Mo(r)tel (Nimrod Antal, 2007)

Réalisateur : Nimrod Antal
Origine : États-Unis
Année de production : 2007
Durée : 1h25
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Kate Beckinsale, Luke Wilson, Frank Whaley

En panne de voiture, un couple en instance de divorce est obligé de passer la nuit dans un hôtel miteux et éloigné de tout. Ils découvrent par hasard des cassettes vidéo mettant en scène une série de meurtres commis dans la chambre qu’ils occupent. Terrifié, le couple va tout tenter pour s’enfuir de cet hôtel de cauchemar. D’étranges tueurs masqués vont alors les prendre en chasse, bien décidés à faire d’eux les prochaines stars de leur snuff movie…

A partir d’un pitch peu original faisant inévitablement penser à Psychose d’Alfred Hitchcock, Nimrod Antal (Kontroll, Predators) nous livre ici un petit film bourré de bonnes idées et magistralement interprété par ses deux acteurs principaux : Kate Beckinsale (la saga Underworld) et Luke Wilson (3h10 Pour Yuma, Panique Aux Funérailles). Il semblait pourtant difficile de passer après le maître incontesté du suspense, pourtant, Nimrod Antal s’en sort plus que bien et renouvelle même le genre grâce à un style très personnel et une réalisation soignée ; preuve que le réalisateur a plus d’un tour dans son sac.

Loin de n’être qu’un simple plagiat de Psychose (ce que bon nombre de spectateurs lui ont reproché), Mo(r)tel s’apparente davantage à un hommage en bonne et due forme à ce bon vieux grincheux d’Hitchcock. En effet, le générique présente d’emblée le film comme tel, la police et la musique qui le composent étant produits selon les règles de l’art de la tradition Hitchcockienne. De même, l’histoire du film se déroule au cœur d’un hôtel lugubre dont le gérant est un parfait psychopathe ayant certes bien moins de classe que feu Anthony Perkins, mais le même grain de folie meurtrière. Mis à part ces quelques similitudes, Mo(r)tel n’a en réalité rien à voir avec l’œuvre dont il tire son inspiration. L’introduction du concept somme toute encore assez tabou de snuff movie lui confère une singularité propre qui l’éloigne définitivement de la pièce maîtresse d’Hitchcock.

De plus, Mo(r)tel bénéficie d’une véritable profondeur scénaristique qui le différencie agréablement de la pléiade de films de genre creux et insipides dont on pourrait, à première vue, le rapprocher. Il n’en est rien. Les dialogues à bâtons rompus du couple en crise Amy et David Fox sont énergiques et réalistes, le personnage de Luke Wilson faisant par ailleurs preuve d’un humour grinçant qui témoigne d’une recherche scénaristique pointilleuse et efficace. La personnalité des protagonistes n’est quant à elle ni transparente ni au contraire trop alambiquée mais juste ce qu’il faut pour nous permettre d’y croire sans efforts. Kate Beckinsale est absolument irritante en mégère aigrie depuis la mort de son fils et Luke Wilson plus que parfait dans son rôle de futur ex-mari fragile qui s’en prend plein la gueule. L’alchimie qui se dégage de la relation entre ces deux êtres antithétiques confère au film un véritable dynamisme, de même qu’un sentiment identificatoire authentique indispensable pour mener à bien l’entreprise d’un telle œuvre.

Dès la séquence d’introduction, la narration instaure un malaise tangible par le biais des tensions préexistantes au sein de ce couple en chute libre qui ne cessera par la suite de monter crescendo. Lentement mais sûrement, Mo(r)tel resserre son étau au gré des éléments perturbateurs qui se montreront progressivement de plus en plus fréquents et redoutables. La violence déterminée dont font preuve les bourreaux de nos deux héros pris au piège distille une angoisse quasi-claustrophobique qui peut faire penser à certains films de séquestration. Dès lors, Amy et David vont redoubler d’ingéniosité pour s’échapper de ce qui pourrait bien s’avérer être leur tombeau au fil de tentatives souvent infructueuses mais qui auront néanmoins le mérite d’être cohérentes et mûrement réfléchies. Car c’est cela le point fort de Mo(r)tel, les personnages n’agissent pas stupidement mais communiquent, font preuve de bon sens et de logique, ce qui permet l’identification du spectateur là où de nombreux films ont échoué du fait de comportements invraisemblables de leurs personnages. L’empathie étant bel et bien présente, les mécanismes de suspense mis en place par Nimrod Antal peuvent faire leur travail et produire l’effet escompté sans fausse note.

Le travail effectué sur l’esthétique du film corrobore également cette sensation d’enfermement et de menace omniprésente sur lequel se base l’intégralité du récit. Par l’intermédiaire d’un jeu subtil sur les reflets (dans les vitres des fenêtres notamment) et sur les ombres, Mo(r)tel  n’a de cesse de nous convaincre que le danger peut surgir de n’importe où et de mettre en avant la vulnérabilité de ses personnages principaux. Acculés dans leur chambre crasseuse comme des rats de laboratoire dans leur cage, Amy et David sont littéralement floués par la spatialité, propice à toutes les intrusions du fait de ses nombreuses ouvertures sur un extérieur hostile synonyme de perdition. Ainsi, le suspense consiste à deviner par quel moyen les héros vont pouvoir se sortir de ce traquenard  tout en essayant d’anticiper le moment où l’épée de Damoclès qui pèse au-dessus de leurs têtes s’abattra sur eux sans prévenir.

