Resident Evil (Paul W.S Anderson, 2002)

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Réalisateur : Paul W.S Anderson
Origine : UK, Allemagne, États-Unis
Année de production : 2002
Durée : 1h41
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Interprètes : Milla Jovovich, Eric Mabius, Michelle Rodriguez

Dans un immense laboratoire souterrain, ont lieu des recherches ultras secrètes, supervisées par des centaines de scientifiques. Lorsque l’alarme retentit, tout le monde croit à une simple simulation d’évacuation. Mais bientôt, l’horreur les rattrape. Un virus hautement mortel se propage à un rythme effréné dans les couloirs : en quelques minutes, il met fin à toute vie humaine. Au même moment, Alice se réveille dans un somptueux manoir. Ignorant comment elle a pu atterrir là, elle fait la rencontre de Matt, un policier. Avant même qu’ils n’aient pu trouver une explication logique à ces phénomènes étranges, un groupe d’intervention militaire, les S.T.A.R.S, débarque de nulle part et les oblige à les suivre. Ces derniers ont reçu l’ordre d’infiltrer le laboratoire et de neutraliser la Red Queen, le super-ordinateur devenu fou que l’on tient pour responsable du désastre.

Première adaptation cinématographique du jeu vidéo éponyme qui allait donner suite à une longue série de blockbusters tous plus mauvais les uns que les autres, Resident Evil devait au départ être écrit et réalisé par le Master Of The Dead en personne, j’ai nommé George A. Romero. Cependant, celui-ci se rétracta en 1999 pour divergences artistiques (tu m’étonnes !) et le projet échoua finalement à Paul W.S Anderson, qui avait déjà plus ou moins fait ses preuves – plutôt moins que plus – avec son adaptation niaise à souhait du célèbre et ultra-gore jeu de baston Mortal Kombat en 1995. Il y a fort à parier que Resident Evil aurait été bien meilleur sous la direction de Romero, d’autant plus qu’Anderson, désireux de toucher un large public de jeunes ados pré-pubères de 12 ans max tout en évitant le risque de la censure, ne fit rien d’autre que saccager l’ambiance glauque et oppressante si caractéristique du jeu qui connut ses heures de gloire sur Playstation dans les années 90 en nous en livrant sa version ultra-épurée. En dépit de sa promo mensongère au possible et de la prétention à en crever les yeux qui émane de quasiment chacun de ses plans, Resident Evil fait office de pétard mouillé davantage mû par une stratégie commerciale peu subtile que par un réel désir de faire plaisir aux fans du jeu vidéo en lui rendant hommage.

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En réalité, la seule réussite du film reste sa bande-son électrique composée par l’Antichrist Superstar Marilyn Manson en collaboration avec l’italien Marco Beltrami. Alliant mélodies électroniques à la fois enfantines et angoissantes et riffs endiablés de guitare sonnant très heavy metal, la musique de Resident Evil lui confère ce petit semblant d’identité dont il manque cruellement. Que ce soit pour instaurer une atmosphère apocalyptique, comme dans la toute dernière scène du film (la seule qui en jette vraiment) durant laquelle Alice (Milla Jovovich, Le 5ème Élément ; Phénomènes Paranormaux) sort de l’hôpital désert et se retrouve seule contre tous dans une ville dévastée ; ou encore pour souligner la dimension juvénile d’Alice et de la Reine Rouge, les tonalités métalliques des thèmes aux airs de berceuses maléfiques du Pope Of Dope constituent l’un des seuls éléments du métrage qui ne soient pas bons à jeter. Dommage que le travail efficace et original de Manson se trouve allègrement massacré par la présence insipide de quelques noms de la scène metal et nu metal tels que Slipknot, Rammstein et Adema, qui quant à eux viennent pleinement confirmer la visée principalement commerciale de Resident Evil consistant à accumuler des personnalités connues pour faire vendre toujours plus autour du film.

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Mais qu’en est-il du principal intérêt du film, les zombies ? Eh bien, ils sont plutôt pas mal à vrai dire : lents, dégoulinants de sang, traînant la patte et crevant la dalle, ils constituent une menace massive et omniprésente, même si leurs apparitions sont très souvent bourrées de clichés et davantage vectrices de scène d’action tout sauf originales que d’horreur pure et dure. Le mutant du film, l’arme secrète de la Reine Rouge, est quant à lui atrocement décevant car modélisé en CGI minables et déjà largement dépassés en 2002. Les nombreuses scènes d’action sont certes plutôt punchy mais, là où Romero aurait très certainement choisi de montrer du gore, le courageux Anderson préfère couper pour rendre la chose plus facilement digérable… Sans parler de l’insupportable bande-son de metal agressif qui accompagne systématiquement ces scènes plates à en crever, convoquée uniquement dans l’espoir de faire imaginer au spectateur ce que le film ne montre pas en tâchant vainement de les rendre plus violentes. Quelques passages seulement osent montrer un peu de barbaque et encore, un seul en fait : celui du couloir piégé qui par ailleurs semble allègrement pompé sur la scène d’introduction du génialissime Cube de Vicenzo Natali.

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Resident Evil prend le parti d’adopter un aspect très « science-fiction » qui l’en éloigne considérablement de l’ambiance crade et glauque du manoir du premier  jeu vidéo de la saga : hologrammes, caméras et gadgets dernier cri, gros flingues ultra-sophistiqués et I.A surdéveloppée, l’univers du film est formellement assez bien abouti même s’il ne fait pas vraiment preuve d’une grande originalité. Tantôt crades et obscurs, comme la gare du Hive, tantôt lumineux et froids, épurés au maximum avec prédominance du métal, comme les salles de recherches scientifiques et l’hôpital dans lequel se réveille Alice à la fin du film ; les décors visent à instaurer une tension latente qui nous pousserait à penser que tout peut arriver au sein de ces lieux hostiles et impersonnels, marqués par la démesure et l’ambition du progrès avec un grand P. Malheureusement, cette potentielle tension se trouve tuée dans l’œuf par la superficialité du scénario et des personnages…

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En effet, les protagonistes principaux sont malheureusement très creux et horriblement lisses : entre le flic Matt (Eric Mabius, Sexe Intentions ; Reeker) complètement insipide et parfaitement inutile, dont la présence s’explique uniquement par le fait qu’il serve à préparer le terrain pour l’arrivée du Némésis dans Resident Evil : Apocalypse ; la femme-soldat Rain (Michelle Rodriguez, Fast And Furious ; Machete) insupportable car stéréotypée à fond et le pseudo-méchant et pseudo-beau gosse Spencer (James Purefoy, Solomon Kane) plus inexpressif encore qu’une moule morte ; il semble évident que Paul W.S Anderson ne soit pas vraiment doué pour susciter l’empathie du spectateur envers ses personnages. Seule Milla Jovovich parvient à ressortir à l’écran, mais je soupçonne sa petite robe rouge d’y être pour quelque chose…

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En définitive, Resident Evil fait figure d’adaptation complètement ratée du jeu vidéo mythique, qui déçoit de par son côté édulcoré à fond et ses effets spéciaux ridicules. Illégitimement prétentieux (comme tous les autres volets de cette saga minable que réalisera Paul W.S Anderson) et malhonnête au possible car n’honorant pas du tout son « contrat » de produire un film gore et effrayant digne du jeu vidéo (ce que sa promo n’avait aucun scrupule à suggérer), Resident Evil reste un film de pseudo-horreur destiné aux ados, qui ne respecte pas même les attentes des fans du jeu, qui par ailleurs risquent d’être fort déçus. Pour les autres, eh bien, je vous conseille de vous jeter sans plus attendre sur le scénario original de George A. Romero, disponible en magasin et sur le Net, plutôt que de perdre votre précieux temps avec cette bouse…

Return Of The Living Dead (Dan O’Bannon, 1984)

return_of_the_living_dead_poster_01Réalisateur : Dan O’Bannon
Origine : États-Unis
Année de production : 1984
Durée : 1h31
Distributeur : Orion Pictures Corporation
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : James Karen, Linnea Quigley, Clu Gulager

Frank et Freddy, deux employés d’une société de fournitures médicales, libèrent sans le vouloir un gaz hautement toxique contenus dans d’étranges barils que l’armée avait déposés par erreur il y a quelques années. Instantanément, un cadavre entreposé dans le bâtiment revient à la vie et attaque les deux hommes pour dévorer leurs cerveaux. Ceux-ci réussissent à le maîtriser de justesse et décident de le faire brûler au crématorium d’à côté, tenu par leur vieil ami Ernie, afin de ne pas ébruiter l’histoire. Malheureusement pour eux, la fumée qui s’échappe du crématorium va alors se répandre aux alentours et ranimer les morts du cimetière voisin. Au même moment, un groupe de punks cherche un endroit pour faire la fête. Ils choisissent de se rendre au cimetière…

La présence au scénario de John A. Russo ainsi que les multiples références explicites au film Night Of The Living Dead de 1968 présentent Return Of The Living Dead comme une suite pseudo-officielle du chef-d’œuvre de George A. Romero.  Dans un genre complètement décalé et bien plus drôle qu’effrayant, Return Of The Living Dead initie sa propre saga des morts-vivants, constituée de cinq films tous plus barrés les uns que les autres et dont les deux premiers contribuèrent à insuffler au film de zombie une dimension comique jusqu’alors inexplorée.

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L’humour fait ainsi partie intégrante du film de Dan O’Bannon, célèbre scénariste d’Alien et de Total Recall, entre autres, qui s’essaie ici pour la première et dernière fois à la réalisation. C’est un fait avéré, Return Of The Living Dead ne se prend pas du tout au sérieux et multiplie les scènes cocasses dans lesquelles les zombies ont le premier rôle. Loin d’être gênés par la rigidité cadavérique, ceux-ci parlent comme vous et moi, gambadent comme des cabris, tendent des embuscades (si, si, je vous assure !) et, surtout, sont friands de cerveaux humains (et vivants, tant qu’à faire). La chair fraîche et les tripes goulues importent peu à ces zombies-là, non, tout ce qu’ils veulent, c’est la matière grise… C’est donc sans grande surprise que nous les entendons tout au long du film beugler d’une seule et même voix mortifère  « Cerveaux ! Ceeeerveauuuux… » avant de planter leurs quenottes pourries dans la boîte crânienne de leurs pauvres victimes. Cette nouvelle caractéristique zombiesque, si elle ne fait pas preuve d’une grande originalité (le scénariste a simplement « déplacé » le concept initial de Romero) s’inscrit néanmoins de manière efficace dans la tradition parodique revendiquée par le film. En effet, quoi de plus absurde que des morts qui cavalent partout en hurlant qu’ils veulent des cerveaux ?!

