Paranormal Activity 2 – Tokyo Night (Toshikazu Nagae, 2010) [remake]

Titre original : Paranômaru akutibiti: Dai-2-shô – Tokyo Night
Réalisateur : Toshikazu Nagae
Origine : Japon
Année de production : 2010
Durée : 1h30
Distributeur : Seven 7
Interdiction : Aucune
Interprètes : Aoi Nakamura, Noriko Aoyama, Kazuyoshi Tsumura

A Tokyo, un frère et une sœur sont confrontés à d’étranges phénomènes, centrés autour de la jeune femme. Ils décident de filmer les événements…

Tiens donc ?! Un remake Japonais d’un film Américain ? Quelle drôle d’idée !

D’accord, c’est vrai, on pourrait se dire que ça change un peu, des Japonais qui reprennent à leur compte un blockbuster made in U.S – qui, soit dit en passant, tient davantage du gros foutage de gueule que du génie comme Le Projet Blair Witch en son temps –, mais pas tant que ça en fait… Évidemment, on est en droit de se demander quelle foutue bonne raison ils ont bien pu trouver pour décider de reprendre quasiment à l’identique le film d’Oren Peli – à la qualité plus que discutable –, premier d’une très probable nouvelle franchise ultra-rentable à la Saw depuis que celle-ci s’est officiellement éteinte… Ben on n’a pas encore trouvé, c’est moi qui vous l’dis !

Avant la séquence d’introduction, le film indique sobrement, comme pour se dédouaner de ce qui va suivre : « inspiré du film d’Oren Peli ». Si vous voulez mon avis, l’inspiration n’était pas vraiment au rendez-vous ce jour-là… En effet, très vite, dès les cinq premières minutes du film environ, on se rend compte que ce Paranormal Activity – Tokyo Night n’apportera à peu près RIEN de nouveau comparé à l’original dont il dit « s’inspirer » … La trame scénaristique est donc tout logiquement calquée sur celle de son prédécesseur, si ce n’est que les deux acteurs principaux sont frère et sœur et non un couple et que la sœur en questio, revient tout juste d’un super voyage aux States où, comble de malchance, elle s’est faite péter les deux jambes dans un accident de voiture. Hormis ces deux détails, c’est la même, mais avec des Japonais. Donc si vous escomptiez trouver des réponses aux interrogations volontairement laissées en suspens dans Paranormal Activity, je suis navrée de vous apprendre que vous vous êtes gourés…

Premier coup dur, l’intrigue de ce Tokyo Night met une éternité à démarrer… C’est avec un ennui proche du désespoir que l’on assiste à d’interminables scènes ultra-gnangnan dont la seule utilité consiste en fait à faire gagner un peu de temps au film, du style : « (la sœur) – J’en ai trop marre, tu promets de plus filmer ma chambre, d’accord ? (le frère) – Ok, je promets. – Tu promets quoi ? – Je promets d’encore filmer ta chambre. – Non ! J’ai dit que je ne voulais plus que tu filmes ma chambre, ok ?! – D’accord, d’accord, je ne filmerai plus ta chambre… Mais je peux encore filmer cette nuit, s’il te plait ? – Non ! Je t’ai dit…», et blablabla et blablabla, et vas-y que je tergiverse, que je tourne en rond pendant trois plombes pour que dalle avec mon super jeu d’acteur « inspiré » de Bozo le Clown… Je déconne pas, c’est véridique, et en plus, cette formidable scène nous fait l’immense honneur de revenir en tout  deux ou trois fois dans le film ; pour vous dire comme c’est l’éclate totale pendant bien trois quarts d’heure avant que l’intrigue daigne enfin pointer le bout de son nez ! Et là, fort heureusement pour nous, il y a encore deux-trois petites choses à sauver…