Mo(r)tel peut donc être considéré comme un hommage réussi à Psychose, mais pas seulement ; l’étiqueter de la sorte serait bien réducteur… En effet, il s’agit avant tout d’une petite œuvre sincère et sans grande prétention qui réussit pourtant le pari de nous embarquer dans un semi-huis-clos oppressant à la mise en scène adroitement mise en adéquation avec son intrigue très prenante car impeccablement scénarisée. Un bon petit film de genre en somme, à voir ou à revoir avec la nostalgie des films noirs d’antan…

Les Révoltés de l’An 2000 (Narciso Ibanez Serrador,1976)

Titre original : ¿Quién puede matar a un niño?
Réalisateur : Narciso Ibanez Serrador
Origine : Espagne
Année de production : 1976
Durée : 1h47
Distributeur : NC
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Lewis Fiander, Prunella Ransome, Antonio Iranzo

Deux touristes anglais, Tom et sa femme Evelyn, enceinte de sept mois, viennent en vacances sur l’île d’Almandora, au large de la côte est espagnole. A leur arrivée,  ils trouvent l’île étrangement déserte. Ils vont alors découvrir que les enfants, pris d’une monstrueuse folie collective, règnent en maîtres sur l’île et assassinent tous les adultes.

Tiré du roman El juego de los niños de Juan José Plans, Les Révoltés de l’An 2000, seul et unique long-métrage de Narciso Ibanez Serrador, est un chef-d’œuvre classique du genre horrifique des années 70. Hommage avoué envers le grand Alfred Hitchcock, le film, jugé trop violent par la censure de l’époque, écopa de nombreuses polémiques à sa sortie, dont une interdiction sur les territoires finlandais et islandais. Et pour cause : mettre en scène des enfants ensorcelés par une force maléfique inconnue qui commettent des meurtres d’une barbarie inouïe était un risque qu’il fallait oser prendre. Et, au final, le film s’inscrit parmi les meilleurs films d’épouvante du siècle dernier.

En effet, comme l’indique son titre original, ¿Quién puede matar a un niño? (« qui peut tuer un enfant? »), le film s’appuie sur un paradoxe cornélien qui place l’éthique du spectateur en position délicate : qui serait capable de tuer un enfant ? Même s’ils se transforment en monstres sanguinaires dénués de scrupules, il parait difficile de porter la main sur ces visages angéliques et faussement innocents. C’est cette conscience bienveillante instaurée depuis des siècles dans l’histoire de l’humanité qui causa la perte de la plupart des adultes de l’île d’Almandora. Car, s’ils demeurent en apparence des enfants, ce ne sont plus que des corps sans âmes guidés par une volonté vengeresse qui les dépassent complètement, la matérialisation d’une haine vieille de plusieurs siècles qui réclame le sang des adultes pour toutes les atrocités qui ont été commises sur les enfants durant leurs guerres égoïstes et insensées. C’est effectivement là le sujet que veut aborder Les révoltés de l’An 2000. Sa séquence d’ouverture donne immédiatement le ton, mettant en scène des images d’archives qui illustrent les différentes guerres et famines qui ont frappé le Vietnam, le Nigeria ou encore la Corée avec à chaque fois la preuve tangible que les premières victimes étaient des enfants, martyrs de la folie des adultes, enrôlés de force dans des conflits impitoyables auxquels ils ne comprenaient rien. Il semble impossible de ne pas frissonner d’horreur devant la cruauté de ces images authentiques ; ces corps d’enfants mutilés, décharnés, dévorés par la maladie et le manque d’hygiène nous rappellent que la nature humaine, hélas, a bien plus souvent été  capable du pire que du meilleur.

Outre sa douloureuse séquence d’ouverture, Les Révoltés de l’An 2000 doit son immense succès critique en grande partie à sa mise en scène impeccablement élaborée qui parvient à produire une ambiance inquiétante et malsaine, presque claustrophobique. Le film réussit à rendre les enfants particulièrement terrifiants : étrangement silencieux, le visage crispé par leur aversion des adultes, ils opèrent en bande et commettent des crimes d’une rare violence dans une euphorie générale de rires et de cris stridents. En effet, quoi de plus angoissant que le rire d’un enfant fou ? La cruauté infantile, qui est une conception bien ancrée dans l’inconscient collectif, vient se heurter à celle de l’innocence que l’on attribue généralement aux enfants; c’est la raison pour laquelle elle demeure si propice à susciter la peur.

Tom et Evelyn, les deux protagonistes principaux, sont pris au piège sur cette île maudite et n’ont aucune chance d’en réchapper vivants : à chaque coin de rue, derrière chaque porte et chaque fenêtre se cache un enfant prêt à assouvir sa soif de vengeance. Par ailleurs, la scène où Tom ouvre le feu  sur des dizaines d’enfants qui lui barrent la route reste particulièrement audacieuse pour l’époque, d’autant plus que la caméra s’attarde à détailler des visages souriants et des regards lumineux d’insouciance juvénile qui sont en réalité autant de subterfuges pour masquer l’abomination qui les habite. L’hésitation de Tom illustre tout à fait le propos difficile tenu par le film qui reste d’ailleurs toujours autant d’actualité : comment réagir face à un enfant capable de commettre les pires horreurs qui révulsent même un adulte ? La réponse proposée lors de la séquence finale reste ambigüe, car le geste de Tom ne restera pas impuni. Peut-être Narciso Ibanez Serrador veut-il nous dire que certaines mesures pouvant parfois s’avérer nécessaires sont de toute manière proscrites par le contexte social ?