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Quant aux personnages, eh bien, ils sont à la hauteur de leurs ennemis : gueulards, froussards et à deux mille de tension, ils se débattent énergiquement pour se sortir du marasme qu’ils ont eux-mêmes provoqués. Les acteurs Clu Gulager (Burt) et James Karen (Frank) s’en sortent plus que bien en quinquagénaires morbides complètement dépassés par les évènements mais, pour ce qui est de Thom Mathews (Freddy), il n’est pas très difficile de deviner qu’il ne fera pas carrière dans le cinéma grâce à son talent d’acteur, ni à son charisme exceptionnellement absent, d’ailleurs. Les punks sont tous délicieusement ridicules et stéréotypés (Spider, Trash, Suicide… rien que leurs noms en disent long sur les personnages !), tant dans leurs comportements que dans leurs dégaines extravagantes, et évoluent tous dans un joyeux bordel qui s’écoule au gré des crises d’hystérie et des pièges subtilement tendus par les zombies. Il est à noter que Return Of The Living Dead révèlera au grand public la future scream queen Linnea Quigley (Flic ou Zombie ; Le Cauchemar de Freddy ; Night Of The Demons), petite icône du cinéma bis qui connut ses heures de gloire dans le milieu des années 80. Tous ces personnages se charclent donc sans commune mesure pour sauver leur peau au rythme d’actions délirantes et souvent très fun, quoiqu’un peu longues à démarrer.

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Mais si Return Of The Living Dead peut bel et bien être considéré comme une parodie du film de zombie, il n’en néglige pas moins les aspects glauques et cradingues caractéristiques du genre. Et cela s’opère via les maquillages des zombies, assez moches pour l’époque mais qui collent parfaitement à l’univers déjanté du film. De même, si les effets spéciaux des scènes gore sont plutôt mal réalisés (on n’y croit pas une seconde, mais ce n’est pas vraiment gênant), celles-ci sont néanmoins présentes en petit nombre, enfin, juste ce qu’il faut pour produire un bon petit film de zombie. En revanche, le gros souci de Return Of The Living Dead reste son manque de cohérence dans le design de ses morts-vivants. Par exemple, l’on peut aussi bien voir des squelettes décharnés qui ouvrent les yeux (euh…), que des morts-vivants verdâtres ou blanchâtres (les frais) ou encore recouverts de boue (ben ouais, ils viennent tout juste de sortir de leurs tombes…), qu’une espèce de pantin rouge sanguinolent en haillons et aux orbites saillantes qui se meut comme un pervers équilibriste (le zombie du bâtiment de la société où travaillent Frank, Burt et Freddy, le seul vraiment réussi de tout le film). Vous me direz, c’est normal qu’ils n’aient pas tous la même tronche, les morts ne sont pas tous décédés en même temps ; ok, mais bon, n’empêche que le résultat est assez vilain et qu’au final on se dit qu’on est bien loin de la virtuosité plastique d’un Tom Savini ou d’un Greg Nicotero par la suite. Cette absence de logique esthétique se retrouve également au niveau sonore, et il convient de se demander pourquoi les zombies adoptent des voix bioniques d’extraterrestres quand ils peuvent parler tout à fait normalement…

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Outre ces faits légèrement décevants, le principal point faible du film réside dans ses doublages français carrément nuls à chier (mais vraiment…) qui, en plus de ne même pas coller aux lèvres (insupportable !) sont parfois complètement à côté de la plaque niveaux ton et traduction, ce qui donne des dialogues creux et inutiles au possible. Cet inconvénient est d’autant plus fâcheux qu’il gêne réellement l’adhérence du spectateur à l’histoire, celui-ci est sans cesse « sorti » du film  à cause du manque de crédibilité des doublages qui n’ont pas fini de le faire fulminer. En revanche, la musique rock qui rythme Return Of The Living Dead est absolument géniale et soutient l’atmosphère eighties qui se dégage du film de manière très efficace et véritablement plaisante.

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Comme je l’ai signalé dans l’introduction, Return Of The Living Dead multiplie les références à Night Of The Living Dead ; en déclarant par exemple que ce dernier est basé sur des faits réels, ou en montrant les personnages s’efforcer de suivre les conseils de Romero en détruisant le cerveau du premier zombie auquel ils sont confrontés… Ces quelques détails pourraient être fort réjouissants pour les fans si le scénario n’en profitait pas pour lancer quelques petites piques au Père des morts-vivants… En effet, après le litige qui l’opposa à George A. Romero, John A. Russo décida de prendre le large et de mener sa propre carrière zombiesque. Désireux de revendiquer sa paternité du chef-d’œuvre de 1968 et par la même occasion de se le réapproprier, il écrivit le scénario de Return Of The Living Dead qu’il présenta comme la suite directe du premier film. Bref, tout cela pour dire que la rancœur qui émane de ces basses attaques gâche quelque peu l’effet escompté, et qu’au final les références à Night Of The Living Dead ont un arrière-goût faisandé dont le film aurait largement pu se passer. D’ailleurs, si on va par là, la scène durant laquelle les personnages se barricadent dans le crématorium d’Ernie relève plus du plagiat raté que de la caricature de Night Of The Living Dead : le film s’attarde de la même façon sur les moyens mis en œuvre par Spider et ses comparses pour bloquer les portes, les fenêtres, etc. John A. Russo, ou l’art de cracher dans la soupe qu’on est justement en train de bouffer…

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Return Of The Living Dead est donc un film divertissant, avec de bonnes idées et une mise en scène joyeusement fun, qui parvient malgré ses faiblesses à tirer parti d’un humour décalé qui érige les zombies au digne rang de clowns grotesques uniquement là pour nous faire marrer. Le reste de la saga ne sera malheureusement pas aussi réussi (n’est pas Romero qui veut, n’est-ce pas…) mais le film de Dan O’Bannon a néanmoins le mérite d’avoir offert un traitement différent et original à cette figure monumentale du cinéma d’horreur qu’est le zombie, là où d’autres se contentaient d’user de codes tombés en désuétude. A voir ou à revoir en fin de soirées conviviales où la bière coule à flot !

L’Armée des Morts (Zack Snyder, 2003) [remake]

Titre Original : Dawn Of The Dead
Réalisateur : Zack Snyder
Origine : États-Unis
Année de production : 2003
Durée : 1h45
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Sarah Polley, Ving Rhames, Jake Weber, Mekhi Phifer

Ana se réveille un beau matin et se retrouve en plein cauchemar : les morts sont mystérieusement sortis de leur sommeil éternel et attaquent les vivants. Après avoir miraculeusement échappé au carnage qui sévissait dans son quartier, Ana rencontre d’autres rescapés : André et sa femme Luda qui est enceinte, Kenneth, un officier de police, et Michael, vendeur de télés de son état. Ils décident de s’unir et de rejoindre le centre commercial le plus proche pour s’y réfugier quelques temps. Ils vont alors devoir faire face à une horde de zombies assoiffés de sang et de plus en plus nombreux tout en s’efforçant de cohabiter…

En 2003, le célèbre publicitaire américain Zack Snyder (300 ; Watchmen ; Le Royaume de Ga’Hoole) s’essaye au cinéma pour la toute première fois et livre un remake des plus réussis du chef-d’œuvre Dawn Of The Dead (Zombie) réalisé en 1978 par George A. Romero. Avec ce film, Snyder contribue à relancer la popularité jusqu’à présent en berne du créateur du zombie mangeur de chair, qui d’ailleurs en profitera pour sortir un an plus tard le quatrième volet de sa saga des morts-vivants, Land Of The Dead. Tout en conservant la trame principale de l’œuvre originale dont il s’inspire, ce remake réussit à se réapproprier le script original de Dawn Of The Dead de manière très personnelle, pour produire un film qui au final n’a plus grand-chose à voir avec son prédécesseur. En plus du fait d’avoir totalement rejeté le folklore zombiesque établi plus de trente ans auparavant par Night Of The Living Dead, l’on peut également observer que la dimension pamphlétaire qui faisait toute la puissance de frappe de l’œuvre de Romero est ici complètement éclipsée, Snyder préférant l’action pure et dure à la critique sociopolitique. Je précise que cet article traite de la version director’s cut, plus longue mais aussi légèrement plus gore que la version cinéma, et dont le principal atout consiste à avoir fourni davantage de détails sur les personnages et leurs vécus respectifs.

