pour se concentrer au maximum sur l’histoire et les personnages ; bien que l’on retrouve comme toujours la précision extrême d’une mise en scène systématisée au possible et régie par un souci du détail à la limite de la maniaquerie. On retrouve donc à plusieurs reprises l’adoption du point de vue subjectif de l’assassin caractéristique du giallo, ainsi que la focalisation sur l’arme du crime comme artefact unique du personnage de l’assassin dont l’apparence nous sera masquée jusqu’au dénouement final, ainsi qu’un certain penchant pour le grand guignol lors de mises à mort plutôt intéressantes à défaut d’être vraiment originales.

Tiens, d’ailleurs, parlons-en du dénouement final… Malheureusement, la fin du film semble avoir été atrocement bâclée, comme si Dario Argento lui-même ne savait pas vraiment où il voulait en venir. La résolution du mystère arrive dans l’histoire comme un cheveu sur la soupe et l’on peut se demander à juste titre l’intérêt que trouvent les personnages à agir de la sorte. En bref, la fin tombe un peu de nulle part et s’enfonce même un peu plus dans la médiocrité de par l’utilisation d’effets spéciaux plus ridicules qu’effrayants et qui font davantage penser à Braindead de Peter Jackson qu’à La Malédiction de Richard Donner. Seule la scène désormais devenue culte de la chute de Jennifer dans le « magma de la mort » vaut vraiment le détour tant elle demeure mentalement éprouvante pour le spectateur et superbement retranscrite à l’écran par une mise en scène atteignant des sommets de crédibilité. Insectophobes s’abstenir…

Enfin, le point fort de Phenomena reste sa bande-sonore endiablée, véritable célébration des années 80. La musique tient une telle place dans les œuvres du cinéaste qu’elle finit par produire une sorte d’effet d’attente auprès des cinéphiles Argentesques qui savent très bien que quelle que soit la qualité du film, la musique sera mémorable. Pour Phenomena, Argento ne se prive de rien et emprunte des chansons à des artistes de heavy metal de renommée mondiale tels que Iron Maiden et Motörhead, ou encore l’ex-Rolling Stones Billy Wyman. Le film tout entier est donc rythmé par de bon gros riffs bien nerveux de guitare électrique à l’ancienne qui collent parfaitement aux images pour un effet particulièrement jouissif pour les oreilles. Sans oublier bien sûr le thème principal absolument magnifique des Goblins, savant alliage de voix lyrique et de rythmes electro-rock, que je placerais pour ma part au même niveau que celui de Suspiria.

Phenomena est donc un curieux croisement entre le giallo réaliste et le conte merveilleux, où le surnaturel surgit  des évènements du quotidien les plus banals, sur fond d’ode poétique à l’adolescence et rythmé par une bande-son exceptionnelle. Malgré un final un peu limite qui en décevra plus d’un, Phenomena reste un excellent divertissement qui, sans toutefois parvenir à s’élever au rang de chef-d’œuvre ultime, ravira les fans d’Argento ainsi que les amateurs de cinéma poético-fantastique.