Quoi qu’il en soit, Les Révoltés de l’An 2000, loin d’épargner le spectateur en lui proposant une morale édulcorée, vient contrecarrer les idéologies conformistes de son siècle tout en signant une véritable œuvre d’anthologie dans le cinéma horrifique espagnol qui restera à jamais considérée comme LA référence en matière de films mettant en scène la face obscure des enfants.

Détour Mortel 3 (Declan O’Brien, 2009)

Titre original : Wrong Turn 3 : Left For Dead
Réalisateur : Declan O’Brien
Origine : États-Unis
Année de production : 2009
Durée : 1h32
Distributeur : Twentieth Century Fox Film Corporation
Interdiction : – 16 ans
Interprètes : Tom Frederic, Tamer Hassan, Christian Contreras, Jake Curran

Un groupe de prisonniers doit être transféré d’un centre pénitencier à un autre dans la plus grande discrétion afin d’éviter toute tentative d’évasion. Pour cela, Nate et Walter, deux gardiens de prison, reçoivent l’ordre d’emprunter une route éloignée de tout traversant une forêt au fin fond de Virginie. Sur la route, leur bus est renversé par une mystérieuse camionnette qui décide de les prendre en chasse. Une fois les rescapés de l’accident livrés à eux-mêmes, les rôles vont alors s’inverser : c’est Chavez, un détenu violent, qui prend les commandes du petit groupe de survivants. Leur chemin va alors croiser celui de Fonda, une jeune fille portée disparue deux jours plus tôt alors qu’elle faisait du rafting avec ses amis. Celle-ci va leur apprendre que leur « chasseur » n’est autre qu’un mutant cannibale qui les poursuivra tous jusqu’au dernier…

Si Détour Mortel 1 et 2 n’étaient pas vraiment des parangons du genre, eux au moins pouvaient se targuer d’être de bons divertissements. A côté de ses prédécesseurs, ce troisième et dernier volet de la saga fait bien triste figure… Dirigé d’une main de fer par Declan O’Brien, illustre réalisateur de Sharktopus (ben ouais, le requin mutant à tentacules, ça vous dit rien ?), le film accumule tous les bourdes imaginables en dépit d’une apparente bonne volonté de s’ériger au moins à la hauteur des deux premiers opus.

Pourtant, le film commençait plutôt bien, même s’il laissait néanmoins présager quelques points faibles qui allaient par la suite dangereusement s’aggraver. Les effets spéciaux sont plus qu’inégaux (encore et toujours ces CGI foireux…), tantôt à peine corrects, tantôt carrément moches, mais cette séquence d’ouverture avait pourtant un petit quelque chose qui pouvait nous laisser tabler sur un film fun & gore comme on en raffole sans trop se prendre la tête. Hélas, rien de tout cela dans ce Détour Mortel 3 qui ne fait preuve d’absolument aucune originalité et se contente tout juste de nous balancer à la figure ses quelques mises à mort d’une banalité à en crever ponctuée d’exaspérants concours de testostérone de la part des prisonniers.

En effet, la majeure partie du film consiste à nous faire subir des combats de coqs en chaleur qui tiennent absolument à prouver sur tous les tons qu’ils en ont dans le pantalon (« Don’t fuck with me, mothafucker ! ») sans toutefois être foutus de se dépatouiller de la merde dans laquelle ils se sont plongés à bras ouverts. Sans rire, le film souffre de longueurs tellement… longues (!) qu’il donne parfois l’impression de ne jamais avoir de fin. Détour Mortel 3 se voulant être une suite plus ou moins directe du second volet, les monstres cannibales se retrouvent donc en effectifs réduits… Et du coup, les scènes d’action aussi. Par ailleurs, le film comporte nettement moins de scènes gore que Détour Mortel 2 (voire même que le 1, qui n’en montrait déjà pas beaucoup) et sont tellement médiocres qu’il demeure presque impossible d’y croire, ne serait-ce qu’une seule seconde. Le seul point qui aurait pu être intéressant dans le film étant mis K.O d’emblée, il n’en reste plus grand-chose à tirer…

D’autre part, les personnages ont tous un don inimitable pour vous taper sur les nerfs (Chavez en tête) et sont affublés soit d’un comportement de sociopathe à la limite de l’exagération (mais seulement à la limite, hein…) soit de la vivacité d’une larve gluante qui se trémousse sur le sol les jours de pluie (Nate… mais quel mou celui-là !). Quant aux autres, eh bien, ils sont tout simplement d’une flagrante inutilité et tombent tous comme des mouches dès la première occasion. Si le scénario pouvait donner au début du film l’impression d’être plutôt bien approfondi (ou du moins d’une qualité acceptable avec son histoire parallèle de prison), force est de constater que l’illusion ne tient plus une fois la première demi-heure passée. La vérité apparait alors comme une lumière aveuglante au bout du tunnel : il ne se passe rien dans ce film. Le rythme est lent, beaucoup trop lent, et la narration n’a de cesse de se perdre dans des tergiversations inintéressantes au possible qui ne parviennent jamais à réellement faire avancer l’intrigue. Durant tout le film, l’on a la sensation de tourner en rond, et ce jusqu’à un final qui nous assène le coup de grâce sans pitié et par là même achève de nous enfoncer dans le crâne que Détour Mortel 3 ne valait définitivement pas le coup d’être vu.