Tout commence avec une séquence d’introduction hallucinante qui frappe très fort, l’accent étant mis sur l’état de panique qui secoue un petit quartier américain soudainement mis à feu et à sang et qu’Ana (Sarah Polley, Mister Nobody ; Splice), qui a vu son mari mourir et ressusciter sous ses yeux, tente de fuir malgré les obstacles qui se dressent sur sa route. Fourmillant de détails d’une indéniable efficacité, cette séquence apocalyptique annonce que le film tout entier s’efforcera de véhiculer une terreur brute et instinctuelle qui, en prenant ses racines dans un quotidien admis comme étant sécurisé et contrôlé par notre inconscient collectif, explosera l’ensemble de nos défenses psychiques pour produire un choc audiovisuel dont même les plus blindés d’entre nous ne pourront réchapper. Suivant cette même idée directrice, le générique du début bénéficie d’un montage particulièrement nerveux qui accumule les scènes d’informations télévisées sur un fond de musique country qui agissent comme une sorte d’ellipse visant à faire comprendre au spectateur que la situation a déjà dégénéré et que, tout comme dans le Dawn Of The Dead original, les autorités américaines demeurent impuissantes pour enrayer ce phénomène de contamination collective qui prend de plus en plus d’ampleur. Le contraste généré par cette curieuse association d’images violentes à une musique cool et décontractée, ainsi que les plans semi-subliminaux de visages de zombies sanguinolents et toutes dents sorties, en plus de produire une atmosphère ironique et légèrement mélancolique, opère un processus de distanciation qui nous maintient confortablement dans notre position spectatorielle. En effet, nous sommes sur le point d’assister à l’élaboration d’une histoire, celle de cinq rescapés qui vont tenter le tout pour le tout pour survivre à cet Enfer…

Anoblis d’une superbe photographie qui privilégie les tons froids (bleu, vert, etc.) pour retranscrire l’ambiance désertique et impersonnelle du centre commercial infesté de zombies accros au shopping, les décors de Dawn Of The Dead s’avèreront être le théâtre de scènes glauques et malsaines somme toute assez dérangeantes et sublimées par un montage très esthétisant. Par exemple, la scène du monstrueux accouchement de Luda dans un magasin pour bébé rempli de peluches et de jouets assure un impact considérable sur nos convictions de ce que sont la famille et l’acte de donner la vie… Le film comporte ainsi de nombreuses scènes purement horrifiques (la vieille femme dégueulasse qui décède de ses blessures puis se relève, plus vorace que jamais ; le père contaminé et voué à attendre la mort ; le tragique épisode du voisin armurier Andy ; etc.) qui maintiennent la cohésion de l’ambiance oppressante et la sensation de menace imminente instaurées dès la séquence d’introduction. Mais Dawn Of The Dead sait aussi faire preuve d’humour pour nous permettre de relâcher un peu la pression, notamment en mettant en scène les personnages principaux qui s’amusent à tirer sur des zombies choisis parmi la foule agglutinée devant les portes du centre commercial en fonction de leur ressemblance toute relative avec des personnalités connues.

Les scènes d’action sont quant à elles très bien réalisées en dépit du fait que le film ait maintenant quelques années ; les effets spéciaux restent tout à fait corrects pour l’époque et sont loin de lésiner sur le gore, sans pour autant atteindre le niveau extrême de l’original… Giclées de cervelles, gorges arrachées, crânes transpercés, yeux perforés, le film ne nous épargne rien et fait fi de la suggestion au profit d’un véritable déballage de scènes trash toutes visuellement très bien rendues. Le maquillage des morts-vivants est lui aussi très convainquant et esthétiquement très réussi ; certains d’entre eux sont vraiment impressionnants (le manchot asiatique du début, ou encore le décharné qui fait face à André derrière l’une des vitres blindées du centre commercial, etc.). On regrettera néanmoins qu’ils soient capables de courir (et la rigor mortis alors ?!), caractéristique légèrement incohérente compte tenu de leur état de cadavres ambulants mais qui ne dessert cependant en rien le récit et l’action du film. Les hurlements de bêtes sauvages qu’émettent les zombies lorsqu’ils attaquent sont eux aussi quelque peu ridicules et illogiques (pourquoi diable les humains changeraient-ils de voix une fois morts ?!), mais bon, tout ceci fait partie des choix stylistiques du réalisateur, tout comme le processus de contamination quasi-instantanée par morsure, d’ailleurs (les morts-vivants de Romero ne le devenaient qu’une fois décédés de leurs blessures, ici ce phénomène s’opère dès lors qu’ils sont mordus). En revanche, les yeux blancs et la gestuelle saccadée des morts-vivants de Snyder constituent une très bonne initiative au mythe zombiesque, surtout lorsqu’il nous en est donné à voir des « ratés », dont le cerveau ne se serait pas complètement réactivé, et qui se contentent d’être secoués de spasmes incontrôlables (dans la VO, ils sont d’ailleurs appelés des « spasmo »).

Côté narration, le rythme reste très soutenu, en grosse partie grâce à la vigueur extrême du montage ; de ce fait, le film ne souffre d’aucune longueur et bénéficie d’une excellente mise en scène renforcée par une interprétation crédible de la part des acteurs. On notera également les caméos fort réjouissants de Tom Savini, qui n’est désormais plus à présenter, dans le rôle d’un flic à lunettes noires et grosses moustaches qui déclare le plus sérieusement du monde qu’« il faut leur tirer dans la tête… » ; et de Ken Foree en télévangéliste qui donne son opinion légèrement intégriste sur l’apparition des morts-vivants et qui en profite d’ailleurs pour ressortir sa phrase-culte du Dawn Of The Dead original: « Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre… ». Cette petite attention de Snyder pour faire plaisir aux fans a de fait pour conséquence de nous rendre un peu plus tolérants vis-à-vis de lui pour ses zombies coureurs de fond…

Dawn Of The Dead est donc un excellent film de zombie qui, en plus de remettre sur le devant de la scène le chef-d’œuvre de 1978, nous offre une relecture personnelle et divertissante du mythe légendaire instauré par Romero avec sa saga des morts-vivants. Grâce à l’originalité de son scénario et à l’efficacité de sa mise en scène produite dans les règles de l’art du cinéma horrifique, Dawn Of The Dead s’érige comme l’un des meilleurs films de zombie des années 2000.

Dawn Of The Dead (George A. Romero, 1978)

Réalisateur : George A. Romero
Origine : États-Unis, Italie
Année de production : 1978
Durée : 1h55
Distributeur : Anchor Bay Entertainment
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Ken Foree, Scott H. Reiniger, David Emge, Gaylen Ross

Dans le monde entier, les morts sont revenus à la vie et se repaissent des vivants. L’Amérique est à feu et à sang, les autorités s’efforcent d’endiguer l’épidémie et de vives polémiques déchirent la population. Un groupe de survivants décide de s’enfuir et de se réfugier dans un centre commercial. Alors que la vie s’organise à l’intérieur, la situation empire à l’extérieur…

Réalisé dix ans après Night Of The Living Dead, Dawn Of The Dead (titre original de notre Zombie européen) signe le retour en force de George A. Romero, désormais détenteur d’un certain prestige et bien décidé à aller jusqu’au bout de son propos. La version dont je vous parlerai dans cet article est celle de Dario Argento, qui s’est vu confier la postproduction du film pour une version européenne.  Le grand maître du giallo a ainsi assuré le montage, plus court mais aussi et surtout beaucoup plus percutant et rythmé que celui de Romero, ainsi que la composition de la musique du film, interprétée par le fameux groupe italien Goblin (Suspiria ; Les Frissons De l’Angoisse).

D’emblée, le film frappe très fort avec sa séquence d’introduction complètement déchaînée rendant compte de la situation apocalyptique à laquelle la population américaine tente vainement de faire face. La frénésie du montage cut, l’anarchie des échanges verbaux entre les différents protagonistes ainsi que la cacophonie sonore produisent un effet de pure panique qui scotche d’emblée le spectateur à son siège. Le réalisateur en profite par ailleurs pour poursuivre la mise en image du dilemme éthique déjà présent dans Night Of The Living Deadet qu’il filera tout au long de sa saga : comment considérer les morts-vivants ? Faut-il les tuer froidement d’une balle dans la tête, même s’il s’agit de nos amis ou de notre famille ? Cette séquence survoltée présente ainsi deux camps opposés (l’un pour « tuer » les morts et l’autre qui s’y refuse) qui s’acharnent tous deux à défendre leur position respective avec verve alors que la majorité rejette de toute évidence l’idée d’un traitement impitoyable de leurs pairs revenus d’entre les morts. En quelques minutes seulement, Romero nous fait part de ses considérations bien pessimistes sur notre condition et nous invite à les partager en nous moquant de cette faiblesse sentimentale intrinsèquement humaine. Cette séquence éprouvante a pour but de plonger le spectateur dans une ambiance dramatique qui n’aura de cesse de monter crescendo tout au long du film et qui laisse décidément bien peu d’espoir quant à la survivance de cette espèce définitivement esclave de son inclinaison aux sentiments les plus futiles, même en temps de crise comme celui-ci.

Par la suite, le film se dévoile extrêmement gore, ce qui lui valut d’être considéré par certains comme « le film le plus effrayant de tous les temps ». Les effets spéciaux et maquillages sont réalisés par le génial Tom Savini, qui tient d’ailleurs le rôle d’un biker casse-cou armé d’une machette dans le film (personnage que l’on retrouvera par la suite dans Land Of The Dead). Ce dernier qui n’avait malheureusement pas pu collaborer au tournage de Night Of The Living Dead, car il était à cette époque mobilisé pour la guerre du Vietnam en tant que reporter d’images, se rattrape ici en réalisant de véritables prouesses esthétiques. Le spécialiste avoue par ailleurs s’être directement inspiré des horreurs qu’il a côtoyées durant la guerre, ce qui donne un rendu d’un réalisme impressionnant pour l’époque. Ainsi, certaines scènes du centre commercial (l’éviscération de l’un des bikers en tête) sont absolument sublimes et sidérantes de vraisemblance, tandis que d’autres, comme le « repas » des morts-vivants qui se nourrissent des membres et d’organes humains, sont répugnantes à souhait. Les gros plans qui s’attardent longuement sur les yeux affamés ou la bouche ensanglantée des zombies, de même que les inserts sur les morceaux de chair fraîche et les os rongés, constituent quant à eux un véritable choc visuel qui s’imprime de force dans la rétine et restera à jamais gravé dans les mémoires. Par ailleurs, l’un des moments cultes du film est celui où les bikers s’éclatent à jeter des tartes à la crème à la face hagarde des zombies. Absolument jouissive, cette séquence bénéficie d’une bonne dose d’humour qui confère un peu de fraîcheur à cet univers glauque où le sang et les tripes coulent à flot. Ces scènes d’anthologie signent la gloire de Romero, qui a réussi grâce à son audace et à son génie à bouleverser du tout au tout notre perception du cinéma d’horreur.

