Tokyo Gore Police (Yoshihiro Nishimuro, 2008)

Titre original :Tôkyô zankoku keisatsu
Réalisateur : Yoshihiro Nishimura
Origine : Japon, Etats-Unis
Année de production : 2008
Durée : 1h50
Distributeur : Aventi
Interdiction : Aucune
Interprètes : Eihi Shiina, Keisuke Horibe, Itsuji Itao, Yukihide Benny

Dans un futur proche, Tokyo est mise à feu et à sang par une horde de criminels mutants appelé les « Engineers ». Sadiques et ultra-violents, ces assassins ont la capacité de se greffer des armes à la place de leurs membres. A la tête de l’unité spéciale de la police chargée d’exterminer cette race, Ruka a juré vengeance depuis qu’ils ont assassiné son père. En proie au chaos et à la violence, Tokyo est une nouvelle fois submergée par des torrents de haine et des flots de vengeance pure !

Wow ! Voilà un film qui résiste à toute tentative de catégorisation et de notation objective !

Réalisé par le pas trop tranquille Yoshihiro Nishimuro, à qui l’on doit quelques autres films bien tordus du genre Vampire Girl Vs Frankenstein Girl et Mutant Girls Squad (!), Tokyo Gore Police se présente comme un gigantesque délire ultra-gore bien décidé à repousser toutes les limites possibles et imaginables. Sadisme bien craspec, surenchère grand-guignolesque, humour au cent millième degré et très, très mauvais goût s’entremêlent anarchiquement dans cette orgie sanglante sur fond de vengeance et d’invasion mutante complètement déjantée. Malheureusement, ce qui peut passer en manga (à la limite) ne fonctionne pas nécessairement sur un film (surtout d’une durée d’1h50), et l’on a vite fait de se lasser des grotesques effusions de sang à répétition et divers charcutages dégueulasses qui se succèdent sur un rythme épileptique façon « cartoon ».

Ainsi le ton est-il donné d’entrée de jeu, avec une séquence d’introduction cynique à souhait où une petite fille énumère les nombreuses qualités de son papa chéri-adoré juste avant que celui-ci ne voie sa tête exploser et s’ouvrir littéralement comme une fleur au soleil… Ce style de petites saynètes comico-dramatiques imprégnées d’humour noir bien sadique sont récurrentes dans le métrage, et constituent d’ailleurs l’un de ses seuls atouts. L’on ne peut que s’incliner devant la délicieuse impertinence du film lorsqu’il nous présente de fausses pubs où de jeunes lycéennes tout aussi délurées qu’écervelées nous font l’apologie de « coupe-poignets » trop « kawaiii » en se tranchant les veines en direct live, sourire aux lèvres ; ou encore celle vantant les mérites d’un nouveau jeu sur Wii permettant d’exécuter à distance l’enfoiré de tueur qui a assassiné un membre de votre famille, un jus d’orange à la main, la Wiimote faisant office de sabre dans l’autre, pour que vos défunts puissent enfin reposer en paix ; ou, enfin, la propagande militariste expliquant à quel point la privatisation de la Police Japonaise aidera ses habitants à mieux vivre, par exemple en retransmettant les images d’exécutions barbares de meurtriers, fusillés en pleine rue, quasiment à poil, dans des sortes d’émissions de téléréalité morbides comme ils savent si bien les faire au Japon (« le tueur vient d’être exécuté ! Yataaa !!! ») ; etc. Le film est donc ponctuellement entrecoupé de ce style de petites scènes vraiment drôles mais aussi quelque peu effrayantes (l’impression que ce n’est pas si éloigné que ça de la réalité aidant) pour un résultat complètement absurde nous sortant légèrement la tête du marasme sanguinolent dans lequel Tokyo Gore Police a pris le parti de s’enfermer.

J’ai parlé un peu plus tôt de mauvais goût et de surenchère grand-guignolesque : en effet, difficile de faire pire que Tokyo Gore Police à ce niveau-là. De la scène de début introduisant l’héroïne à la beauté glaciale, Ruka la femme-flic (sublime Eihi Shiina, vue dans Audition de Takashi Miike), qui pourfend au katana un ersatz de Leatherface (le boggeyman de Massacre à la Tronçonneuse) après que celui-ci ait fait montre de toute l’étendue de son talent de transformiste mutant et se change en geyser de sang humain ; jusqu’à la scène finale où le Big Boss utilise le flot de sang giclant de ses deux jambes tranchées pour planer dans les airs et livrer des attaques dignes des pires Shônen pour ados débiles ; en passant par celle, ultra-malsaine, du concours de la mutante la plus sexy où se font concurrence, en vrac, une meuf aux jambes en gueule de crocodile et seins cousus, une autre arborant des yeux et une carapace d’escargot et, le top du top, une femme-canapé qui pisse (il faut voir le film pour comprendre…) ; bref, TOUTES les scènes de ce film s’acharnent à aller toujours plus loin dans le sale, le répugnant, l’immonde, le dégueulasse.