En effet, le seul semblant d’intérêt que l’on peut trouver à Tokyo Night, c’est le remaniement effectif des codes du cinéma d’horreur Américain à la sauce Ring (Hideo Nakata, 1997). De fait, le concept de malédiction par le Sheitan en personne se voit (grossièrement) intégré à l’histoire, et les scènes de « possession » (au sens « Paranormal Activitien » du terme) prennent alors des allures de yurei eiga (films de fantômes Japonais) avec, en prime, les longs cheveux noirs filasses et les torsions improbables du corps initiés par Sadako Yamamura. C’est cette tentative de créer une ambiance malsaine et oppressante typique des films d’horreur Japonais qui parvient à rehausser quelque peu notre intérêt pour le film en donnant lieu à une séquence légèrement flippante – le plus impressionnant restant sans nul doute la performance physique de l’actrice qui tient le rôle – car plutôt bien réalisée. Malheureusement, cela est bien loin de suffire pour faire de Tokyo Night un film digne d’intérêt. Pour une seule séquence correcte, combien d’autres nous auront fait profondément chier ! En outre, le concept de malédiction en spirale, qui se poursuit à l’infini comme la cassette de Ring, s’il n’est au départ pas pour nous déplaire, car il donne la brève illusion que le film se détache un peu de son modèle, s’avère au final tout aussi désastreux ; suffit de voir le dénouement final, absolument pathétique car d’une banalité à en crever frisant de (trop) près le ridicule, pour s’en convaincre définitivement.

Alors oui, bien évidemment, à l’instar de son « illustre » aîné, Tokyo Night est intégralement tourné en caméra subjective, mais là où l’original parvenait à peu près à justifier la pertinence de ce parti pris filmique, le remake de Toshikazu Nagae peine vraiment à nous convaincre. Tout est atrocement mal foutu et tombe comme un cheveu sur la soupe par manque d’explications cruciales ; par exemple, on se demande bien pourquoi Koichi, le frère, éprouve le besoin irrépressible de filmer un repas de famille ennuyeux au possible alors même qu’aucun phénomène surnaturel n’a encore commencé ! L’excitation puérile du mec qui emmerde tout le monde avec sa nouvelle caméra dans Paranormal Activity étant complètement éludée, on ne comprend pas vraiment les raisons qui poussent Koichi à filmer nuit et jour les moindres faits et gestes de la maisonnée… Ou, encore pire, on va se creuser les méninges pendant toute la première partie du film pour comprendre par quel obscur tour de magie celui-ci peut bien filmer sa propre caméra en train de filmer sa chambre alors qu’il est censé n’y en avoir qu’une seule (on ne comprendra que plus tard qu’en réalité il en possède tout simplement deux et même trois, mais bon, à ce stade du film, c’est loin de couler de source…) ; etc. Ajoutez à cela tous les cafouillages habituels liés à ce type de procédé dans les films bâclés (pertinence des plans, logique de découpage) et vous aurez une petite idée de la qualité technique de Tokyo Night.

Un dernier mot sur le jeu des acteurs, digne quant à lui d’un drama bas-de-gamme pour adolescentes pré-pubères où sévit la désagréable habitude de surjouer la moindre émotion, même quand il s’agit de remplir une tasse de thé. Alors, Koichi, lui, il a tout le temps l’air méga-surpris (tiens, une chaise, ça alors, comme c’est étrange… Il y a sûrement un esprit frappeur dans cette maison !) et s’exprime en permanence sur un ton horriblement monocorde, même quand sa « one-chan » adorée est en train de hurler à la mort, baladée en fauteuil roulant dans toute la maison par un esprit farceur. Et Haruka, la sœur, donc, bimbo mono-expressive issue de la génération d’« idoles » Japonaises, passe quant à elle le plus clair de son temps à faire chier tout le monde parce qu’elle est handicapée et qu’elle croit pouvoir tout se permettre sous prétexte qu’elle est bonne. Ah oui, et il y a le père aussi, sans doute la plus piètre performance de tout le film, pas foutu d’être impliqué dans son rôle durant les trois pauvres minutes où il apparait à l’écran (pour balancer trois phrases de merde, en plus). Bref, là aussi, Tokyo Night ne vole pas haut. Il ne décolle même pas, en fait.