Pour ce qui est de l’aspect général des zombies, il est en fait plutôt inégal, et l’on peut dire que seuls les personnages principaux (Roger et Stephen une fois transformés) sont vraiment réussis car très détaillés. Quant aux autres, même s’ils demeurent bien évidemment plus que corrects et parfaitement crédibles, ils connaissent encore quelques petits cafouillages niveau maquillage ; il faudra donc attendre son prochain film, Day Of The Dead, pour enfin voir des zombies arrivés au summum de la perfection. Néanmoins, l’oncle George reste toujours aussi fort dans l’art de diriger ses figurants ; l’on retrouve ainsi la gestuelle caractéristique de l’œuvre Romérienne et il faut bien avouer que c’est un véritable plaisir que de voir les zombies déambuler sans but dans le centre commercial, chuter dans les escalators ou barboter dans les fontaines. De plus, Romero, regrettant probablement d’en avoir trop dit quant aux origines de l’apparition du phénomène dans Night Of The Living Dead (même si c’était déjà plutôt vague), décide de brouiller les pistes en lâchant une théorie issue du vaudou comme éventuelle explication (« Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre… »). Du coup, même dix ans après, le mystère reste total et, tout au long de la saga, le public n’aura jamais connaissance des véritables raisons qui auront poussé les morts à se relever.

Le jeu des acteurs est lui aussi sans faille, et l’on a tôt fait de s’attacher à ce petit groupe de survivants qui tente le tout pour le tout pour s’échapper de cet enfer sur terre. Les conséquences de l’isolement de longue durée qu’ils subissent sont très bien rendues, le film parvenant à représenter la lente déchéance mentale de chacun des protagonistes de manière très efficace (Roger qui pète les plombs et devient de plus en plus imprudent ; la journaliste qui joue les pin-up en se maquillant comme Bozo le clown, etc.). L’organisation que met en place le groupe pour survivre reste elle aussi très plausible de par sa simplicité ainsi que la spontanéité des différentes réactions et décisions des personnages.

En effet, les héros de Zombie sont avant tout humains, c’est donc sans grande surprise que nous les observons s’efforcer de vaincre leur angoisse par le biais de la consommation. Une fois le centre commercial accessible après l’extermination des zombies environnants, la joie explose : une jouissance semblable à celle d’un enfant en extase devant le rayon des jouets et qui présage leur lente mais sûre ascension vers une folie certaine. Les personnages se saisissent alors de tout ce qui leur tombe sous la main (montres, bijoux, manteaux, chapeaux, etc. ; des futilités en somme) tout en essayant de se convaincre qu’il existe bel et bien quelque avantage au tragique de leur situation inextricable. En choisissant la consommation d’objets pure et simple comme dernier sursaut de joie de l’humanité avant son extinction, Romero affirme le côté pamphlétaire de son œuvre (qu’ont dédaigné les critiques de l’époque) et livre une satire féroce de la superficialité des préoccupations principales de la population américaine (et même mondiale). « Ils viennent ici par habitude. Ce lieu devait tenir une grande place dans leur vie… » Cette phrase culte appuie la mise en évidence de cet engrenage pathétique mis en place par une société consumériste et égoïste que Romero rejette de toutes ses forces. A cet instant, c’est bel et bien la voix du réalisateur qui résonne à travers les paroles de Peter, interprété par Ken Foree (Massacre A La Tronçonneuse 3 ; L’Armée Des Morts), acteur de séries Z qui signera son retour zombiesque trente ans plus tard avec Zone Of The Dead, film serbe raté qui relève davantage d’une volonté de « recyclage » que d’innovation.

Avec Zombie, George A. Romero parvient à produire un véritable film d’auteur devenu par la suite  au moins aussi culte que Night Of The Living Dead, beaucoup plus violent et dérangeant que son prédécesseur. Une œuvre digne de figurer au panthéon des films d’horreur les plus marquants de l’histoire du cinéma de genre, et qui témoigne de par ses moyens extrêmes de l’immense force de frappe du maître incontesté des morts-vivants.

Night Of The Living Dead (George A. Romero, 1968)

Réalisateur : George A. Romero
Origine : États-Unis
Année de production : 1968
Durée : 1h36
Distributeur : Films Sans Frontières
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Duane Jones, Judith O’Dea, Karl Hardman

Comme toutes les années, Barbara et son frère Johnny parcourent un long trajet en voiture pour venir fleurir la tombe de leur père. Alors que Johnny s’amuse à effrayer sa sœur, un homme étrange surgit du cimetière et attaque Barbara. Johnny court au secours de sa sœur mais, dans la bagarre, il tombe et se fracasse le crâne contre une pierre tombale. Désormais seule et affolée, Barbara court se réfugier dans une maison de campagne isolée où elle rencontre d’autres survivants. Ils essaient tant bien que mal de se barricader, mais les assaillants sont de plus en plus nombreux et semblent vouloir à tout prix pénétrer dans la maison. La radio leur annonce alors une terrible nouvelle : les morts se relèvent pour attaquer les vivants…

Night Of The Living Dead restera à jamais gravé dans les mémoires pour avoir plongé la population soixante-huitarde dans l’horreur la plus primaire et dévasté par la même les idéaux « flower power » de l’époque avec une virulence exacerbée que George A. Romero n’aura de cesse d’envoyer à la face de la société américaine dans l’ensemble de sa saga des morts-vivants. Tombé dans le domaine public pour avoir négligé ses droits d’auteur, ce chef-d’œuvre inégalable entraîna un engouement sans pareil chez les cinéastes et donna naissance sans le vouloir à bon nombre de films plus ou moins réussis s’autoproclamant suites de l’œuvre de Romero. Revenons donc sur cette pièce maîtresse du cinéma de genre qui contribua à lancer la nouvelle vague du cinéma américain des années 70 et qui, en dépit d’un budget extrêmement réduit, réussit le pari fou de produire ce qui allait par la suite être considéré de manière unanime comme l’un des plus grands films du siècle passé.

Mises à part quelques cafouillages techniques liés au montage et le choix du noir et blanc (plus dicté par des impératifs budgétaires que par une quelconque volonté esthétique), Night Of The Living Dead reste une œuvre véritablement  intemporelle tant les sujets qu’elle met en avant sont encore d’actualité. Les zombies ne sont au final qu’une sorte de prétexte pour dénoncer les aberrations du comportement humain, concept que Romero utilisera dans tous ses films sur les morts-vivants. En effet, plus que de l’envahissement imminent d’une nouvelle espèce déviante, ni vraiment morte, ni vraiment en vie, le film nous parle davantage d’un confinement, aussi bien spatial que moral, dans lequel tente bon gré mal gré de cohabiter un petit groupe de personnes. Chacun étant enfermé dans ses propres convictions, trouver un terrain d’entente s’avère être quasiment une mission impossible, ce qui causera la perte de chacun des protagonistes du film. Alors que tout autour de lui, la mode consiste à prôner la paix et l’amour, George A. Romero, lui, s’évertue à prouver que nos différences, si elles ne peuvent être dépassées en moment de crise, auront irrémédiablement raison de nous.

Outre tenir un discours à contre-courant de son époque par des moyens plus que frontaux, le créateur du « zombie mangeur de chair » s’affaire à mettre en place tous les codes que l’on retrouvera par la suite dans sa saga des morts-vivants. La lenteur cadavérique du zombie, son besoin irrépressible de dévorer de la viande humaine, la contamination quasi-instantanée par morsure, la destruction du cerveau comme seul moyen d’en venir à bout, etc. ; toutes ces caractéristiques propres au zombie Romérien sont établies avec une cohérence stylistique pour le moins surprenante chez un jeune réalisateur qui dirige ici son tout premier film, dont il est également le scénariste (avec  John A. Russo) mais aussi le monteur, directeur de la photographie et même figurant. D’ailleurs, l’excellente direction de ses acteurs principaux a également contribué au succès de Night Of The Living Dead, même si la séparation des deux camps que forment les personnages a quelque chose de manichéen (Ben incarne le Bien, les vraies valeurs et le bon sens, tandis que Harry incarne le Mal, la sournoiserie et la lâcheté). Mais, fort heureusement, les autres personnages secondaires (Tom et Judy Rose, Helen et sa fille Karen) sont assez présents et suffisamment élaborés pour efficacement rééquilibrer la balance et donner à la situation une puissance de frappe ahurissante qui convainc autant par l’aspect très réaliste dont bénéficie le scénario que par la superbe interprétation des acteurs. Dans ce petit groupe hétérogène, Barbara (Judith O’Dea) fait office de figure à part, tant du point de vue de son comportement que du traitement scénaristique de son personnage. De personnage principal, elle glisse progressivement vers le statut de personnage secondaire tandis que Ben fait exactement le cheminement contraire et, du coup, les rôles s’inversent avec subtilité sans que le spectateur ne s’en rende vraiment compte. L’inertie de Barbara et l’instinct de survie de Ben contribuent à les faire s’échanger leur rôle comme par un accord implicite passé sous la pression de la loi du plus fort qui par ailleurs imprègne tout le film. Ce sont donc les interactions conflictuelles entre les personnages et l’inextricabilité de la situation principale qui ont en grande partie produit l’impact social du film, mais pas seulement…

Car les zombies constituent eux aussi un véritable choc visuel qui vient forcer la garde du spectateur moyen précisément là où il ne s’y attend pas… Presque avec un sadisme consommé, George Romero met en scène des êtres comme vous et moi, des enfants, des vieillards, des jeunes filles en fleurs et des adultes respectables, à la différence près qu’ils avancent en beuglant et se livrent à des orgies cannibales. Non seulement ce bon vieux George a eu l’audace de choisir un acteur Noir (Duane Jones) pour interpréter le personnage principal de son histoire (ce qui n’était pas une mince affaire à l’époque), mais en plus il s’est permis de donner à voir des femmes nues et des hommes en pyjama qui dévorent leur prochain, et même des petites filles qui assassinent leurs parents à la truelle ! Il est difficile de ne pas tomber en admiration face à une telle prise de position jusqu’au-boutiste qui ne recule devant rien pour faire passer son message. En tout cas, ça a le mérite d’être clair : Romero déclare la guerre au système américain en pulvérisant ses pseudo-valeurs éthiques les unes après les autres par le biais d’images coups de poing qui viennent buter contre la morale bien-pensante de l’époque.