Un film raté sur toute la ligne en somme (encore ?!), qui ne parvient jamais à se hisser au niveau des deux premiers Détour Mortel et qui, en plus d’être profondément ennuyeux, ne réussit pas même à nous faire sourire. Heureusement que Sharktopus est là pour nous faire rêver…

Détour Mortel 2 (Joe Lynch, 2007)

Titre original : Wrong Turn 2 : Dead End
Réalisateur : Joe Lynch
Origine : Etats-Unis, Canada
Année de production : 2007
Durée : 1h33
Distributeur : Twentieth Century Fox Film Corporation
Interdiction : – 16 ans
Interprètes : Erica Leehrsen, Henry Rollins, Texas Battle, Daniella Alonso

L’émission de téléréalité « The Ultimate Survivalist : Apocalypse » propose aux spectateurs de suivre le quotidien de six concurrents qui vont tenter de survivre en pleine nature durant cinq jours. Une fois le tournage commencé, chacun va faire de son mieux pour ne pas se faire éliminer et empocher les 100 000 dollars de récompense. Mais ils ne tarderont pas à se rendre compte que le danger est bien plus grand que ce qu’ils avaient imaginé et vont alors tout mettre en œuvre pour s’échapper de cette forêt maudite qui n’est en réalité rien d’autre que le territoire d’une famille de cannibales…

Il est vrai que le premier Détour Mortel ne m’avait pas tellement emballée, c’est donc avec une agréable surprise que je me laissais prendre au jeu de ce concept amusant de téléréalité exhibant son lot de stéréotypes censés faciliter l’identification du spectateur américain moyen et livrés en pâture à une horde de dégénérés cannibales. En faisant preuve d’un humour légèrement satirique, Joe Lynch (rien à voir avec David), dont c’est d’ailleurs le premier long-métrage, nous sert la suite du premier opus sans se perdre dans la redite ou (encore pire) nous fournir l’illusion d’innover avec des détails dérisoires qui n’ont pas d’autre but que nous berner pour mieux nous faire avaler la pilule.

D’entrée de jeu, le film frappe fort en mettant en scène une poupée Barbie peroxydée qui a le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et, surtout, en compagnie des mauvaises personnes. Les effets spéciaux de WCT Productions nous font saliver d’impatience quant à la suite de ce qui s’annonce être bien plus gore que le film précédent. Et, en effet, le film se livre à un bon petit déballage bien fun de décapitations, d’éviscérations et autres dissections à la chien plutôt dégueulasses à voir et qui maintiennent l’ambiance glauque et crade mise en place dans Détour Mortel. C’est donc une pluie de sang et de viscères qui nous dégouline dessus du début (carrément jouissif !) à la fin du film (beurk, trop dégueu…) et qui témoigne de la volonté inébranlable de Joe Lynch de nous en mettre plein la vue tout en disséminant au sein de son film des petits clins d’œil qu’apprécieront les puristes (ou pas, à voir…). Par exemple, la scène du repas vers la fin du film fait irrémédiablement penser à celle de Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper, avec lequel le premier Détour Mortel assumait déjà ses quelques similitudes. Dans le même genre, le réalisateur de l’émission « The Ultimate Survivalist » porte un t-shirt du film Battle Royale de Kinji Fukasaku, sorte de présage de la tuerie qui va suivre. Ces quelques détails, s’ils ne fourmillent pas tous dans le film, sont néanmoins appréciables, de même que l’ultime référence implicite au premier Détour Mortel par l’intermédiaire de l’accident de voiture du début qui met également le conducteur en fort mauvaise posture. Des petits détails qui, s’ils ne sont pas indispensables, rehaussent notre intérêt pour le film.

Mais parlons un peu du scénario à présent. Le concept de téléréalité, en plus d’être un peu plus original qu’une simple suite mettant de nouveau en scène un bande de jeunes paumée dans une forêt de l’Enfer, demeure bien pratique pour ne pas creuser les personnages. Caricaturaux à l’extrême, ils le sont bel et bien, mais, curieusement, ce fait n’est pas gênant outre mesure puisque nous avons admis dès le départ le postulat selon lequel il s’agit d’un échantillon représentatif de la population américaine, donc par définition cliché, pour être accessible au plus grand nombre. D’autant plus qu’à un moment donné, l’un des personnages du film (et sans conteste le plus insupportable de tous) déclare ironiquement : « (…) ils ont engagé une gouine, un sportif au cœur sensible, une végétarienne, un très chaud lapin, une miss Hollywood ; une vraie équipe de bras cassés (…) ». Voilà, c’est (très bien) dit, même si on l’avait déjà remarqué depuis un bon bout de temps, le film reconnait ouvertement que son intérêt ne réside pas dans ses personnages inconsistants auxquels il semble très difficile de s’identifier en tant que spectateur.

Non, tout l’intérêt de Détour Mortel consiste à voir de quelle manière cette « équipe de bras cassés » va se faire massacrer pas des rednecks tout droit sortis de La Colline A Des Yeux (on peut même parler de plagiat…)et qui sont par ailleurs bien plus présents et bien plus nombreux que dans le précédent opus. L’on a même l’occasion d’assister à des scènes mettant en avant leur relation de famille malade et consanguine (scènes d’accouchement, de fornication, de repas, etc.) toutes plus malsaines et répugnantes les unes que les autres. Les scènes d’action sont malheureusement sur-découpées et anarchiques (certaines réussissent même à filer la nausée) mais les scènes gore, quant à elles, comportent l’avantage d’être bien trouvées (surtout celle de fin) et techniquement plutôt réussies. D’autres sont au contraire plutôt ridicules mais elles nous font quand même rire car on s’y attendait vu l’avertissement implicite qu’impliquait la mise en abyme de l’émission de téléréalité.  En outre, la séquence « publicitaire» de l’émission au début du film est vraiment drôle tant elle témoigne de la stupidité ostentatoire de ce genre d’émissions (surtout aux States) avec une ironie mordante.