En définitive, Tokyo Night s’avère être tout aussi utile et excitant que la série des Paranormal Activity Américains, un pauvre remake bâclé et dénué d’âme, servi par des acteurs tout sauf crédibles et alignant clichés sur clichés sans discontinuer. En bref : circulez, y a rien à voir !

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Deux Soeurs (Kim Jee-woon, 2003)

Titre Original : Janghwa, Hongryeon
Réalisateur : Kim Jee-Woon
Origine : Corée du Sud
Année de production : 2003
Durée : 1h59
Distributeur : Bac Films
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Im Soo-jung, Moon Geun-young, Kim Kab-su, Yeom Jeong-ah

Après une longue absence, deux adolescentes, Su-mi et sa jeune sœur Su-yeon, retournent à la maison familiale en compagnie de leur père. Elles y sont accueillies par leur belle-mère, Eun-joo. Su-mi ne supporte pas sa belle-mère et Su-yeon semble en avoir peur. Très vite, leurs relations s’enveniment cruellement tandis que des évènements étranges viennent semer le trouble dans leurs esprits. Toutes trois vont alors sombrer dans un engrenage de haine et de violence dont les conséquences s’avèreront irrémédiables. Jusqu’où iront-elles pour avoir le dessus sur l’autre?

Autant mettre les choses au clair : porté aux nues ou jeté aux oubliettes, 2 Sœurs ne laisse pas indifférent. Il faut dire que Kim Jee-woon, l’auteur de The Quiet Family, A Bittersweet Life ou encore Le Bon, la brute et le cinglé n’a pas son pareil pour nous surprendre, autant dans le choix de ses films que dans sa manière d’appréhender un scénario. Et 2 Sœurs ne déroge bien évidemment pas à la règle : dès ses premières minutes, le film nous plonge dans des affres d’interrogations dont les réponses nous seront distillées par touches subtiles tout au long de l’histoire. Le spectateur décontenancé hésite même sur le genre de la pièce maîtresse qu’il a sous les yeux, tant le film aime à jouer sur des codes différents : a t-on affaire à un film d’épouvante ? Un drame psychologique ? Un yurei eiga (film de fantômes issus de la tradition japonaise) ?

L’intrigue, tortueuse à souhait, est efficace grâce à l’ambiguïté extrême de la mise en scène ainsi qu’au jeu très « habité » de ses deux actrices principales Im Soo-jung (I’m a Cyborg but it’s Okay) et Yeom Jeong-ah (Le Vieux Jardin). « Baby Face » (surnom d’Im Soo-jung), qui signe là son premier grand rôle au cinéma, est tout simplement époustouflante, littéralement transcendée par son interprétation du personnage torturé de Su-mi. Ses colères, ses angoisses et sa détresse sont retranscrites à l’écran de manière véritablement éprouvante ; ce magma incohérent d’émotions entremêlées nous parvient directement sous sa forme la plus brute, la plus authentique rarement atteinte au cinéma, et ébranle considérablement notre position de simple spectateur. Il n’est pas difficile d’imaginer la part d’elle-même qu’Im Soo-jung a dû placer dans ce rôle, tant sa présence est puissante de sentiments intenses et controversés. Yeom Jeong-ah s’est quant à elle montrée plus qu’à la hauteur pour donner la réplique à cette véritable torche humaine. Jouant de sa beauté froide et de son élégance un brin rétro, elle réussit à sublimer sa performance d’actrice dans ce rôle de belle-mère acariâtre car rejetée par sa nouvelle famille, au bord d’une folie monstrueuse sans possibilité de retour. Son regard glacial, son comportement bipolaire ainsi que sa cruauté sans limites l’érigent au digne rang des boggeymans humains les plus troublants de la décennie. Un rôle qui semble fait sur-mesure… A sa démesure.