Et si ça pouvait être marrant au début (les effets spéciaux très moches suscitant davantage le rire que l’effroi ou même le dégoût), le concept s’essouffle vite et tend à nous faire sombrer dans un profond ennui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. A force de vouloir trop en faire, le film nous désensibilise complètement et ce qui pouvait au départ sembler complètement fou devient alors banal et ultra-redondant. Sans compter que le fait de vouloir à tout prix saturer l’écran de monstres toujours plus malsains et répugnants, comme la femme-chienne qui marche sur ses quatre moignons ou le flic au sexe-bazooka, atteint vite des sommets de ridicule…

Pourtant, le film contient quelques jolis plans bénéficiant d’une photographie parfois élégante et soignée (surtout le travail d’étalonnage, qui joue sur des tons multicolores pour rappeler l’omniprésence des néons à Tokyo), qui viennent faire contraste avec les effets spéciaux vraiment cheap et la manière de filmer très « amateur » dont certaines scènes sont marquées. Mais, dans l’ensemble, et malgré la volonté de donner à voir des mises à mort aussi diverses que variées et toujours plus tarées (éviscérations, décapitations, écartèlement, amputations, et autres joyeux découpages charnels), les scènes de combat ou de meurtre ont beaucoup de mal à ne pas sombrer dans le ridicule… Même si la surenchère est bien évidemment volontaire est assumée, cela ne rend pas vraiment le film beaucoup plus intéressant ou divertissant à voir.

La musique constitue en revanche l’autre point fort de Tokyo Gore Police : ses riffs endiablés sur fond de musique electro parviennent à conférer à quelques-unes des nombreuses scènes gore une ambiance particulièrement glauque tout en restant très esthétique, comme en témoigne cette scène complètement barrée où une tenancière de bordel (Madame Claude version Nippone, dont le très mauvais goût vestimentaire colle parfaitement à l’image du film) se fait sauvagement vider de son sang à grands coups de pieux immenses et creux au bout desquels le mutant fou furieux va placer de grands bocaux de verre pour recueillir les litres de sang qui giclent des entailles béantes, faisant ressembler le tout à une prise de sang géante version trash. Nous ne pouvons que saluer ces initiatives originales et bien réalisées, mais elles sont malheureusement trop peu nombreuses pour relever le niveau du film qui se contente la plupart du temps de nous servir en réchauffé des scènes le plus gore possible dénuées de style et, au final, de tout semblant d’intérêt.

Tokyo Gore Police est donc un film à ne pas prendre au sérieux et surtout à ne pas mettre entre toutes les mains, un chef-d’œuvre inoubliable pour les fans du genre, un navet infâme pour ceux qui, tout comme moi, ne seront pas du tout réceptifs à cet absurde déballage de bidoche saignante qui semble avant tout vouloir faire concurrence aux 300 litres de sang versés dans le Braindead de Peter Jackson… Si flâner au rayon boucherie-charcuterie fait partie de vos activités inavouables, ne vous cachez plus et courez voir ce film sans plus attendre !

Essential Killing (Jerzy Zkolimowski, 2010)

Réalisateur : Jerzy Zkolimowski
Origine : Pologne, Irlande, France, Norvège, Hongrie
Année de production : 2010
Durée : 1h23
Distributeur : Surreal Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner, Nicolai Cleve Broch

Capturé par les forces américaines en Afghanistan, Mohammed est envoyé dans un centre de détention tenu secret. Lors d’un transfert, il réchappe d’un accident et se retrouve en fuite dans une forêt inconnue. Traqué sans relâche par une armée sans existence officielle, Mohammed fera tout pour assurer sa survie.

Eh bien, voilà une œuvre à l’aura bien mystérieuse ! Doublement récompensé à la Mostra de Venise en 2010, le film du cinéaste Polonais Jerzy Zkolimowski (Haut Les Mains ; Deep End ; Quatre Nuits Avec Anna) a le mérite de réellement surprendre le spectateur, autant par sa forme atypique que par son contenu pour le moins controversé… Véritable ovni dans le paysage cinématographique contemporain, Essential Killing met en scène l’errance d’un homme poussé dans ses derniers retranchements qui va tenter par tous les moyens de survivre aux innombrables forces qui s’abattent sur lui, que ce soit les Forces Américaines, celles de l’impitoyable Mère Nature ou encore de ses propres besoins vitaux d’homme livré à lui-même dans un milieu hostile et inconnu.