Détour Mortel 2 a également fait un effort sur la bande-sonore afin qu’elle rythme efficacement le montage des images. Tantôt fonky, tantôt stressante, la musique est présente juste ce qu’il faut du début à la fin du film et demeure en harmonie avec ce qui nous est donné à voir à l’écran. Les doublages des personnages sont également corrects, même si quelques beuglements auront suffi pour les dialogues entre les cannibales, mais le tout n’est ni exaspérant ni risible, tout ce qu’il y a de plus banal en somme.

Au final, ce Détour Mortel 2 reste une bonne petite surprise, à mon sens plus fun et plus prenant que le premier volet et qui, sans être un chef-d’œuvre dans le genre, réussit tout de même à nous faire passer un agréable moment sans jamais nous ennuyer. Un bon film gore en somme, qui ravive en nous le plaisir enfoui de voir une belle brochette de rebuts de la société se faire déchiqueter en bonne et due forme par des bêtes de foire sans pitié. A voir ou à revoir sans vergogne !

Le Village des Ombres (Fouad Benhammou, 2010)

Réalisateur : Fouad Benhammou
Origine : France
Année de production : 2010
Durée : 1h43
Distributeur : DistriB Films
Interdiction : Aucune
Interprètes : Christa Theret, Bàrbara Goenaga, Ornella Boulé

Un groupe d’amis décide de partir en weekend à Ruiflec, le village d’enfance de l’un d’entre eux. A leur arrivée, certains disparaissent sans explication. Les autres décident de partir à leur recherche. Ils vont alors se rendre compte qu’une force maléfique habite ce village mystérieux…

Déjà desservi par une bande-annonce peu flatteuse qui laissait présager bien malgré elle la pauvreté qualitative du film, Le Village Des Ombres, troisième long-métrage du réalisateur français Fouad Benhammou (Malville, la zone du crépuscule : le Malin, Don de Sang), s’avère hélas tout à fait conforme à notre première impression. Mauvais sur tous les points, le film ne réussit à aucun moment à produire l’effet escompté et s’enfonce dans le ridicule en accumulant des effets stylistiques plus pitoyables qu’effrayants.

En effet, si la séquence d’ouverture peut à la limite être considérée comme réussie, sachez que c’est bel et bien la seule et unique de tout le film… Lent, confus, mal joué et plus que bancal, Le Village Des Ombres cumule tous les défauts imaginables et témoigne d’un manque de maîtrise flagrant de la part du réalisateur et de ses deux coscénaristes Lionel Olenga et Pascal Joubert. L’histoire aurait certes pu être légèrement sauvée par la conservation du mystère ambiant qui imprègne tout le début du film, mais le réalisateur a préféré s’enliser dans des explications vaseuses, sans queue ni tête et incohérentes qui sont très loin de nous satisfaire. Le pire, c’est que le film multiplie les fausses pistes (minables) que nous réfutons en moins de deux pour vainement tenter de nous déstabiliser, Benhammou se contentant de réutiliser des codes usés jusqu’à la moelle, et ce pour un effet qui fait vraiment peine à voir. A la fin du film, l’on a même droit à une succession de twists triviaux et abominablement prévisibles qui relèvent vraiment du n’importe quoi (certains peuvent même réussir à surprendre, tellement ils font preuve d’un illogisme forcené).

Quant à l’interprétation des acteurs, c’est simple, elle pue le fake à des kilomètres et l’on ne croit pas une seule seconde à la situation qu’ils sont censés être en train de vivre. Les dialogues ne sont ni subtils ni fendarts, mais tout ce qu’il y a de plus banal en la matière et les personnages restent insipides du début à la fin du film. Benhammou tente tout de même de leur insuffler un semblant de profondeur en glissant une pléthore de flashbacks inutiles (l’histoire de l’IVG de Marion) qui, en plus de casser le rythme de la narration déjà pas bien vif, contribuent à enterrer le film dans des tréfonds de clichés dérisoires et surannés.

L’esthétique du film est elle aussi plus que douteuse : curieusement, l’on peut distinguer des scènes de nuit à l’image teintée d’une nuance bleutée semblant avoir été tournées en plein jour, ainsi que des scènes de « vraie » nuit  où l’on n’y voit goutte et qui de fait rendent les actions difficiles à distinguer. Ce phénomène se ressent encore plus lorsque le montage alterne les scènes de nuit et de jour, notamment lorsque Lila a des visions du drame qui s’est déroulé sur les lieux où ils se trouvent. A aucun moment la magie du cinéma ne réussit son tour, tout semble factice et il demeure quasiment impossible de se laisser prendre au jeu.

Le concept du Village Des Ombres est lui-même complètement absurde, car il fait durer une action qui prendrait en tout deux minutes à être réalisée sur tout un film. Du coup, il ne se passe rien, la narration se traîne et le film accumule les scènes inutiles et grotesques pour masquer le vide scénaristique dont il souffre. Certains éléments de résolution sont carrément aberrants (ben oui, le méchant veut tuer tout le monde mais il prend quand même le soin d’écrire des livres pour expliquer à ses victimes comment s’en sortir, logique) et d’autres censés contribuer à faire avancer l’intrigue absolument pathétiques (les dessins, le registre des victimes, les explications foireuses sur le village, etc.).