S’il ne fait aucun doute que le film atteint l’excellence grâce aux jeux complémentaires de ces deux actrices talentueuses, ce n’est néanmoins pas là son seul point fort. La principale qualité de la mise en scène est de parvenir à instaurer une ambiance viscéralement sombre et oppressante, presque fantasmatique, tant par le choix des décors dépareillés aux motifs kitsch qui submergent notre champ de vision jusqu’à la limite de la nausée, que par l’obscurité prégnante qui envahit le film à mesure que l’intrigue avance. En effet, plus on s’enfonce au cœur de la relation tumultueuse qu’entretiennent Su-mi et Eun-joo, plus l’image devient sombre et fortement contrastée. Ce détail, loin d’être anodin, permet au spectateur d’entrer plus profondément dans l’histoire et de ressentir l’angoisse omniprésente qui règne au sein de cette maison familiale lourde de secrets.

Les apparitions du yurei sont quant à elles proprement effrayantes et contribuent à alimenter l’hermétisme du film : est-il une vision de Su-mi ou un véritable fantôme ou les deux ? Outre semer la confusion dans l’esprit du spectateur, les manifestations de cet esprit vengeur qui hante la maison n’ont pas beaucoup d’intérêt et auraient même pu être évitées par Kim Jee-woon car c’est précisément dans cet aspect du film que résident la plupart des critiques qui lui ont été adressées (on lui a reproché, entre autres, de surfer sur la vague du yurei eiga à la sauce The Ring). Jusqu’à la fin du film, dont le dénouement ingénieux en surprendra plus d’un, le spectateur cherche à saisir l’essence réelle des protagonistes dont les apparences semblent dangereusement trompeuses sans pouvoir s’empêcher de remettre en cause la réalité des évènements auxquels il assiste.

Détenteur du Grand Prix au festival fantastique de Gérardmer, 2 Sœurs est un véritable petit bijou du cinéma horrifique sud-coréen qu’il me parait indispensable pour tout cinéphile de posséder. A noter qu’un remake américain intitulé Les Intrus a été réalisé en 2009 par Charles et Thomas Guard, sans toutefois réussir à égaler l’original, vraisemblablement indétrônable.

Ring (Hideo Nakata, 1997)

Titre original : Ringu
Réalisateur : Hideo Nakata
Origine : Japon
Année de production : 1997
Durée : 1h38
Distributeur : NC
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Nanako Matsushima, Hiroyuki Shimosawa, Yuko Takeuchi

Lors d’une soirée entre filles, deux adolescentes, Masami et Tomoko, discutent d’une rumeur selon laquelle une mystérieuse cassette vidéo aurait le pouvoir de tuer une semaine après ceux qui l’ont visionnée. Tomoko finit par confier à son amie qu’elle a également vu la cassette une semaine plus tôt, jour pour jour. Un peu plus tard dans la soirée, Tomoko meurt dans d’étranges circonstances. La journaliste Asakawa, qui était aussi la tante de Tomoko, décide d’enquêter sur l’affaire. Ses pistes ne tarderont pas à la mener directement à la cassette. Elle et les siens vont alors devenir les cibles d’une monstrueuse malédiction qui dure depuis plus de quarante ans. Aidée par son ex-mari, Takayama, Asakawa va tenter de découvrir la vérité dans l’espoir d’annihiler la malédiction.

Cela fait déjà un bon bout de temps que le mythe du yurei a sa place au soleil dans le petit monde de la production horrifique contemporaine. Ces spectres de femmes en robe blanche aux longs cheveux noirs cachant leur visage livide et déformé par la haine ont littéralement envahi nos écrans durant la dernière décennie. En effet, presque chaque yurei eiga (films de fantômes japonais) a eu droit à son remake sur le sol américain : la saga Ju-On de Takashi Shimizu, Kairo de Kiyoshi Kurosawa, Dark Water d’Hideo Nakata D’autres encore ont tenté de s’approprier le mythe de manière plus ou moins réussie ; parmi eux l’on peut citer One Missed Call de Takashi Miike, ou encore Ju-Rei de Kôji Shiraishi…