Les scènes gore sont quant à elles d’une violence abrupte, sèche, vectrice d’un effroi pur  et annonciatrice d’un genre spécifique dans lequel Romero va exceller tout au long de sa carrière. Les inoubliables scènes de « repas », durant lesquelles les zombies se repaissent gloutonnement de viscères gluantes, de foie ou de membres fraîchement arrachés des corps calcinés quelques minutes plus tôt, offrent un véritable aperçu de ce qu’allait être le cinéma de genre quelques années plus tard : un art en pleine révolte,  devenu presque marginal et désireux de transgresser tous les interdits et de représenter l’irreprésentable. Les scènes de « repas » des morts-vivants ou d’éviscérations constitueront par la suite la sanglante « signature » du maître dans ses autres films de la saga Of The Dead. Mais il est également à noter que dans certains cas, le film fait appel à la suggestion (pour des défoncements de crânes et autres joyeusetés), concept d’autant plus efficace qu’il permet au spectateur de s’en donner à cœur joie pour imaginer ce que les bruitages sous-entendent…

Chef-d’œuvre avant-gardiste du cinéma d’horreur, pamphlet sociétal sans précédent d’une Amérique en chute libre, initiateur de la figure fantastique du zombie, Night Of The Living Dead ne compte plus les domaines qu’il a révolutionnés en cette année de 1968…  Le premier film du cinéaste de Pittsburgh reste  incontestablement le témoin indétrônable des bouleversements éthiques et esthétiques de son temps, de même qu’une œuvre d’auteur indéniablement réussie qui procurera à tout amateur de films de genre une exquise décharge d’adrénaline horrifique.

Remarque à part, il me semble important de signaler que faute de droits d’exploitation, une kyrielle de (mauvaises) versions du film viennent sans aucun scrupule envahir le marché. Les bacs à dvd sont ainsi remplis de versions hideusement colorisées et remasterisées, comportant le plus souvent des scènes supplémentaires ou des scènes coupées retournées de manière différente (avec des marionnettes, par exemple…), des séquences d’animation, ou encore une bande-sonore différente… Et j’en passe. Prenons le cas de John A. Russo (coproducteur et coscénariste de Night Of The Living Dead), très représentatif de l’envergure que peuvent prendre ces abus honteux : après avoir tourné le dos à George A. Romero à la suite de nombreux différends, John A. Russo décide de revendiquer sa paternité du premier volet de la saga des morts-vivants en sortant pour le trentième anniversaire du film un director’s cut (le Survivor’s Cut)soi-disant remasterisé et comportant des pseudo-scènes inédites (tournées sans l’accord de son ancien meilleur ami) qui ne comportent strictement aucun intérêt si ce n’est définitivement entacher l’œuvre originale du Maître des zombies. Triste affaire que celle-ci, qui n’est pourtant qu’un exemple parmi tant d’autres…

Night Of The Living Dead (Tom Savini, 1990) [remake]

Réalisateur : Tom Savini
Origine : États-Unis
Année de production : 1990
Durée : 1h25
Distributeur : Columbia Tristar Dvd
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Tony Todd, Patricia Tallman, Tom Towles

Barbara et son frère Johnny viennent fleurir la tombe de leur mère récemment décédée. Alors que Johnny s’amuse à effrayer sa sœur, un homme étrange surgit du cimetière et attaque Barbara. Johnny court au secours de sa sœur mais, dans la bagarre, il tombe et se brise la nuque contre une pierre tombale. Désormais seule, Barbara court se réfugier dans une maison de campagne isolée où elle rencontre d’autres survivants. Ils essaient tant bien que mal de se barricader, mais les assaillants sont de plus en plus nombreux et semblent vouloir à tout prix pénétrer dans la maison. Ils vont alors comprendre à leurs dépens la terrible vérité : les morts se relèvent pour attaquer les vivants…

Célèbre spécialiste du maquillage et des effets spéciaux au talent reconnu, Tom Savini passe derrière la caméra pour la première et dernière fois avec ce remake du célèbre film Night Of The Living Dead réalisé en 1968 par son vieil ami George A. Romero, avec qui il a par ailleurs longtemps collaboré. Loin de ressembler aux multiples daubes pestilentielles qui ont maintes fois tenté de s’approprier un peu de l’aura du film de l’oncle George, ce remake, produit par le papa des morts-vivants en personne, réussit l’exploit de se hisser à la hauteur de l’œuvre originale, et peut-être même de la dépasser…

Bien que l’histoire de cette nouvelle version de Night Of The Living Dead suive à peu près le même déroulement narratif que l’œuvre de Romero, Tom Savini a néanmoins pris soin de glisser quelques variations scénaristiques et stylistiques qui ne sont pas pour nous déplaire. En effet, les fans du film original adoreront se laisser piéger par les feintes du réalisateur qui prend un malin plaisir à se jouer de nos attentes pour mieux nous surprendre. Subtiles et efficaces, ces quelques nuances permettent à Savini d’innover tout en restant fidèle à l’œuvre culte dont il offre une relecture pour le moins intéressante et originale.  Par exemple, la Barbara version 1990 (interprétée par la superbe Patricia Tallman) n’a absolument plus rien à voir avec la Barbara de 1968, la mollesse caractéristique de cette dernière ayant tout bonnement été remplacée par une niaque virulente qui en surprendra plus d’un. De même, le personnage de Tony Todd (Candyman, Destination Finale), Ben, tient ici le second rôle principal et non plus le premier : même si son comportement et son statut de leader restent identiques à celui du Ben jadis interprété par Duane Jones, c’est tout de même Barbara que le spectateur suit du début à la fin du film. Quant aux personnages secondaires, ils restent à peu près les mêmes, si ce n’est Judie Rose, l’épouse de Tom, qui s’est entre-temps métamorphosée en hystérique criarde qu’il nous tarde de voir périr dans les flammes.

Par ailleurs, le film regorge de clins d’œil qui constituent un véritable régal pour les fans. Citons en exemple la boîte à musique au travers de laquelle le spectateur pouvait apercevoir le visage décomposé de Barbara dans le film original qui se retrouve ici brisée en milles morceaux lors d’un moment d’extrême agitation, ou encore le sang qui gicle sur la truelle lors de la mort d’Alice Cooper, cette même truelle qui avait servi trente ans plus tôt à la jeune Karen Copper (ici rebaptisée Sarah) pour opérer le matricide qui avait bouleversé une génération toute entière de cinéphiles. Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres qui témoignent de la complicité qui existe entre ces deux grands artistes réunis pour le trentième anniversaire de Night Of The Living Dead par la motivation commune de produire un film authentique et de qualité certaine.

Les zombies sont quant à eux très réussis et véritablement effrayants, les maquillages de John Vulich et Everett Burrell ayant produit des merveilles de laideur post-mortem. Appliquant presque à la lettre l’ensemble des codes initiés par le réalisateur fétiche du cinéma zombiesque, Savini nous donne à voir des morts-vivants de tous horizons, extrêmement lents et qui attaquent « en meute » jusqu’à ce que leur faim gargantuesque soit assouvie. Brutal mais pas vraiment gore, ce nouveau Night Of The Living Dead nous prive de « repas » (des zombies, j’entends) mais nous offre en compensation une diversité des corps absolument jouissive pour tout amateur de zombies. Obèses ou squelettiques, clochards ou costards-cravates, sortis du cimetière ou fraîchement décédés puis revenus à la vie, les morts-vivants forment un groupe terrifiant autant par son hétérogénéité qui n’est pas sans manquer de vraisemblance que par les balafres béantes qu’ils exposent sans aucune pudeur. La violence est donc principalement suggérée, même si Savini, généreux, nous balance de temps en temps de franches giclées de sang ou de bons petits transperçages de crânes juste exactement comme on les aime.

La fin du film diffère largement de celle du scénario de 1968, d’une part parce que, contre toute attente, la rousse et non plus blonde Barbara se sort indemne de ce qui pourrait bien être la plus longue nuit de toute se vie ; mais aussi pour le message que le vétéran du Vietnam tente de nous faire passer par l’intermédiaire d’images aussi explicites que cruelles. En effet, le film s’attarde à nous montrer des chasseurs rednecks qui profitent de l’anarchie de la situation pour se décharger de leurs pulsions sadiques en se livrant à des jeux morbides sur les zombies (concours de force, stand de tir et autres attractions de fête foraine) tandis que l’héroïne observe la scène et déclare « Ils sont nous. Nous sommes eux ». Ce concept supposant que les monstres ne sont finalement pas ceux que l’on croit était déjà mis en avant de manière implicite par Romero dans son Night Of the Living Dead et perdurera dans toute sa saga des morts-vivants (notamment à la fin de Diary Of The Dead). Tom Savini clôt ensuite son film de la même manière que l’œuvre originale, par le montage de photos illustrant la fameuse scène finale du bûcher des morts-vivants, traînés et entassés dans leur « fosse commune » comme de la vulgaire bidasse avariée.

Le seul et unique long-métrage du très charismatique « Sex Machine » (voir Une Nuit En Enfer de Robert Rodriguez) peut donc être légitimement considéré comme un véritable remake digne de ce nom et faisant honneur au chef-d’œuvre ultime de ce très cher George ; mais aussi comme un excellent film de zombies comme on en voit que trop rarement, original et captivant, et qui livre ici un hommage majestueux aux films de genre.

Paris By Night Of The Living Dead (Grégory Morin, 2009)

Réalisateur : Grégory Morin
Origine : France
Année de production : 2009
Durée : 10 minutes
Distributeur : Bach Films
Interdiction : Aucune
Interprètes : Karina Testa, David Saracino, Dominique Bettenfeld

Des jeunes mariés vont devoir survivre dans un Paris post-apocalyptique infesté de zombies. L’amour triomphera-t-il de la mort ?