En effet, durant 1h23, nous suivons l’errance de Mohammed, un Taliban pris en chasse et capturé en Afghanistan par l’Armée Américaine, battu et torturé dans un camp de détention secret avant qu’il ne réussisse enfin à s’évader lors d’un transfert qui tourne mal. Après un violent accident de la route dont il réchappe de justesse, celui-ci se retrouve de nouveau traqué sans relâche comme une bête sauvage au cœur d’une forêt enneigée. Dès le début du film, un déluge de questions « essentielles » fait rage dans nos esprits perplexes : qui est cet homme ? Pourquoi est-il recherché ? Quel est son but ? Et, plus largement : où le film veut-il en venir ? Jusqu’à la dernière minute, nous n’aurons jamais AUCUNE réponse à toutes ces interrogations. Autant dire que la trame narrative d’Essential Killing est quasi-nulle, et que l’intérêt du film repose bien évidemment sur tout autre chose. Concept frustrant, oui,  mais aussi et surtout très intéressant dans la mesure où le spectateur se trouve dans une position parfaitement ambivalente, à la fois très proche, voire même intime, et très distant de ce personnage qu’il ne peut aborder que sous un angle très superficiel et résolument impersonnel.

Il demeure donc extrêmement difficile de s’identifier à ce mystérieux Taliban dont nous ne savons strictement rien : ni ses motivations, ni ses pensées (mises à part quelques rares rêves et visions à caractère religieux), ni son passé et encore moins son avenir. Le fait est que nous peinons à prendre position vis-à-vis de ce personnage à la fois inquiétant (du fait de son statut présumé de terroriste) et somme toute attachant, et qui de surcroît ne décochera pas un mot de tout le métrage. On saluera ainsi la performance de l’acteur Vincent Gallo (Arizona Dream ; Buffalo ’66 ; Trouble Every Day), quasi-omniprésent à l’image durant toute la durée du film et dont il émane une bestialité primitive absolument incroyable. Il faut dire que l’on a rarement vu un personnage aussi maltraité dans un film : battu et séquestré par des militaires comme toujours emplis d’un zèle sadique, traqué par des chiens extrêmement agressifs, blessé par balle à plusieurs reprises, soumis au froid, à la faim, à la fatigue et au paysage meurtrier d’une épaisse forêt enneigée ; Mohammed tombe, se relève, retombe, se noie dans l’eau glacée, perd son sang par hectolitres, chute du haut d’une falaise, se brise quelques os, souffre dans sa chair mutilée… Et le pire, c’est qu’Essential Killing nous dévoile cette odyssée erratique de manière très froide et très formelle, sans faire preuve d’aucune empathie ni de parti pris politique ou apolitique. L’histoire est juste un état de fait, une tranche de vie de ce moujahid inconnu et bien déterminé à survivre, qui ira jusqu’à manger des écorces d’arbre et racketter le lait maternel d’une femme enceinte pour ne pas mourir de faim. Le film s’apparente en quelque sorte à un trip métaphysique et poétique narrant l’histoire d’un homme qui se fait violence pour dépasser sa condition d’être humain, dans tout ce qu’il a de plus fragile et de plus inadapté à la solitude.

Car la violence fait également partie intégrante d’Essential Killing mais, loin d’être outrancière ou esthétisée comme dans la plupart des films dits « modernes », c’est en réalité une violence froide, archaïque, inattendue, non désirée mais tout au contraire nécessaire, voire même « essentielle » à la survie de Mohammed. Les meurtres surviennent sans que l’on s’y attende forcément (voir la scène d’introduction, d’une tension incroyable) et on a toujours la sensation étrange que c’était « eux ou lui ». Il suffit d’observer le visage déformé par la douleur et le remord de Mohammed lorsque celui-ci abat froidement deux hommes innocents pour s’emparer de leur véhicule après son évasion ; ou encore le cri de bête sauvage acculée qu’il pousse tout en maintenant le corps meurtri d’un bûcheron qui l’avait auparavant repéré contre la lame de sa tronçonneuse. Mohammed n’aime pas tuer, il est obligé de tuer et n’hésite pas à le faire malgré sa profonde répulsion ; c’est son instinct de survie qui s’exprime et vient s’opposer à sa raison en lui imposant de survivre coûte que coûte pour mener à bien la cause (inconnue) qu’il défend. Cette phrase prononcée par Allah dans l’un de ses rêves mystiques retranscrit parfaitement le douloureux paradoxe de sa situation : « Parfois il arrive que tu détestes une chose qui t’est bonne et que tu aimes une chose qui t’est mauvaise ». Tout est dit.