Le point de départ de cet engouement collectif pour le yurei ? Sadako Yamamura, le personnage emblématique de Ring d’Hideo Nakata (Ring 2 ; Le Cercle 2 ; Kaidan ; L Changes The World). Bien qu’il ne soit pas l’inventeur à proprement parler de la légende du yurei, qui s’est développée au Japon durant les années 50-60, c’est grâce à l’immense succès commercial de Ring, produit en 1997, que l’on doit cette pléiade d’œuvres traitant des malédictions de yurei. Mais parlons un peu du film en lui-même… Outre avoir instauré de manière durable (ou pas… l’effet de mode semblant déjà toucher à sa fin) cette facette folklorique de la culture japonaise au cinéma, que vaut-il vraiment ?

Eh bien, à mon sens, Ring surpasse définitivement tout ce qui a pu par la suite être produit en matière de yurei eiga. Faisant fi de la surenchère grotesque propre aux autres films du genre, Ring tire toute son efficacité de son ambiance délicieusement angoissante et laisse à l’imagination du spectateur le soin de faire le reste. En effet, la suggestion fait partie intégrante de Ring : la manière dont Sadako s’y prend pour accomplir sa malédiction vengeresse n’est jamais explicitement montrée à l’écran, les seuls indices qui nous sont laissés pour nous permettre la représentation mentale des meurtres sont les visages défigurés par la peur de ses victimes. Ring joue également sur le concept de suspense par anticipation : tout au long du film, l’on peut ressentir une menace latente poursuivre les personnages principaux ; la malédiction pèse inexorablement au-dessus de leurs têtes et ils ne disposent que d’une semaine en tout et pour tout pour découvrir la tragédie qui se cache derrière cette cassette issue d’un autre monde. L’intrigue repose donc sur une éprouvante course contre la montre durant laquelle le spectateur, au fil des indices, accompagne pas à pas les personnages principaux vers l’horrible vérité.

Le contenu de la cassette maudite est quant à lui extrêmement dérangeant, les images étranges qui se succèdent sans lien apparent sur un fond de bruitages inintelligibles ont le don de susciter chez le spectateur un véritable sentiment d’effroi. Face à un tel objet qui défie les lois de notre entendement, l’on se sent littéralement hypnotisé par le magnétisme maléfique qui en émane, épouvanté par son contenu et tout ce qu’il implique mais incapable d’en détacher les yeux. Ce paradoxe est également applicable à cette fameuse scène de fin où Sadako sort de la télévision. En plus d’être impeccablement réalisé sur le plan technique (les effets spéciaux sont incroyablement réussis et loin d’être démodés), ce passage du film s’avère réellement effrayant. Tout comme la victime de Sadako, le spectateur se sent pris au piège : acculé à son fauteuil, il ne peut qu’observer la scène d’horreur pure qui s’offre à lui. Et c’est certainement en grande partie grâce à cette scène d’anthologie que Ring peut se targuer d’avoir marqué les esprits de toute une génération de cinéphiles. Par ailleurs, la narration, qui s’opère de manière linéaire sur un rythme assez lent, est assez représentative de cette atmosphère particulièrement oppressante typique du cinéma japonais. Cette même ambiance qui fait malheureusement défaut aux remakes américains qui choisissent alors la surenchère grand-guignolesque pour combler leurs lacunes en la matière.

Les seules failles notables de Ring sont ses quelques trous noirs au niveau du scénario ainsi que ses personnages un peu creux auxquels l’on a du mal à s’identifier. Le manque d’explications de certains points secondaires de l’intrigue peut produire une fois le film terminé une sensation d’inachevé que le scénariste Hiroshi Takahashi aurait facilement pu éviter. Mais il est possible aussi que cette légère déficience scénaristique soit due à l’œuvre originale dont Ring est en fait l’adaptation : le roman du même nom de Koji Suzuki, également l’auteur de Double-Hélice, Ring 0 et L’Eau Flottante,dont est tiré le film Dark Water.