Grégory Morin (Belle Ordure, Dernier Cri) propose un court-métrage des plus alléchants pour faire partager au public son amour inconditionnel des films de zombies. Hélas, en dépit de l’ambiance de franche camaraderie qui émane de son film, il faut reconnaitre que le résultat ne se montre cependant pas à la hauteur de nos attentes…

Dommage, car le concept était plutôt fun et la séquence d’introduction rendait bien l’aspect délirant du projet. Le film commence par un mariage à l’église où Karina Testa et David Saracino se font les promesses habituelles d’amour, de loyauté et de fidélité pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort les sépare. Et c’est lorsque le prêtre (interprété par Dominique Bettenfeld) introduit cette phrase-intruse de manière anodine « Promettez-vous d’aider votre conjoint à rejoindre le royaume de Dieu s’il venait à errer avec les morts ? » que tout bascule. Une horde de zombies viennent alors envahir l’église et dévorer le prêtre tandis que les mariés prennent la poudre d’escampette en deux temps trois mouvements. Et c’est également là que ça se gâte…

Si l’esthétique générale de la photographie est assez réussie et épurée, les effets spéciaux, eux, sont vraiment très très moches. Usant de CGI carrément ratés (faute de moyens… ou de talent), le film exhibe des têtes et des corps qui explosent alors même que c’est au-dessus de ses moyens. Les zombies, en revanche, sont présentés de manière efficace (maquillage, bruitages, gestuelle) et il demeure somme toute assez plaisant de les observer déambuler sans but dans la capitale, le regard tourné vers l’horizon… En revanche, le jeu des acteurs, et surtout celui de Karina Testa, fait preuve d’une bonne couche de médiocrité. En effet, celle-ci surjoue chacun de ses gestes (elle prend la pose à chaque fois qu’elle tire, pour ne citer qu’un exemple), certainement de manière volontaire, certes, mais l’effet parodique escompté n’est malheureusement jamais atteint. Son jeu outrancier ainsi que le manque d’expressivité de son partenaire David Saracino sont donc au final plus irritants qu’autre chose.

Heureusement, l’humour est bel et bien présent et il demeure malgré tout agréable de voir un Paris à feu et à sang avec ses monuments réduits en poussière par les impacts dévastateurs du bazooka des protagonistes. Le montage est dynamique, les images s’enchaînent au rythme d’une musique endiablée, ça pète de partout et ça nous suffit, pour dix minutes en tout cas…

Fido (Andrew Currie, 2006)

Réalisateur : Andrew Currie
Origine : Canada
Année de production : 2006
Durée : 01h31
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Interdiction : Aucune
Interprètes : Carrie-Ann Moss, Billy Connelly, Dylan Baker,

Il y a bien longtemps, la Terre traversa un nuage stellaire de poussière radioactive qui sema le chaos sur notre planète en déclenchant un effroyable appétit de chair humaine. La terreur dura jusqu’à ce que la toute-puissante compagnie ZomCon mette au point un collier qui domestique littéralement les zombies. Devenues jardiniers, livreurs de lait ou même véritables animaux de compagnie, ces créatures sont désormais partout, sous le parfait contrôle de leur collier, dans un monde réglé comme du papier à musique. Pour le jeune Timmy, tout cela est aussi stupide qu’illusoire et lorsque sa mère achète l’un de ces zombies, Fido, pour l’aider dans les tâches ménagères, il va avoir l’occasion de mesurer à quel point. Parce que Fido va le sauver, une belle amitié va naître entre le jeune garçon et la créature, mais lorsque son collier tombe en panne, les voisins ne tardent pas à en faire les frais…

S’il devait y avoir une suite alternative au mythique Day Of The Dead de George A. Romero, ce serait Fido. Andrew Currie, son réalisateur, a parfaitement su s’emparer des enjeux établis dans le troisième volet de la saga Of The Dead pour nous livrer une comédie horrifique assaisonnée de satire mordante diablement réussie qui prend des allures d’hommage vibrant à l’œuvre du Père des Morts-Vivants. Touchant, drôle, angoissant, pétillant et foutrement intelligent, Fido franchit les limites du politiquement correct en poussant à son paroxysme l’idée de domestication du zombie mangeur de chair telle qu’elle était pressentie il y a plus de vingt-cinq ans en arrière dans Day Of The Dead.

Contrairement à Land Of The Dead dont il se veut l’alter ego positif,ce film nous présente un monde paisible dans lequel les morts-vivants, une fois « apprivoisés » à défaut d’être complètement éradiqués, constituent une main-d’œuvre précieuse au service du bien-être quotidien de ses habitants. Le lieu où se déroule l’histoire, Willard, ressemble à une petite bourgade des années 50 qui bénéficierait de tout le confort et le progrès de la vie moderne ; en cela, nous pouvons la qualifier d’uchronie car il demeure absolument impossible de déterminer l’époque de la narration avec certitude. Et c’est d’ailleurs tout ce qui fait le charme du film… La première belle surprise de Fido consiste justement à nous présenter le caractère docile et multitâche de ce parangon d’horreur qu’est le zombie avec un humour décalé absolument génial : ceux que l’on était jusqu’à présent habitués à voir déambuler sans but en vagissant continuellement, en quête perpétuelle de chair fraîche à se mettre sous la dent et terriblement dangereux en groupe, se livrent désormais aux tâches les plus humaines qui soient avec beaucoup d’implication malgré leur maladresse inhérente à la rigo mortis. Il faut bien l’avouer, c’est un vrai régal que de voir ces zombies, non plus horde mais semi-individus, patauds et quasi-inoffensifs, balancer le journal à l’arrache dans les jardins fleuris de Willard ; nettoyer des voitures d’époque à grands coups de gestes mécaniques absolument ridicules ; servir le dîner en arborant un air tout ce qu’il y a de plus ahuri, tous raides dans leurs costumes trois-pièces, etc. La démythification totale du zombie est sans aucun doute l’aspect le plus réussi du film et constitue un véritable rafraîchissement dans l’historicité de cette figure fantastique célébrée par le 7ème Art depuis le début des années 30.

Et c’est sans difficulté aucune que Currie parvient à nous plonger dès la séquence d’ouverture dans l’ambiance des Fifties revisitées version post-apocalypse zombie, notamment grâce à la bande-son incroyablement efficace passant des airs incontournables de l’époque et aux costumes à la fois prudes et colorés que portent les personnages. Coincés entre l’obligation de respecter les convenances – puritanisme oblige – et leur désir de fantaisie en conséquence bridé, les protagonistes de Fido, sous leurs apparences parfaitement conformes à la norme sociale établie, cachent tous des névroses que le film va peu à peu laisser se révéler sans toutefois trop nous en dévoiler ni tomber dans le piège du pathos qui désamorcerait complètement sa dimension fondamentalement humoristique et divertissante. Que ce soit le chef de la famille Robinson, Bill (Dylan Baker, The Cell, Spiderman 2 et 3), froussard détestable cumulant les défauts et traumatisé par la mort de son père transformé en mort-vivant ; ou le vétéran de la guerre zombiesque et directeur de ZomCon, Jonathan Bottoms (Henry Czerny, Mission Impossible, L’Exorcisme d’Emily Rose),qui ne peut vivre sa vie qu’au-travers de son passé glorieux de massacres sanglants ; ou encore le petit Timmy Robinson, enfant chétif et solitaire, rejeté par ses camarades de classe et délaissé par son propre père ; les personnages bénéficient tous d’une profondeur scénaristique réellement convaincante qui nous amène à nous y identifier sans effort. Mention spéciale à l’actrice Carrie-Ann Moss (la trilogie Matrix ; Memento) qui nous livre ici une prestation éblouissante de femme au foyer prisonnière de son couple malade et du besoin obsessionnel de sauver les apparences dans lequel elle s’est engluée. Elle est tout bonnement lumineuse dans ce rôle ambivalent de femme capable de s’effondrer à la simple perspective d’un jugement négatif de la part de ses voisins tout autant que de vider son chargeur sur un enfant fraîchement reconverti en zombie. Quoiqu’il en soit, les personnages, de même que les performances remarquables des acteurs, constituent l’un des atouts majeurs de Fido.

Mais ce n’est pas le seul, le mélange des registres opérés par le film contribue également à lui conférer sa saveur si agréablement originale : tantôt vraiment drôle, tantôt émouvant, quelquefois même angoissant mais surtout fondamentalement réflexif, Fido réussit l’exploit de changer complètement de tonalité d’une scène à l’autre en faisant preuve d’une incroyable maîtrise stylistique. C’est ce qui permet au spectateur de ressentir, de vivre le film plus encore que de simplement le voir, car c’est ainsi que nous suivons de très près la vie des habitants d’une petite ville idyllique peuplée à 50% de zombies domestiques, avec ses rebondissements, ses éclats, ses drames et ses joies. Pour vous dire, Andrew Currie est même parvenu à insérer du romantisme et de l’amour – du sexe ? – via les relations interpersonnelles entre morts et vivants ! Certes, cela avait déjà été vu dans Zombie Honeymoon de David Gebroe mais, là où Fido est parvenu à faire dans la juste mesure, le film de Gerbroe repose entièrement sur le concept de relation amoureuse à penchant nécrophile et le rendu est de nettement moins bonne qualité, il faut bien l’avouer… Chacune des situations de l’histoire est donc particulièrement riche en émotions en tout genre et tellement bien amenée que l’on ne peut s’empêcher de se prendre au jeu. S’il n’y avait pas ces quelques scènes de repas cannibales, indispensables à tout bon film de zombies, Fido pourrait presque se targuer d’être THE comédie familiale Of The Dead.