Non, décidément, rien n’est à sauver dans ce film indigeste et lourdingue au possible, on peut même dire que Fouad Benhammou a réussi le pari fou de rater tous les éléments constitutifs de son film avec une virtuosité qui force le respect. Scénario débile, mauvais acteurs, mise en scène creuse et inintéressante, image sabotée, musique inconsistante, tout a été mis en œuvre pour nous rendre le visionnage du film le plus ennuyeux possible. Spectateurs, passez votre chemin… Sans vous retourner !

 

 

 

Détour Mortel (Rob Schmidt, 2002)

Titre original : Wrong Turn
Réalisateur : Rob Schmidt
Origine : États-Unis, Allemagne
Année de production : 2002
Durée : 1h24
Distributeur : CTV International
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Eliza Dushku, Desmond Harrington, Emmanuelle Chriqui

Au fin fond d’une forêt de l’Amérique profonde, un groupe de jeunes tombés en panne de voiture se fait attaquer par des êtres monstrueux et cannibales…

Détour Mortel, ou… « La Forêt A Des Yeux » ! Impossible en effet de ne pas faire le rapprochement avec le génialissime La Colline A Des Yeux de Wes Craven réalisé en 1977 ou encore le Massacre A La Tronçonneuse de Tobe Hooper de 1974. Curieux croisement entre les deux, Détour Mortel fait partie de ces films qui ont remis au goût du jour les rednecks difformes et consanguins au cinéma, et ce, bien avant Alexandre Aja (le remake de La Colline A des Yeux, justement) et Greg McLean (Wolf Creek).

En s’appropriant le concept d’êtres apparemment génétiquement modifiés et avides de chair humaine, Rob Schmidt (Crime + Punishment, American Heroes) nous livre un petit film personnel qui propose une relecture intéressante du mythe initié par Hooper et Craven il y a plus de vingt ans. Malheureusement, le film pêche par un manque de profondeur scénaristique et quelques longueurs qui sabrent le rythme narratif que l’on aurait souhaité plus trépidant ; de fait, la magie n’opère jamais vraiment et l’on reste sur sa faim. Les personnages sont une fois de plus bien propres et lisses, les dialogues creux et caricaturaux et les interactions transparentes et prévisibles. Comme toujours, l’on retrouve les clichés de base du film de genre : un couple de toxicos excentriques et son exact contraire, un couple d’intellectuels gentillets ; et, bien sûr, le beau gosse insipide et la bombe sexuelle caractérielle qui, quelle surprise, finiront ensemble à la fin du film. Difficile donc de se sentir concerné par les mésaventures de ce petit groupe hétérogène dans ces conditions-là, et l’on se surprend même à pousser un soupir de soulagement lors de la brutale disparition de certains d’entre eux (notamment cette conne de Carly, exaspérante de son apparition jusqu’à sa mort). Dommage, dommage…

Heureusement pour nous, Détour Mortel parvient à s’éloigner des sentiers battus grâce à la transposition de codes désormais bien connus depuis les deux œuvres citées en introduction dans un cadre original qui peut bien évidemment faire penser à celui de Délivrance de John Boorman (1972). La forêt, lieu imprévisible de toutes les incertitudes et propice à toutes les rencontres, et surtout les plus inopportunes, va s’avérer être le théâtre de crimes sanglants et de courses-poursuites désespérées. Les mises à mort des différents protagonistes du film sont toutes assez cocasses et réjouissantes (la strangulation au fil barbelé) mais, en dépit de tous ses efforts pour instaurer une ambiance glauque et angoissante, Détour Mortel ne fait jamais mouche et nous laisse pour le moins indifférent à son étalage de scènes gores pourtant très réussies.

Certaines de ces scènes sont par ailleurs assez ridicules et irréalistes, notamment le crapahutage dans les arbres où les personnages révèlent soudainement leur habilité de chimpanzés et piègent bien trop facilement des êtres plus proches de l’animal que de l’homme, qui plus est censés avoir toujours vécu loin de la civilisation et donc détenir une longueur d’avance sur ces pauvres citadins pris en chasse. D’autres encore auraient pu être plus efficaces si les comportements absurdes des protagonistes ne venaient pas les saboter vulgairement, détruisant ainsi toute possibilité de suspense par anticipation. Malgré tout, l’on ne s’ennuie jamais dans ce long-métrage pétri de références toutes très agréables pour le cinéphile nostalgique (d’ailleurs, l’un des personnages mentionne le film Délivrance à un moment donné), les confrontations récurrentes entre les « monstres » et les héros témoignant d’un certain amour pour le cinéma de genre que Rob Schmidt parvient à nous communiquer en toute sincérité.

Au final, nous avons là un film qui a devancé les films d’horreur contemporains auxquels l’on pourrait être tenté de le comparer en réinterprétant des concepts vieux comme Erode à la sauce vingt et unième siècle, projet aussi intéressant qu’hélas inabouti. Malgré son déséquilibre narratif et ses nombreuses failles scénaristiques, Détour Mortel reste un bon divertissement, honnête et à la réalisation plus que correcte, qui ravira les fans de survival à l’ancienne comme les nouveaux venus à la recherche de films fun & gore.

Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2005)

Réalisateur : Glen Stephens
Origine : États-Unis
Année de production : 2005
Durée : 1h39
Distributeur : S.P.H.E. Distribution
Interdiction : Aucune
Interprètes : Jason Connery, Michael Madsen, Denis Hopper

Dans un petit village perdu au fin fond du Texas, les membres de la famille Broderick accueillent voyageurs itinérants, clandestins et sans-abris au sein de leur ranch, leur offrant le gîte et le couvert en échange de quelques travaux de ferme. Trevor, rescapé de la guerre en Irak, est pris en auto-stop par un camionneur et conduit jusqu’au ranch pour y passer la nuit. Il va alors découvrir à ses dépens que ses hôtes sont à l’origine de nombreuses disparitions d’auto-stoppeurs…

Eh ben… Il y a bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de voir un film d’horreur aussi pesant sur le moral ! Disons-le d’entrée de jeu, Hoboken Hollow appartient à ce genre de productions cinématographiques qui atteignent un tel niveau de nullité rare que même avec la meilleure volonté du monde, il parait difficile de sauver quoi que ce soit… Voyons d’un peu plus près ce qui ne va pas dans ce survival dont la couverture de dvd était pourtant alléchante puisqu’elle signalait la présence de deux grands géants du cinéma américain : Denis Hopper (Easy Riders, Land Of The Dead) et Michael Madsen (Reservoir Dogs, Kill Bill). Leurs visages et leurs noms recouvrant presque la moitié de la jaquette, l’on pouvait naïvement supposer qu’ils tenaient tous deux les rôles-phares du film, fait important qui à lui seul valait le détour…

Et là je hurle : « MENSONGES ! » Ce dvd constitue à mes yeux une gigantesque arnaque. En effet, la durée totale des apparitions à la limite du caméo des deux acteurs s’élèvent à cinq minutes, allez, dix tout au plus, si l’on est généreux. Leurs personnages, plus que secondaires et inconsistants au possible, ne sont absolument d’aucune utilité, si ce n’est appâter le gentil cinéphile qui, loin de se méfier de ce genre de fausse publicité tout simplement scandaleuse, va se précipiter sur ce film pour avoir l’honneur de voir deux de ses acteurs préférés en rednecks charcutant de l’auto-stoppeur. Quelle déception, mes amis… Une question fondamentale s’impose alors d’elle-même : leur présence est-elle motivée par l’amour du cinéma, afin de venir en aide à un film au budget modeste, ou par l’occasion de cachetonner facile ? A vous d’en juger… Alors, après ça, que reste t-il de ce traître de Hoboken Hollow ?

Rien du tout. C’est simple, tout est nul dans ce film, à commencer par sa séquence d’ouverture outrancière et de très mauvais goût qui à elle seule le résume entièrement. Le spectateur, déjà atterré par l’ennui depuis la première minute, assiste à une accumulation grand-guignolesque de plans sanguinolents des plus éculés destinés à le faire frémir d’horreur face à la barbarie sans bornes de la famille Broderick. Lourdingue et grotesque, cette séquence donne rapidement le ton sur le contenu qualitatif de ce véritable nanar. Et par la suite, ça ne fait qu’empirer…

En effet, le film tout entier s’efforce de plagier sans talent aucun le génialissime Massacre A La Tronçonneuse de Tobe Hooper en mettant en scène les mêmes culs-terreux pervers et cannibales qui atteignent ici des sommets de ridicule. Tout est fait pour produire une ambiance malsaine et glauque à souhait, mais la surenchère dont pâtit Hoboken Hollow est telle, qu’il ne parvient pas même à nous faire sourire d’aberration. Les victimes de la famille Broderick sont affublées d’un quotient intellectuel inférieur à zéro et se comportent toutes de manière plus illogique les unes que les autres. Les dialogues sont quant à eux d’un vide intersidéral, sans parler des doublages (très certainement canadiens), absolument atroces et même carrément insupportables. Pour ce qui est du portrait de la famille Broderick, ce n’est là qu’une avalanche de clichés surfaits, mal faits et contrefaits. On n’y croit pas une seule seconde, tant ils sont transparents et caricaturaux à l’extrême. De même, on ne se prend pas une seule fois à s’inquiéter du sort des auto-stoppeurs, puisque de toute façon ils n’ont que ce qu’ils méritent pour être aussi stupides. Enfin, les scènes de meurtres, de tortures et de viols sont toutes absolument risibles tant le sadisme de cette famille consanguine est mis en avant de façon grossière et maladroite.

En plus d’un scénario inintéressant et sans doute rédigé en une seule journée, la narration en elle-même est horripilante, avec ses ellipses incessantes trop mal gérées et l’apparition inopinée d’une multitude de personnages qui ne servent strictement à rien et qu’on ne reverra plus jamais par la suite. Hoboken Hollow part dans tous les sens, ouvrent des portes qui ne seront jamais refermées pour se donner un semblant de profondeur scénaristique qui au final ne parvient qu’à perdre en chemin le spectateur excédé qui décide alors de totalement décrocher pour ne pas se vider de son sang par les yeux. Par ailleurs, la musique du film est tellement banale qu’il est impossible de se rappeler si elle était bien ou pas.

Tout en tirant la carte pseudo-gagnante « inspiré de faits réels » qui tend pourtant à tomber en désuétude et en misant sur une jaquette de dvd fallacieuse, Hoboken Hollow est un film tout simplement révoltant qui ne parvient qu’à nous exaspérer et nous donner l’envie de couper le film avant la fin ou, au mieux, à nous plonger dans une profonde lassitude. C’est donc à une œuvre soporifique totalement dépourvue d’originalité que nous avons affaire, et qui ne mérite rien de mieux que de sombrer dans l’oubli.