En définitive, Ring peut certes être légitimement considéré comme l’initiateur de l’importation du yurei eiga sur les sols américains et européens, mais il est aussi et surtout une œuvre formidablement innovante et intéressante tant par son concept diégétique original que par sa mise en scène sophistiquée qui parvient sans mal à distiller l’horreur même auprès des spectateurs les plus chevronnés. En bref : Ring est un classique du genre horrifique made in Japan parfaitement digne de l’engouement qu’on lui porte.

Ring Ø: Birthday (Norio Tsuruta, 2000)

Titre original : Ringu Ø : Bâsudei
Réalisateur : Norio Tsuruta
Origine : Japon
Année de production : 2000
Durée : 1h39
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Yukie Nakama, Seiichi Tanabe, Yoshiko Tanaka, Kumiko Aso

L’histoire se déroule trente ans avant les sombres évènements qui frappèrent la journaliste Asakawa et sa famille, peu après qu’elle ait découvert l’existence de la cassette maudite. A cette époque, Sadako était alors une très belle jeune femme qui tentait de s’épanouir dans le théâtre. Mais, dès son arrivée, une série des phénomènes inquiétants se produisirent et elle ne tarda pas à s’attirer la méfiance puis le rejet total de sa troupe, rejet qui se mua peu à peu en psychose collective et provoqua la transformation maléfique de Sadako.

Après le cultissime Ring suivi du très médiocre Ring 2, tous deux réalisés par Hideo Nakata, la fameuse saga en devenir change de main, et c’est désormais Norio Tsuruta (Borei Gakkyu ; Kakashi ; Yogen)  qui passe aux commandes de la réalisation de ce Ring Ø : Birthday. Après la séquelle pour le moins bâclée du premier du nom, que peut-on attendre de ce dernier opus qui semble définitivement clore la saga ? Personnellement, ayant été très déçue par Ring 2, je ne m’attendais pas à grand-chose… Et pourtant, Ring Ø fait preuve d’une volonté d’innovation évidente, si bien qu’il est difficile de ne pas tomber sous le charme de la tragique destinée de Sadako Yamamura.

Le film se présente en réalité comme une préquelle relatant les origines de la métamorphose de Sadako en ce yurei vengeur que l’on connait désormais si bien. Changeant radicalement de codes, aussi bien narratifs que techniques, ce troisième volet de la série n’a absolument rien en commun avec ses prédécesseurs, si ce n’est le personnage central de Sadako ainsi que les évènements antérieurs à sa (re)naissance démoniaque. En outre, il me parait important de préciser que Ring Ø appartient davantage au genre dramatique qu’horrifique, le réalisateur ayant préféré mettre l’accent sur la personnalité duelle de Sadako, dont la lutte sans merci contre son double antithétique tend à émouvoir et susciter l’empathie, plutôt que sur les manifestations fantomatiques vectrices d’effroi pur et dur.

L’histoire de Sadako prend effectivement des allures de tragédie grecque, avec son héroïne tourmentée qui n’aspire qu’à recevoir l’amour de l’homme qu’elle aime et couler des jours heureux loin de ses démons intérieurs, mais contre qui le sort s’acharne sans répit. La fatalité est ainsi un concept inhérent à Ring Ø, car Sadako, malgré ses efforts désespérés pour anéantir le processus dissociatif qui s’opère en elle, ne peut échapper à son destin que le spectateur sait tragique dès le départ. L’actrice Yukie Nakama (Trick ; G@me ; Shinobi : Heart Under Blade) est plus que parfaite dans le rôle de Sadako ; sa sensibilité et sa beauté fragile sont en totale adéquation avec son personnage de jeune femme meurtrie au plus profond d’elle-même, persécutée et incomprise de tous. Quant aux autres personnages, ils sont hélas assez vides et sans grand intérêt, sauf peut-être la mère de Sadako, Shizuko, interprétée par l’actrice Masako, dont la présence surnaturelle impressionne plus qu’elle n’effraie vraiment.