Car, nous le savons depuis Shaun Of The Dead, le comique n’exclut pas nécessairement l’horreur, et c’est même tout à fait le contraire : l’arrivée soudaine de celle-ci au sein d’un contexte humoristique bien établi, alors que le spectateur n’est plus du tout sur ses gardes, a pour conséquence de maximiser l’impact horrifique sur ce dernier. L’horreur est d’autant plus puissante qu’elle survient brutalement, sans aucun préliminaire. C’est à peu près ce qui se passe pour Fido, si ce n’est que l’impact se voit considérablement diminué par la sobriété des scènes gore, qui d’ailleurs n’en sont pas vraiment. Tout n’est qu’une question de proportions, et l’horreur se trouve ici davantage suggérée qu’exhibée. Et c’est très bien ainsi, car à vrai dire la surenchère grand-guignolesque serait tout à fais hors de propos dans un film se voulant accessible au plus grand nombre afin de faire partager sa vision radicale et hautement corrosive de la société moderne, ici travestie par l’ambiguïté concernant l’époque de l’histoire. Si le style très « années 50 » du film pousse l’auteur à grossir les traits de chacun des vices qu’il dénonce par l’intermédiaire du second degré, ceux-ci n’en restent pas moins retranscriptibles à l’ère dans laquelle nous vivons actuellement… Par exemple, l’attitude conditionnée consistant à se référer systématiquement à la norme établie pour tous les aspects de l’existence dans l’espoir d’être accepté et reconnu par un groupe social standardisé ; le recours excessif aux services en tout genre, quitte à se créer de nouveaux besoins aussi inutiles qu’encombrants et à sombrer dans l’assistanat le plus vil ; la propagande télévisée, qui vend du rêve et propage la désinformation par la lobotomie subliminale ; le fragile équilibre d’une communauté basé sur le mensonge, qui n’attend qu’un seul tressaillement de vérité pour éclater en mille morceaux ; etc. Cette dimension analytique accompagne l’intégralité du métrage de manière très subtile, presque latente, et s’offre en seconde lecture venant prendre le contrepied de celle qui consisterait à ne voir en Fido qu’un simple divertissement.

Bien plus qu’une simple petite comédie horrifique sans prétention, le film d’Andrew Currie est en réalité une véritable bombe de cynisme grinçant qui a su poursuivre l’idée première de son modèle George A. Romero – Currie avait déjà réalisé un court-métrage intitulé Night Of The Living dans lequel un enfant assiste à la transformation en zombie de son père alcoolique – pour livrer une satire brillante sur la société contemporaine. Mais, fort heureusement, le point de vue purement social ne prend jamais le pas sur l’humour, ce qui permet à Fido de prendre place parmi les meilleures comédies de zombies des années 2000. Si vous vous êtes toujours demandés à quoi pourrait bien ressembler le monde si les choses n’avaient pas aussi mal tourné que dans Land Of The Dead, la réponse est ici !

Land Of The Dead (George A. Romero, 2004)

Réalisateur : George A. Romero
Origine : États-Unis
Année de production : 2004
Durée : 1h33
Distributeur : Pan Européenne Diffusion
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Simon Baker, Asia Argento, John Leguizamo, Dennis Hopper

Dans un avenir pas si lointain, une poignée de survivants barricadés dans une ville bunker vit encore dans le souvenir de l’ancien monde… Des zombies, qui désormais pensent et communiquent, s’organisent pour prendre d’assaut la ville bunker. Kaufman, autoproclamé chef des vivants, engage un commando de mercenaires pour contrer les attaques de ces morts-vivants d’un genre nouveau…

Sorti en 2005, Land Of The Dead signe le retour fracassant au cinéma de ce bon vieux George qui, il faut bien l’avouer, connut sa petite traversée du désert artistique entre 1992 et 2005 avec seulement un film en presque quinze ans (Bruiser)… Il revient donc sur sa légendaire saga des morts-vivants qu’il avait laissée en suspens exactement vingt ans auparavant avec Day Of The Dead (1985) pour en produire la suite directe qui cette fois clora définitivement le quadriptyque Of The Dead entamé en 1968 avec le chef-d’œuvre incontesté Night Of The Living Dead. On pouvait légitimement craindre le pire concernant ce soudain retour aux sources, mais Romero n’a pas son pareil pour nous surprendre : ainsi livre t-il avec Land Of The Dead une œuvre extrêmement sombre d’une puissance de frappe ahurissante, sorte de croisement hybride entre l’univers post-apocalyptique de Mad Max de George Miller ou de New York 1997 de John Carpenter et la lignée de mangas fin-du-mondistes des années 90 tels que Ken Le Survivant de Tetsuo Hara et Buronson ou encore l’excellent Gunnm de Yukito Kishiro.

Land Of The Dead revendique sa filiation avec les trois précédents volets de la saga dès son générique d’introduction dont les premières images ont la particularité de nous en mettre plein la vue. Par l’intermédiaire d’un montage très esthétisé d’extraits d’émissions radio ou télévisées, le début du film nous situe d’emblée dans un contexte fin-du-mondiste désespéré : il s’est apparemment déroulé un certain temps depuis que les morts se sont mis à marcher et à attaquer les vivants dans Night Of The Living Dead, et la situation est loin de s’être arrangée depuis… Il se dégage de ce générique véritablement impressionnant une aura d’une noirceur à faire froid dans le dos ; le caractère morbide des propos tenus couplé à une musique angoissante et à des images bien glauques (des visages de zombies grimaçants) annonçant d’entrée de jeu que le film ne compte pas faire dans la dentelle ; et c’est tant mieux. Mais attardons-nous davantage sur cette vision dantesque d’un univers ravagé par une espèce sur le point de s’éteindre, en proie à la folie et au chaos…

Land Of The Dead se présente en réalité comme une uchronie dystopique mettant en scène une population de plus en plus réduite qui s’efforce de survivre dans une sorte de ghetto où meurtres et pillages vont bon train. En plus de devoir quotidiennement affronter une horde de zombies affamés de chair vivante et chaque jour un peu plus nombreux, les survivants doivent avant tout lutter contre eux-mêmes, contre leur penchant naturel à sombrer dans la décadence en l’absence de tout cadre sécurisé. C’est donc en quelque sorte la lie de l’humanité que nous présente Romero dans Le Territoire des Morts, à l’instar des films de Miller et Carpenter précédemment évoqués : une espèce corrompue par le vice, perdue entre les jeux, l’alcool, la drogue et le sexe facile qui tente de s’organiser au mieux pour ralentir le processus d’extinction qui la menace depuis un temps indéterminé. Une humanité en pleine régression aussi, comme le suggère le concept de « l’arène aux zombies » dans laquelle est jetée la so sexy Slack (Asia Argento, fille du réalisateur et vieil ami de Romero Dario Argento) qui n’est pas sans rappeler les arènes aux lions ou aux gladiateurs de l’Époque Ancienne. Et lorsque la caméra s’attarde quelque peu sur les visages au comble du bonheur de vieilles dames en manteaux de fourrure qui applaudissent et trépignent d’impatience à l’idée de voir la jeune femme se faire dévorer vivante, on se heurte de plein fouet au message alarmiste que cherche à véhiculer Romero. C’est en grande partie grâce à ce genre d’images-chocs mais tout en subtilité que le cinéaste a forgé sa réputation d’artiste « engagé » au discours virulent (même si l’intéressé s’en défend).

Dans ce monde en complète perdition, un rêve subsiste cependant : l’espoir de pouvoir un jour s’installer au cœur du luxueux gratte-ciel Fiddler’s Green, espace utopique réservé aux riches et aux puissants et dirigé d’une main de fer par Kaufman (le regretté Dennis Hopper, dont la prestance unique bouffe littéralement tout l’écran). Pour illustrer le clivage existant entre ces deux couches de population que tout oppose, les images associées à la « décharge » où évoluent Riley (The Mentalist Simon Baker) et Cholo (Phénomènes John Leguizamo) demeurent toutes ternes et sombres, dans les tons froids de bleu et de gris ; tandis que celles associées à Fiddler’s Green sont au contraires lumineuses et chatoyantes. Par ailleurs, on peut aisément ressentir l’empreinte post-11 septembre 2001 qui imprègne l’œuvre toute entière, déjà par la figure de la menace terroriste que représente Cholo, mais aussi et surtout par l’intermédiaire du comportement de Kaufman (« On ne négocie pas avec les terroristes ! »), avatar hyperbolique (ou pas) d’un George W. Bush qui à cette époque venait tout juste d’être élu pour un second mandat. Cholo incarne quant à lui la cristallisation de la profonde désillusion des américains concernant The American Dream ; sa tristesse et sa déception lorsqu’il réalise que malgré tous ses efforts il ne pourra jamais jouer dans la cour des grands sont telles, qu’il ne s’en remettra pas et décidera d’employer les grands moyens pour parvenir à ses fins. En dépit de son pessimisme ambiant, Land Of The Dead lance néanmoins des messages d’espoir en représentant une humanité qui cherche malgré tout à s’élever grâce aux rêves qu’elle nourrit et aux ressources qu’elle est capable d’employer pour les concrétiser.

Mais abordons à présent un sujet un plus fun, les zombies ! Pour ma part, et même si cela reste plus que ponctuel, je regrette un peu l’emploi des CGI pour le maquillage des morts-vivants et les scènes gore (vous l’aurez compris depuis le temps, je ne suis pas fan des effets spéciaux numériques), mais je dois néanmoins reconnaitre que le talent de Greg Nicotero, éminent disciple du maître du trucage Tom Savini, a encore réalisé des merveilles…  Même si à mes yeux le travail de Savini sur Day Of The Dead reste LA référence en matière de films de zombie, celui de Nicotero sur Land Of The Dead reste absolument remarquable sur tous les points. Par ailleurs, le film va plutôt loin dans le gore (c’est d’ailleurs étrange qu’il n’ait écopé que d’une interdiction aux moins de 12 ans en France…) et réussit même à s’approprier les tendances actuelles de la mode pour innover dans ses mises à mort toujours plus originales et dégueulasses (miam, le piercing au nombril…). Romero se régale donc à nous en mettre plein la gueule sans complexe à grands coups de décapitations à mains nues, de démembrements, d’éviscérations et d’égorgements excessivement sanglants qui confèrent à son film cette dimension ultra-agressive pour les yeux qu’on lui connait si bien. Le sang gicle de tous les côtés, des cadavres jonchent le sol par milliers, les doigts et les dents des zombies arrachent, explorent et déchiquètent des kilos de lambeaux de chair et des kilomètres de viscères humaines sans interruption. A ce stade du film, les vivants ne sont plus qu’un tas de bidoche sanguinolente à la merci des morts-vivants, une sorte de gigantesque fast-food humain « service à volonté 24/7 ». Le design des zombies est quant à lui plus particulièrement bien réussi, certains d’entre eux comme « Big Daddy » (Eugene Clark, vraiment très impressionnant), proclamé leader des morts-vivants car exceptionnellement intelligent, sont vraiment du plus bel effet… Comme dans Day Of The Dead, l’oncle George semble s’être bien amusé à mettre en situation des zombies condamnés à répéter jusqu’à la nuit des temps des gestes qui ont conditionné leur existence passée (les zombies-musiciens ; le zombie-boucher, le zombie-clown – peut-être en clin d’œil à Day Of The Dead, justement ?) et certaines scènes ne sont pas dénuées d’un certain sens de l’humour (noir). En définitive, les maquillages constituent une très belle réussite mais, encore une fois, l’utilisation bien que parcimonieuse de CGI vite dépassés aurait largement pu être évitée à mon sens.