Essential Killing comporte en outre quelques séquences qui auront de quoi mettre vos nerfs (ou votre sensibilité) à rude épreuve, précisément à cause de cette rigidité implacable, systématique, qui auréole la mise en scène. Par exemple, au début du film, la longue séquence durant laquelle on assiste au traitement cruel et dénué de toute humanité qui est réservé aux prisonniers Afghans est particulièrement frappante. Ou encore, cette scène ultra-crispante où Mohammed, à bout de forces, tente sans succès de gravir un pan de colline : il chute un nombre incalculable de fois, à mesure qu’une musique extra-diégétique oppressante accélère son rythme et s’intensifie en volume jusqu’à n’être plus que pure cacophonie, avant de baisser les bras et de s’abandonner au froid, vaincu, résigné à son triste sort. D’ailleurs, il ressort que les paysages antagonistes des plaines rocheuses et désertiques d’Afghanistan et de l’imposante forêt enneigée de Norvège constituent des personnages à part entière, fondamentalement malveillants et hostiles, et qui ne laissent entrevoir aucune échappatoire au personnage littéralement écrasé, réduit en miettes éparses par ces décors gargantuesques. L’homme n’est qu’un grain de sable face à l’Universel, semble vouloir nous rappeler le film.

Malgré ces indéniables qualités, le principal reproche que l’on peut adresser à ce film est sa lenteur parfois déroutante qui tend à ne solliciter notre attention que par à-coups. A la tension extrême du début succède assez vite une mollesse silencieuse quelque peu soporifique qui pourra en rebuter plus d’un. Certes, l’interprétation de Vincent Gallo est intense ; certes, les situations catastrophiques que traverse le personnage sont extrêmement violentes et entrent en résonance avec notre propre fragilité d’être humain que nous ressentons tous, même si les circonstances ne sont pas présentes pour nous le prouver ; et certes, la durée du film est courte ; pourtant, il n’empêche que le rythme reste pesant à certains moments… Ceci dit, ce film possède la capacité de charmer autant que de repousser, l’effet sera donc diamétralement différent selon les accroches et la sensibilité des spectateurs.

Essential Killing est donc un voyage unique, sensitif et étrangement silencieux, tout aussi froid que laborieux qui, sans jamais verser dans l’affect ou le parti pris faciles, n’a pas d’autre but que celui de vous faire partager une expérience avant tout humaine, et de pointer du doigt le caractère essentiellement éphémère et superficiel de l’existence individuelle à l’échelle de l’Univers.

Dellamorte dellamore (Michele Soavi, 1994)

Titre original : The Cemetery Man
Réalisateur : Michele Soavi
Origine : Allemagne, France, Italie
Année de production : 1994
Durée : 1h45
Distributeur : STEWARD
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Rupert Everett, François Hadji-Lazaro, Anna Falchi

Francesco Dellamorte, mélancolique gardien de cimetière, flanqué de son fidèle compagnon, Gnaghi, a depuis quelque temps du pain sur la planche. Les morts enterrés dans son cimetière reviennent à la vie et cette mystérieuse épidémie se propage de tombe en tombe, de nuit en nuit.

Curieux ovni que ce Dellamorte Dellamore dans le paysage cinématographique d’horreur contemporaine… Michele Soavi, connu surtout pour avoir été l’assistant-réalisateur d’éminents cinéastes tels que Dario Argento (sur Tenebre, Phenomena et Opera), Lamberto Bava (Demons) et Terry Gilliam (Les Aventures du Baron de Münchhausen, Les Frères Grimm) ; atteint la consécration avec cette allégorie poético-baroque d’une condition humaine condamnée depuis ses origines jusqu’à sa disparition future à demeurer sous le signe de la vacuité et de la répétition cyclique.

Ce qui caractérise le plus Dellamorte Dellamore, c’est indéniablement sa dimension complètement décalée : absurdité des dialogues, des personnages et des situations ; mais aussi de la mise en scène, du jeu des acteurs et même de la bande-sonore. Le spectateur ne s’étonnera donc pas de voir un jeune zombie-biker sortir de sa tombe pour faire du cross dans le cimetière de Buffalora (parce qu’il a été enterré avec sa bécane, logique) ; ou encore une tête coupée qui parle et qui « marche » (et qui saute, par extension), pour n’en citer que deux. De plus, le film mélange allègrement plusieurs registres différents avec une fluidité épatante : humour noir, drame, horreur, gore et romantisme s’entremêlent le plus naturellement du monde pour produire une œuvre fondamentalement atypique qui parvient à susciter en chacun de nous une kyrielle de sentiments aussi variés que contradictoires. Le tandem étrangement assorti Franceso Dellamorte (Rupert Everett, habitué des comédies romantiques avec en tête Le Mariage de mon Meilleur Ami)et son fidèle assistant Gnaghi (le Garçon Boucher de gauche François Hadji-Lazaro) constitue en lui-même un ensemble d’oppositions assez cocasses : l’un est un philosophe du dimanche dépressif et misanthrope dont la principale distraction consiste à lire et à relire encore et encore le bottin de sa chère petite ville natale, et l’autre ressemble à un enfant de cinq ans prisonnier dans un corps d’adulte obèse qui voue une passion sans bornes aux feuilles d’automne et aux fifilles à papa… Ce couple comique à la Laurel et Hardy est le noyau dur de l’histoire, le vecteur principal de toute action, le seul point de vue diégétique auquel nous devrons nous rattacher du début à la fin du film.