Le film, malgré son apparente sincérité, demeure tout de même entaché par un trop-plein de sentimentalisme un brin désuet qui a pour conséquence de démythifier fortement la légende de Sadako. Cette dernière est ici représentée comme un être fondamentalement bon, pur et innocent, dont le malheur est d’avoir été victime d’une fragmentation inopinée de sa personnalité. En effet, la part d’ombre de Sadako, pour des raisons qui restent toujours aussi obscures, s’est littéralement séparée de son corps et cristallisée en entité intrinsèquement malveillante lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant (cette piste avait déjà été suggérée dans Ring 2).  De plus, dotée de pouvoirs extra-lucides, la pauvre ne cesse de se débattre entre ses visions d’outre-tombe et l’hostilité de ses pairs qui, par une intuition quasi-primitive, ressentent l’aura maléfique de son double émaner d’elle.

Contrairement aux deux premiers Ring, dont les trames narratives présentaient l’avantage d’offrir au spectateur une continuité spatio-temporelle logique non négligeable pour une saga, Ring Ø donne un peu l’impression de sortir de nulle part avec son scénario bancal ; on a même parfois l’impression que l’équipe du film n’a pas vu les deux films précédents ! Du coup, contradictions et non-sens ont vite fait de s’accumuler et de déstabiliser le spectateur qui  reçoit des informations venant se heurter de plein fouet à celles déjà fournies par Ring I et II.

Malgré ces quelques éléments regrettables, le film reste tout de même agréable à voir, tant le jeu impeccable de l’actrice principale est émouvant et notre curiosité morbide nous pousse à vouloir enfin connaitre la genèse de l’histoire de Sadako Yamamura… Ring Ø est en somme une œuvre fondamentalement pessimiste qui s’efforce de retranscrire de manière plus ou moins cohérente le combat ultime d’une jeune femme pour retrouver l’unité de son Moi originel.

Ring 2 (Hideo Nakata, 1998)

Titre original : Ringu 2
Réalisateur : Hideo Nakata
Origine : Japon
Année de production : 1998
Durée : 1h35
Distributeur : Euripide Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Daisuke Ban, Kyoko Fukada, Nanako Matsushima

Une semaine après la vague de meurtres mettant en cause une mystérieuse cassette maudite, la police japonaise enquête sur la mort du professeur Takayama et la disparition de son ex-femme Asakawa. Fait étrange, l’autopsie du corps de Sadako, qui a été retrouvé au fond d’un puits, révèle qu’elle serait restée emmurée vivante pendant plus de trente ans. Tanako, l’assistante de Takayama, décide de mener sa propre investigation en compagnie d’Ikuma, l’assistant d’Asakawa. Ils ne tarderont pas à découvrir la véritable origine de la malédiction…

Tout juste un an après Ring, Hideo Nakata remet le couvert avec un second opus se présentant comme la suite directe du premier (les évènements ont lieu exactement une semaine après ceux de Ring). Cette proximité étonnante entre les deux films pourrait bien malgré elle révéler un certain désir de la part du réalisateur de tirer profit au maximum de l’engouement commercial que Ring a suscité lors de sa sortie… Mais qu’en est-il vraiment ? Suite purement commerciale ou véritable œuvre d’auteur ? Hélas, de nombreux évènements viennent corroborer la triste hypothèse d’une suite commerciale…

Et c’est fort dommage, car Ring 2 commençait pourtant bien : adoptant le style du thriller ou du film policier, toute la première partie se concentre sur l’enquête menée par Tanako pour lever le voile sur le meurtre de l’homme qu’elle aimait, le professeur Takayama. De regroupement d’indices en recoupement de faits, l’investigation est en elle-même très bien menée, même si le comportement de certains personnages demeure étrange et parfois même invraisemblable (le policier qui vient chez Tanako et prend plaisir à l’effrayer pour on ne sait quelle raison). De plus, le fait que Ring 2 se déroule exactement une semaine après Ring (la mort du père d’Asakawa, à qui elle avait décidé à la fin du premier opus de montrer la cassette pour sauver son fils Yoichi, permet de donner un repère temporel à l’histoire) est également très réjouissant : le spectateur, qui retrouve les mêmes personnages que dans le film précédent, se sent en terrain connu et de fait adhère plus facilement à cette nouvelle intrigue. Ce choix de conserver les mêmes acteurs pour produire une suite crédible aurait pu nous conforter dans l’idée qu’il s’agissait bien là d’un véritable film d’auteur, si cette attention particulière de la part du réalisateur avait été poussée tout au long du film…