Borderland (Zev Berman, 2007)

Réalisateur : Zev Berman
Origine : États-Unis, Mexique
Année de production : 2007
Durée : 1h41
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Brian Presley, Jake Muxworthy, Rider Strong, Martha Higareda

En vacances au Mexique, Ed, Henry et Phil, trois étudiants venus passer du bon temps avant d’entrer dans la vie active, tombent sur un groupuscule adepte de cultes sataniques…

A première vue, Borderland avait tout du bon petit survival bien gore comme on les aime, où des tennagers un brin débiles se font tous massacrer les uns après les autres par une horde d’adultes sadiques complètement détraqués dans un cadre inconnu propice à toutes les rencontres, même les plus cauchemardesques. Fort malheureusement, Borderland ne réussit jamais à nous embarquer dans son histoire de secte diabolique fan de sacrifices humains… Ceci est dû d’une part à ses interminables longueurs qui nous font l’effet d’une triple dose de Valium, et de l’autre à son manque évident de profondeur scénaristique qui nous ôte toute possibilité d’empathie avec les protagonistes.

Dommage, car l’on pouvait cependant remarquer un véritable effort esthétique sur l’image visant à nous infiltrer plus profondément au cœur d’une intrigue glauque et malsaine à souhait. En effet, grâce à un travail poussé sur les couleurs et le grain de la pellicule, l’image apparait légèrement jaunie voire même sépia à certains moments, terne et brute. Ces effets lui confèrent ainsi un aspect crade très old school qui rappelle la bonne vieille époque des années 70 où des films cultes dans le genre comme Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper où encore La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven ont pu voir le jour. Cette petite attention demeure certes très plaisante pour le spectateur fan de l’ambiance générale qui se dégage des films de cette période, mais, hélas, cela ne suffit pas à produire un bon film.

La principale erreur de jugement commise par Zev Berman (Briar Patch) et très certainement aussi par son collaborateur scénariste Eric Poppen (Clock Tower) est d’avoir tout déballé dès les premières minutes du film. La séquence d’introduction nous informe effectivement de tout ce qui va se passer par la suite, annihilant par la même occasion tout effet de suspense ou de surprise éventuels. A ce mauvais choix s’ajoute un manque de rythme fatal qui assure définitivement à Borderland son statut d’œuvre creuse et ennuyeuse au possible. En effet, le film est horriblement mou, on a l’impression qu’il ne se passe strictement rien et, au final, il nous tarde que le supplice se termine au plus vite. Ainsi, durant plus d’une heure quarante, les minutes qui s’écoulent avec une lenteur incroyable sont autant de poids qui viennent nous rapprocher toujours un peu plus d’un sommeil échappatoire.

En plus de cela, le scénario ne vole vraiment pas haut et les personnages sont tous affublés d’un comportement aussi stupide qu’incohérent (tiens, et si on se séparait ? Mais oui, quelle bonne idée !) tandis que les dialogues restent très clichés (« Ca te dirait de… tirer un coup ? ») et superficiels. En basant son intrigue sur une bande de trois copains accro au sexe et à la défonce qui partent pour le Mexique dans l’espoir de se taper quelques putes bon marché pour célébrer la fin de leur jeunesse, Zev Berman assumait parfaitement l’étrange ressemblance de son film avec un certain Hostel d’Eli Roth. Du coup, tout au long du film, le spectateur éprouve la désagréable sensation d’assister à un sous-Hostel, mais en bien moins original et percutant. Pas une seule seconde le sort de ces trois universitaires en recherche de débauche facile ne nous importe ne serait-ce qu’un minimum, puisque le processus identificatoire n’a jamais eu lieu. Résultat : on se fout royalement de savoir si celui-ci va finir en morceaux ou si celui-là va échapper à ses tortionnaires, car de toute façon toutes les actions sont prévisibles et aucun retournement de situation ne viendra booster le rythme de la narration.

Ce fait est d’autant plus dommage que les effets spéciaux signés Greg Nicotero et Robert Kurtzman, deux grands génies du gore, sont tout ce qu’il y a de plus réussi et agréable pour les yeux. Les scènes les plus gore sont légèrement crispantes (huuum l’énucléation…) mais, dans l’ensemble, le film fait pas mal appel à la suggestion grâce à quelques ellipses plutôt bien gérées. Même les gros méchants de l’histoire, une sorte de secte qui cherche à entrer en contact avec des âmes démoniaques, ne nous font aucun effet du fait de leur caractère caricatural. Certains sont même ridicules (le grand prêtre redouté par tous qui s’avère au final n’être qu’une espèce de playboy gominé aux tatouages minables) et contribuent à enfoncer un peu plus le film dans un magma incoercible de profonde vacuité.

Borderland est donc ce que l’on pourrait qualifier de film raté, inintéressant malgré ses quelques bonnes idées et ennuyeux de par l’usage répété de codes usés jusqu’à la corde et de concepts éculés qui laisseront indifférent le spectateur averti. Le film peut même se targuer d’être didactique, car il constitue une excellente illustration des pièges à éviter pour quiconque souhaiterait produire un film d’horreur efficace. Un film décevant donc, dont l’intérêt retombe aussi vite qu’un soufflé au fromage sorti du four…