Dellamorte Dellamore multiplie également les phrases-chocs aux allures d’aphorisme Nietzschéens qui ont vraiment tout ce qu’il faut pour devenir cultes auprès des cinéphiles un brin blasés de la vie… Ainsi le ténébreux Dellamorte ponctue t-il les tristes évènements de son quotidien par quelques déclarations délicieusement ironiques qui font pétiller l’esprit : « Je donnerais ma vie pour mourir… » ; « Parfois il arrive un moment dans la vie où l’on connait plus de morts que de vivants… » ; « J’aurais du m’en douter, le Monde ne peut pas exister… » ; et la liste serait encore longue tant chaque chose, même la plus infime, est pour Dellamorte l’occasion de se livrer à des exercices de sarcasme désabusé qui font tout son charme. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la femme de sa vie s’avère être une gérontophile assumée que la vue d’un ossuaire suffit à rendre chaude comme la braise  (« Waaah… C’est ce dont j’ai toujours rêvé ! »)… Les autres personnages ne sont pas en reste non plus : « On ne vit que pour mourir ! » s’écrie le Maire qui craint que la mort prématurée de sa fille ne le désavantage pour les élections ; « Mêlez-vous de vos affaires, je me fais manger par qui je veux ! » se défend la jeune fille éplorée à la mort de son cher Claudio revenu d’entre les morts avec une faim de loup ; etc. Les dialogues ne se prennent donc que très rarement au sérieux, et c’est ce qui fait toute l’originalité de ce long-métrage marqué par le contraste et le décalage permanent.

Les effets spéciaux sont également vecteurs d’un second degré très prégnant : souvent outranciers (les effusions de sang démesurées), parfois volontairement ridicules (tiens ?! on voit les fils, ha ha…), les scènes gore ou d’action sont dans l’ensemble plutôt fun et suivent toutes une logique humoristique empreinte d’un cynisme très fort. Le jeu des acteurs, et surtout de l’excellent Rupert Everett, va dans le sens de cette profonde ironie qui élève Dellamorte Dellamore au rang d’œuvre magistralement subtile et réflexive. Même la bande-son s’accorde à merveille à cette profusion d’images carnavalesques, notamment de par la présence improbable d’Ozzy Osbourne pour la chanson « Hellraiser ». Tantôt grotesque, tantôt dramatique, la musique a bénéficié d’une réelle recherche esthétique pour apporter au film une force supplémentaire dans l’absurdité tragique qu’il s’efforce de retranscrire à l’image. Il est également à noter que Dellamorte Dellamorecontient de nombreuses références à des artistes peintres et sculpteurs appartenant aux mouvements symboliste et surréaliste. Ce parti-pris artistique confère quant à lui une ambiance sombre et poétique à cette œuvre véritablement unique en son genre, un caractère triste et infiniment pessimiste qui se retrouve dans presque chaque plan du film.

L’autre point fort du film reste son ambiance baroque inimitable en grande partie due au choix de faire se dérouler l’action principalement dans l’enceinte du cimetière de Buffalora… Brouillard omniprésent, statues gothiques imposantes, catacombes enténébrées, pierres tombales massives et  recouvertes de végétation mortuaire, prédominance de l’obscurité et absence quasi-totale de lumière, feu follets, chrysanthèmes, pleine lune envoûtante ; le style de Dellamorte Dellamore prend parfois des allures Burtoniennes et peut même faire penser à l’atmosphère à la fois angoissante et étrangement chaleureuse de L’Étrange Noël de Mr Jack. La présence ponctuelle de la Faucheuse, le mystère impénétrable qui entoure le brusque réveil des morts (et qui ne sera d’ailleurs jamais explicité) ainsi que les phénomènes inexpliqués qui surviennent dans l’entourage de Francesco Dellamorte enrichissent le film d’une dimension surnaturelle, voire même surréaliste, qui corrobore parfaitement le message que cherche à transmettre le scénario de Gianni Romoli, d’après l’œuvre de Tiziano Sclavi. L’œuvre toute entière est ainsi auréolée d’une forte sensation d’étrangeté, d’illogisme et d’inconnu, et c’est d’ailleurs ce qui lui permet de tirer son essence magique de fable fantastico-mélancolique.