Ce qui est également fort intéressant dans Land Of Dead, c’est le concept d’une potentielle évolution comportementale des zombies déjà soulevé dans Day Of The Dead, ici poursuivi et poussé à son paroxysme avec un sens du détail très rigoureux. Non seulement les zombies ont appris à se méfier des « fleurs célestes » (feux d’artifice destinés à détourner leur attention), mais ils deviennent également capables de communiquer entre eux et d’accomplir certaines actions de base (comme se servir d’un fusil mitrailleur), ou encore des tâches qui avaient leur importance dans la vie qu’ils menaient avant leur contamination. Les zombies constituent donc non plus un ensemble dispersé mais une communauté soudée, unie par l’instinct d’appartenance au groupe et le désir de se placer sur un pied d’égalité par rapport aux vivants. Car c’est bel et bien de cela dont il s’agit en réalité : plus encore que dans les précédents volets de la saga, Romero estompe les frontières qui séparent les morts des vivants, jusqu’à les confondre carrément (« Ils sont nous. Nous sommes eux. » ; «Ils cherchent un endroit où aller… Tout comme nous. »). Le parallèle entre ces deux espèces à la fois si différentes et si proches est permanent, de sorte que l’on ne puisse véritablement pencher pour l’un ou l’autre des deux camps. Le sentiment d’empathie envers les zombies est ainsi quasi-inévitable, notamment lors de moments spécifiques durant lesquels Romero dénonce la cruauté intrinsèquement humaine des vivants à l’égard des morts (les zombies utilisés comme des cibles mouvantes par des tireurs chevronnés, idée que l’on trouvait déjà dans Night Of The Living Dead et que le cinéaste réutilisera ensuite dans Diary et Survival Of The Dead). Dénué de tout manichéisme simpliste et handicapant, Land Of The Dead déploie ainsi tout son potentiel de réflexion en privilégiant une certaine ambiguïté morale au piège des facilités scénaristiques.

Pour finir, il me semble amusant de préciser que l’oncle George a eu la bonne idée d’offrir une petite apparition au réalisateur Edgar Wright et à l’acteur-scénariste Simon Pegg pour les remercier de leur hommage rendu avec le film Shaun Of The Dead. Nous les retrouvons donc dans les rôles de deux zombies enchaînés, aux côtés de qui les habitants ont la possibilité de se faire prendre en photo en simulant la terreur… Idem pour le cascadeur-maquilleur Tom Savini, qui apparait sous les traits d’un zombie à grosses moustaches et en perfecto de cuir noir faisant un carnage à la machette, en référence à son rôle de biker fou dans Dawn Of The Dead. Bien que relativement brèves et pas nécessairement évidentes (surtout pour les créateurs de Shaun Of The Dead), ces scènes restent néanmoins fort agréables pour les fans de films de zombies qui y verront là une intertextualité tout ce qu’il y a de plus rafraîchissant.

Land Of The Dead peut donc à juste titre être considéré comme une réussite totale qui, si elle ne parvient pas pour autant à s’élever au niveau d’excellence des trois chefs-d’œuvre constitutifs de la saga Of The Dead (d’où la note de 4/5), parvient sans problème à pleinement atteindre ses objectifs tout en clôturant la quadrilogie en beauté. Un film incontournable à voir ou à revoir sans modération pour mesurer toute l’envergure du gigantesque talent de conteur de George A. Romero. Fan d’horreur post-apocalyptique, ce film est fait pour vous !

Night Of The Living Dorks (Mathias Dinter, 2004)

Titre original : Die Nacht der Lebenden Loser
Réalisateur : Mathias Dinter
Origine : Allemagne
Année de production : 2004
Durée : 01h29
Distributeur : Aventi Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Tino Mewes, Manuel Cortez, Thomas Schmieder

Afin d’augmenter leur potentiel de séduction, trois amis tentent un rituel vaudou dans un cimetière qui ne marche apparemment pas. Mais sur le chemin du retour, leur voiture a un accident. A leur réveil, ils sont devenus des zombies et ils s’aperçoivent qu’ils peuvent tirer avantage de leurs nouveaux corps…

Eh oui, encore un film à jouer dans le sillage des plus célèbres films de l’histoire du cinéma d’horreur ! Passé relativement inaperçu à sa sortie en 2004, Night Of The Living Dorks s’apparente à un opus de la série American Pie (en plus drôle) revisité à la sauce allemande et couplé à du gore « light » mais bien fun. Mêlant avec brio sexe, humour trash et décomposition, le tout premier film de Mathias Dinter est une belle petite réussite dans le genre comédie horrifique ; le charisme de ces trois jeunes ados complètement paumés à la recherche de vagins consentants faisant passer sans problème les quelques blagues un peu lourdes et la surenchère inhérente à ce genre de films.

Le point fort du film : sa simplicité décomplexée, quitte à user et à abuser du cliché. En effet, comme dans toute bonne comédie à l’humour potache pour ado normalement sexué, le héros, dénommé Philip (Tino Mewes), est un pauvre type, mignon mais pas tellement populaire, amoureux de la pétasse blonde number one de son lycée et malmené par le fils-à-papa-beau-gosse-et-musclé number one de son lycée aussi ; ses amis sont des loosers au look d’enfer buveurs de bières bon marché et fumeurs de joints invétérés et sa meilleure amie d’enfance, mignonne mais pas tellement populaire non plus car devenue gothique, est transie d’amour pour lui mais il ne s’en aperçoit bien évidemment pas. A partir de ce pitch ô combien ordinaire, La Nuit des Loosers Vivants (en français)  va considérablement s’éloigner de ses modèles américains en matière d’humour « pipi-caca » en introduisant le concept de zombification dans la vie de ces teenagers pas vraiment gâtés par la nature. Et là où le film surprend, c’est qu’il propose en quelque sorte de démontrer que malgré la faim incontrôlable de chair fraîche et la putréfaction progressive des corps, il existe bel et bien des avantages à devenir un mort-vivant !

Les zombies auraient-ils plus de sex-appeal que les vivants ? La réponse du film est : oui, incontestablement. En effet, la vie de nos trois antihéros mal dans leur peau va peu à peu changer du tout au tout après leur étonnante résurrection : plus forts, plus résistants, mais aussi plus drôles et plus confiants, ceux-ci vont soudainement changer le cours des choses au lycée, et même obtenir un certain succès auprès des filles ! Par là même, Night Of The Living Dorks en profite pour livrer un regard empreint à la fois de bienveillance amicale et de moquerie douce-amère sur les tares de l’adolescence et ses laborieuses recherches identitaires. C’est donc avec une réelle délectation que l’on retrouve certains des poncifs communautaires les plus amusants de cette période bien ingrate de l’existence humaine, avec, pour ne citer qu’un seul exemple, les gothiques qui, désireux d’aller à Seattle ressusciter Kurt Cobain, enclenchent bien malgré eux le processus de zombification lors d’un rituel haut en couleurs avec du poulet fermier surgelé en guise de sacrifice animalier. Cet aspect décalé, très second degré, se retrouve également dans l’élaboration des différents protagonistes du film : la sexy teacher très légèrement éphèbophile et nostalgique de ses jeunes années « hasch et partouzes » ; le prof de sport ex-militaire amateur de pratiques sadomasos et de jeunes garçons ; le docteur aux faux-airs d’Eminem et de Tobey Maguire accompagné de son assistant geek-métalleux complètement défoncés à la weed ; la mère de Philip qui « traite » les érections matinales à grands coups d’infusions de camomille, etc. Tous ces personnages très stéréotypés et d’humeur grivoise apportent beaucoup de fraîcheur et de légèreté à ce divertissement qui ne se prend définitivement pas la tête.

A partir du moment où nos trois buddies se transforment en zombies, l’humour devient certes légèrement plus noir mais ne perd néanmoins jamais de sa dimension très « bon enfant » : tout est tourné en ridicule de manière à ce que les scènes « d’horreur » ne soient jamais effrayantes mais continuent au contraire à susciter le rire via l’absurdité des situations. Ainsi peut-on voir un ersatz de Marilyn Manson, le schtroumpf à lunettes Conrad (interprété par Thomas Schmieder, dont la ressemblance avec le chanteur d’Antichrist Superstar est plus que frappante), rabibocher son oreille tombée en morceaux à l’aide d’une agrafeuse ou encore dévorer un cadavre de grenouille en plein cours de dissection ; ou bien Philip perdre un de ses testicules au moment crucial de conclure avec la biatch de ses rêves ; et bien d’autres moments assez drôles qu’il vous plaira certainement de découvrir. Le petit clin d’œil à George A. Romero via le film Day Of The Dead que regardent les trois amis après leur transformation en zombies et à Metal Gear Solid lorsque Wurst (le troisième de nos compères) se camoufle sous une boîte en carton constituent également des détails très réjouissants pour les fans de ces deux piliers de la culture « Zombie » et « Playstation ».

Certes, l’humour de Night Of The Living Dorks ne vole pas très haut, certes le scénario est cousu de fil blanc, certes les effets spéciaux sont inégaux et les interprétations des acteurs pas toujours très subtiles ; néanmoins, ce film a l’avantage de nous faire passer un agréable moment tout en assumant pleinement son statut de pur divertissement et réussit le pari d’explorer sans complexes la vie sexuelle de jeunes zombies en pleine crise pubertaire. Malgré ses facilités scénaristiques et ses lourdeurs ponctuelles, Night Of The Living Dorks demeure un film cocasse et diablement enjoué dont la bonne humeur devient vite contagieuse…