Car malheureusement, à partir de la seconde moitié de Ring 2, l’histoire se détériore franchement. Le manque d’explications qui faisait déjà défaut au premier Ring est ici poussé à son paroxysme et finit même par agacer les plus indulgents. Des scènes fantasmatiques très abstraites (la séquence de l’expérience dans l’eau) viennent totalement détruire la logique rigoureuse de l’enquête policière de la première partie.  Le spectateur, même s’il s’accroche, finit par se perdre dans les méandres de cet univers dénué de sens et ressent la très désagréable impression qu’on se pait royalement sa tête. Les personnages sont  toujours aussi vides (voire plus) et  surjoués, et certains évènements arrivent au coeur de l’intrigue comme un cheveu sur la soupe (pourquoi Yoichi est-il tout à coup doté de pouvoirs maléfiques ? Pourquoi certaines victimes de la malédiction hantent-ils leur entourage à la manière de Sadako ?). En outre, Ring 2 avait pour ambition principale d’apporter quelques révélations sur les origines de Sadako mais, au final, on n’en sait pas beaucoup plus, tant le mystère est excessivement cultivé tout au long du film.

Si l’on compare Ring 2 au premier du même nom, on se rend vite compte que malgré ses bonnes intentions, le film a été bâclé (comment aurait-il pu en être autrement avec seulement un an d’intervalle entre les deux ?). La recherche esthétique qui caractérisait Ring est dans cette suite quasi-nulle ; le film a en effet été réalisé de la manière la plus conventionnelle qui soit. De même, l’ambiance terriblement oppressante du premier a été sacrifiée au profit de l’enquête policière qui produit une ambiance beaucoup plus terre-à-terre, presque systématique, sans susciter aucune sensation de menace ou de mort imminente. Le mythe de la cassette tombe carrément à l’eau et la malédiction de Sadako n’a plus rien de terrifiant, ce qui est tout de même fort dommage pour un film à vocation horrifique. La course contre la montre qui tenait le spectateur en haleine du début à la fin de Ring a également été complètement mise de côté, supplantée par un rythme mou pendant lequel on a l’impression qu’il ne se passe strictement rien.

Restent quelques très rares scènes effrayantes (une en fait, l’apparition de Shizuko et Sadako dans la maison familiale des Yamamura) qui se singularisent grâce à une mise en scène particulièrement subtile et efficace et qui nous procure un véritable sentiment d’angoisse fort agréable (ben oui, on commençait à s’endormir, nous…) au beau milieu de cette kyrielle d’évènements dénués de sens logique et d’intérêt. Mais, si elles parviennent à rehausser un peu le film, ces scènes d’horreur pure ne parviennent néanmoins pas à le sauver complètement.

Bref, au vu de tous ces éléments qui jouent en défaveur du film, il semble bien que Ring 2 ait été produit dans l’unique but de surfer sur la vague de succès engendré par le premier opus. Hideo Nakata a tout de même tenu à faire ça bien, d’où sa volonté de produire une suite directe qui tient à peu près la route, mais il n’a apparemment pas su ou pu appliquer ce concept jusqu’à la fin (problème de délais à respecter ?). Ring 2 est donc un film complètement déséquilibré et très inégal dans sa conception, fait à la va-vite et dont le seul intérêt réside en l’éventuelle possibilité de comparaison entre les deux opus. A voir juste si l’on est fan de Ring… Pour les autres, vous pouvez dédaigner cette séquelle opportuniste sans remords.