De manière générale, l’esthétique du film reste très soignée :Dellamorte Dellamore regorge de plans somptueux bénéficiant d’une mise en scène extrêmement pointilleuse. Jouant sur la superposition (Dellamorte se retrouve quelquefois affublé des ailes de la Faucheuse statufiée via un savant travail sur la disposition des corps), le ralentissement d’images et le contraste, le film affirme son originalité dans le genre zombiesque en affichant un goût très prononcé pour le Beau de « L’Art pour l’Art ». Enfin, je souhaiterais parler du dénouement final (tout en prenant bien garde de ne pas spoiler) car il demeure réellement indispensable à toute approche analytique du film. C’est un fait, le film ne prend de véritable sens qu’au vu de la fin, car c’est alors que le message allégorique que Dellamorte Dellamore s’applique à véhiculer par l’intermédiaire des divers éléments que nous avons énoncés précédemment peut enfin se déployer entièrement. C’est donc un final inattendu, difficilement saisissable au premier abord mais dans tous les cas hautement symbolique que nous propose cette histoire à très forte portée dramatique dont tous les composants s’unissent vers une seule et même orientation : délivrer un point de vue, aussi subjectif soit-il, sur le sens de l’existence humaine. Ou plutôt l’absence totale de sens, en démontrant le caractère vain et répétitif d’une vie qui nous enferme et dont on ne peut s’échapper, quoi que nous tentions et quelles que soient les illusions avec lesquelles nous nous persuadons du contraire. C’est donc en grande partie grâce à cette fin à l’opacité mystérieuse que le caractère absurde du film dans son intégralité revêt tout son sens, et c’est seulement alors que nous pouvons entrapercevoir les intentions véritables de l’auteur.

Dellamorte Dellamore reste donc une œuvre intrinsèquement étrange, tantôt drôle, tantôt désespérée, plus sceptique et pessimiste qu’un Schopenhauer mais qui parvient néanmoins à allier l’utile à l’agréable en nous proposant un excellent divertissement qui porte en son sein une matière à réflexion indéniablement intéressante et originale. Pour ceux qui apprécient l’absurdité sous toutes ses formes et qui ont tendance à se perdre dans des méandres d’interrogations existentielles vaines et obscures, à l’image du film lui-même…

Amer (Hélène Cattet et Bruno Forzani, 2009)

Réalisateurs : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Origine : France
Année de production : 2009
Durée : 1h30
Distributeur : Zootrope Films
Interdiction : – 12 ans
Interprètes : Cassandra Forêt, Charlotte Eugène-Guibbaud, Marie Bos

Durant trois étapes-clés de sa vie, Anna est confrontée à ses propres peurs et désirs les plus intimes. De l’enfance à l’âge adulte, en passant par la période mouvementée de l’adolescence, Anna s’égare dans un univers fantasmatique de plus en plus oppressant, où le plaisir charnel côtoie la souffrance et l’angoisse de la mort.

Eh bien ! Voilà un film pour le moins étrange au sein duquel s’entremêlent toutes sortes de contradictions qu’il semble a priori difficile d’appréhender… Pour leur premier long-métrage, Hélène Cattet et Bruno Forzani nous proposent un petit O.V.N.I cinématographique à l’opacité impénétrable et sur lequel il parait presque impossible d’émettre un avis tranché. Tâchons toutefois d’en esquisser un portrait certainement aussi abstrait que le film lui-même qui nous permettrait peut-être d’y voir plus clair dans ce magma cauchemardesque où chacun de nos sens est soumis à tout un ensemble de stimulations chimériques incompréhensibles.

Présenté comme un hommage au giallo et plus précisément à ceux de Dario Argento et Mario Bava,  Amer s’apparente en réalité au film expérimental tel que l’on peut se le représenter, comportant un panel très large d’effets visuels et sonores déconcertants ainsi qu’une narration totalement décousue et fantaisiste. Esthétiquement très beau, ce film est un réel plaisir pour les yeux : en effet, chaque plan est une véritable merveille de mise en scène élaborée au millimètre près et de manière systématique, presque trop rigide pour être véritablement authentique. L’ambiance glaciale qui en résulte rend la circulation du flux des émotions laborieuse et contribue à instaurer un malaise qui va peu à peu s’enraciner au fil de « l’histoire » qui se déploie au gré des hallucinations sensitives de l’héroïne.

Le jeu sur les couleurs, très présent, est une véritable réussite, le ton des images change de manière arbitraire selon le contenu des rêveries d’Anna. Ainsi, certains plans sont saturés de rouge, de vert ou de bleu ou carrément les trois à la fois, ce qui confère aux séquences en question une atmosphère onirique proche de celle d’un David Lynch (Blue Velvet, Lost Highway, Mulholland Drive). La clarté et l’obscurité constituent également des lieux à part, bien distincts et sémantiquement très riches ; l’obscurité est un monde d’angoisses et d’insécurité dans lequel l’héroïne est livrée à la spirale infinie de ses propres fantasmes. C’est un univers de pulsions incontrôlées, de sensations exacerbées imprégnées de folie furieuse. Face aux affres de cette obscurité délirante, la clarté apparait comme seul et unique échappatoire, le seul endroit où la réalité peut reprendre son droit et annihiler les ténèbres qui envahissent peu à peu l’esprit d’Anna. Outre cette beauté artistique indéniable dont bénéficie Amer, certains éléments récurrents sont susceptibles de nous apporter quelques précisions quant à la signification essentielle de ce véritable film d’auteur.

La séquence d’introduction nous informe effectivement d’un point crucial qui va déterminer l’intégralité du film. Le générique est constitué de très gros plans en split-screen centrés sur différentes paires d’yeux que l’on va retrouver de manière régulière par la suite. Le regard, les échanges de regards entre les protagonistes ainsi que les très gros plans sur des parties du corps ou encore les inserts d’objets ont une grande importance dans le film. Le montage très spécifique de ces différents plans, qu’ils soient répétés, zoomés, superposés ou ralentis, témoigne d’une volonté de créer une œuvre reposant fondamentalement sur l’expression corporelle et les mécanismes nerveux, conscients ou inconscients, mobilisés face à des stimuli sensoriels très subtils. Ces stimuli sont rendus à la fois par l’omniprésence de bruitages aussi multiples que variés qui viennent combler la quasi-absence de musique (très ponctuelle), ainsi que par des modifications visuelles qui nous renvoient toutes à la subjectivité d’Anna, à son ressenti du moment. Ainsi, certaines images sont étirées, floutées ou retournées selon le sens que veulent leur donner les réalisateurs au sein de la narration.

Tiens, d’ailleurs, parlons-en de la narration, car elle s’exprime sous des formes vraiment singulières qui méritent d’être quelque peu explicitées. En vérité, il n’y a pas de véritable histoire au sein d’Amer, le spectateur se contente de suivre différentes périodes de la vie d’Anna sur un rythme infiniment lent voire même soporifique pour certains. En partageant la subjectivité profonde de l’héroïne, le spectateur fait corps avec elle, il est elle puisqu’il voit ce qu’elle voit et ressent ce qu’elle ressent. Ce concept est loin d’être inintéressant en soi, mais, hélas, le film va tellement loin dans l’abstraction et l’interprétation arbitraire que l’on finit par se perdre dans les méandres labyrinthiques de ces représentations sensorielles. Beaucoup d’éléments sont inintelligibles, le rythme narratif est trop confus et l’on ne parvient que rarement à intégrer un raisonnement logique dans les impressions que suscite en nous cette kyrielle d’allégories visuelles. C’est d’ailleurs certainement là le but d’Amer, mettre en images un trip intérieur sans queue ni tête, mais, à mon sens, le film souffre d’excès en la matière qui le rendent trop personnel et insondable.

Le principe à suivre pendant le visionnage d’Amer serait peut-être de se fier uniquement à ses sens, de ressentir l’œuvre de tout son être plutôt que de chercher à la comprendre par l’intellect, mais il est malheureusement beaucoup trop laborieux de l’appliquer durant tout un long-métrage d’une heure et demi. Ainsi, au bout d’un certain temps, il est ennuyeux d’assister passivement à une succession de scènes irrationnelles sans jamais parvenir à en percer le secret. Par ailleurs, certains moments du film sont véritablement effrayants, notamment la première partie qui met en scène une Anna enfant qui déambule dans une grande maison étrangement silencieuse. D’autres encore atteignent la limite du soutenable et apparaissent comme des clins d’œil de cinéphiles au Chien Andalou de Luìs Buñuel. Ces scènes parviennent à retenir notre attention quelques instants, mais le film s’enfonce ensuite de nouveau dans une lenteur insupportablement chaotique.

Amer est donc avant toute chose un film très personnel visant à expérimenter les possibilités infinies qu’offre son médium, soit les diverses représentations cinématographiques concrètes de quelque chose d’essentiellement abstrait, à la fois obscur et très profond. Insaisissable, Amer est une œuvre étrange, dérangeante même, qui requiert une forte implication émotionnelle du spectateur, laquelle n’est pas toujours réalisable compte tenu de la forme choisie par ses réalisateurs qui bloque toute communication entre l’œuvre et son destinataire. Un film ambigu à considérer comme un voyage fantasmagorique vers l’univers anarchique des sensations humaines.

Big Bang Love Juvenile A (Takashi Miike, 2007)

Titre original : 46-okunen no koi
Réalisateur : Takashi Miike
Origine : Japon
Année de production : 2007
Durée : 1h25
Distributeur : NC
Interdiction : Aucune
Interprètes : Ryûhei Matsuda, Masanobu Ando, Ryo Ishibashi, Renji Ishibashi

Après avoir assassiné de sang-froid l’homme qui l’a violé, Jun, jeune homme à l’allure androgyne et serveur dans un bar gay, se retrouve en prison. Il y fait la connaissance de Shiro, détenu violent à la beauté troublante qui décide de le protéger des autres prisonniers. Entre eux deux se forme un lien fragile de respect et d’acceptation mutuelle. Quelques temps plus tard, Shiro est retrouvé mort dans sa cellule. Jun s’accuse du meurtre. Deux policiers mènent l’enquête pour découvrir la vérité.

Que l’on aime Takashi Miike ou pas, le réalisateur le plus prolifique de l’Empire du Soleil Levant (Dead Or Alive I, II et III ; Ichi The Killer ; Crow Zero I et II ; Audition ; Visitor Q), force est de reconnaitre que son art demeure fondamentalement atypique dans la production cinématographique contemporaine. Sa filmographie pour le moins hétéroclite ne compte pas moins de cinquante films en dix ans ! Et, parmi cette avalanche de perles rares – et de navets indigestes – se trouve Big Bang Love Juvenile A, aussi connu sous le nom de 4,6 Billion Years Of Love, qui selon moi reste à jamais le chef-d’œuvre incontournable de Miike. Histoire tragique de la rencontre de deux êtres que tout sépare sur fond de poésie aigre-douce, Big Bang Love Juvenile A est une véritable allégorie de l’amour éternel et absolu.

L’atout majeur du film est indéniablement sa beauté esthétique : chaque plan est orchestré de manière à symboliser l’état intérieur de Jun, le personnage principal du film interprété par Ryûhei Matsuda (Tabou ; IZO ; Nightmare Detective), au sommet de son art. Des scènes déconcertantes de par leur caractère abstrait et leur parfaite subjectivité, mais aussi d’une beauté renversante. La photographie (travail sur les couleurs, jeu d’ombres et de lumière, etc.) ainsi que la mise en scène subtilement élaborée ont été conçues de manière à ce que le spectateur entre en totale osmose avec les émotions de Jun et ainsi faire naître un fort sentiment d’empathie envers les deux protagonistes principaux. Chaque séquence regorge de symboles puissants qui laissent place à toutes les possibilités d’interprétations (psychologique, métaphysique, philosophique…) que le spectateur émerveillé gardera longtemps en tête.

Les acteurs, quant à eux, ont de toute évidence été magistralement dirigés : Ryûhei Matsuda est bouleversant dans son rôle de jeune homme au visage angélique transi d’amour pour son double antithétique ; sa fragilité, sa tristesse et sa sensibilité plus que palpables crèvent littéralement l’écran… Et notre cœur. Masanobu Ando (Sakuran ; Battle Royale ; Nightmare Detective) n’est pas en reste non plus : il semble s’être parfaitement approprié la personnalité à fleur de peau de son personnage Shiro. Derrière des airs de dur sans cœur et sans reproches, il réussit à laisser transparaître une vulnérabilité profondément touchante, comme si derrière son masque de haine et de violence exacerbées se cachait un cœur saignant dévoré par la culpabilité

De toute évidence, l’excellent jeu des acteurs contribue énormément à la beauté du film. Chacun de leurs gestes, de leurs regards et de leurs échanges est à lui seul une prouesse esthétique. Et, au final, l’histoire d’amour reste au second plan et sert même, en quelque sorte, de prétexte à Miike pour exprimer son profond attachement pour la beauté artistique. En effet, l’amour pudique et respectueux de Jun pour Shiro ne sera jamais véritablement exprimé car demeure sans aucun espoir de retour. La personnalité de Shiro est brisée, réduite en miettes par ses expériences douloureuses de solitude et d’abandon, il n’a pas de maîtrise sur ses pulsions et son univers de destruction ne laisse aucune place à l’amour ou à la tendresse dont il aurait besoin. C’est donc un amour à sens unique que Miike retranscrit au travers de la symbolique esthétique de son film, que chacun pourra interpréter à sa guise selon sa propre sensibilité. Parmi les sujets abordés, on retrouve bien évidemment l’amour, mais aussi l’innocence, la solitude et la culpabilité, thématiques chères au réalisateur japonais.

Le film soulève également des interrogations métaphysiques quant au devenir des prisonniers : pourront-ils recommencer une nouvelle vie en considérant leurs crimes comme appartenant au passé ? Ou devront-ils plutôt se tourner vers l’expiation pour enfin espérer atteindre la rédemption ? Le film ne propose aucune réponse et préfère laisser le spectateur se faire sa propre opinion ; de la même manière, la fin reste ouverte et libre d’interprétations.

Big Bang Love Juvenile A est donc une œuvre singulièrement abstraite, parfois onirique mais éternellement poétique, dont la symbolique esthétique, poussée à son paroxysme, pourra fasciner les uns comme repousser les autres. A ne pas mettre en toutes les mains…