Wolfman (Joe Johnston, 2008)

Réalisateur : Joe Johnston
Origine : États-Unis
Année de production : 2008
Durée : 1h39
Distributeur : Universal Pictures International France
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Benicio Del Toro, Anthony Hopkins, Emily Blunt, Hugo Weaving

Lawrence Talbot est un aristocrate torturé que la disparition de son frère force à revenir au domaine familial. Contraint de se rapprocher à nouveau de son père, Talbot se lance à la recherche de son frère…et se découvre une terrible destinée. Réunissant petit à petit les pièces du puzzle sanglant, Talbot découvre une malédiction ancestrale qui transforme ses victimes en loups-garous les nuits de pleine lune. Pour mettre fin au massacre et protéger la femme dont il est tombé amoureux, il doit anéantir la créature macabre qui rôde dans les forêts encerclant Blackmoor. Alors qu’il traque la bête infernale, cet homme hanté par le passé va découvrir une part de lui-même qu’il n’aurait jamais soupçonnée.

Après le classique Hurlements ; les très décevants Cursed et Van Helsing et autres Underworld foireux ; nous voyons débarquer en 2010 le très attendu Wolfman du réalisateur Joe Johnston, bien connu pour ses films grand public à succès commercial tels que Chérie, j’ai rétréci les gosses ; Jumanji ou encore Jurassic Park III. Alors, que penser de cet énième film abordant le folklore de la lycanthropie ?

Si Wolfman possède des atouts esthétiques indéniables, il n’en reste pas moins inégal et décevant. Le principal reproche que l’on pourrait lui faire serait alors le (mauvais) choix de ses CGI de bien piètre qualité… Soyons honnêtes : les scènes de transformation auraient sûrement gagné en beauté plastique par le choix judicieux d’effets spéciaux davantage old school, peut-être moins spectaculaires mais certainement bien plus efficaces. Par ailleurs, la surabondance de ces mauvais effets pollue quelque peu l’esthétique remarquable de Wolfman ; par exemple, c’est à mes yeux un véritable gâchis que de voir ces cerfs vilains comme tout et autres ours bruns en images de synthèse ratées au beau milieu de cette reconstitution magnifique du vieux Londres du XIXème siècle… Dommage, dommage…

A l’inverse, le point fort de Wolfman est incontestablement son ambiance gothique superbement restituée et digne des plus grands classiques du genre. Merveilleusement glauque et obscure à souhait, l’atmosphère globale du film est à rapprocher de celle du génialissime Sweeney Todd de Tim Burton, ou encore de From Hell des Frères Hughes. Brouillard oppressant, grisaille typiquement londonienne, forêts profondes et mystérieuses, petits bourgs paumés aux habitants superstitieux ; Wolfman donne au spectateur l’impression délicieuse de pénétrer entièrement au cœur d’un conte fantastique dans la lignée des meilleurs de la Hammer. En plus du charme féerique que lui confèrent ses superbes décors naturels, le film multiplie les références aux anciennes croyances légendaires des XVIIIème et XIXème siècles (la Bête du Gévaudan, Jack l’Éventreur, les légendes gitanes, etc.) pour une incursion encore plus intense à l’intérieur de cet univers de ténèbres envoûtantes où loups-garous, sorcières et magie noire vont bon train.

Puisque l’on parle de références, il serait également intéressant de noter la sensation diffuse d’hommage qui se dégage de certaines scènes de Wolfman. Souvent gore, et peut-être même un peu trop pour ne pas faire contraste avec le reste du film, les scènes d’action semblent parfois avoir été exécutées avec une volonté ostensible de témoigner d’un certain amour pour le cinéma bis du siècle dernier. Si elles peuvent quelquefois prêter à sourire, force est de reconnaitre néanmoins que ces scènes font figures à part dans l’élaboration stylistique générale de l’œuvre de Johnston. Citons pour exemple le carnage lors de la conférence de psychiatres ainsi que l’anarchie qui s’ensuit dans la ville de Londres, entre autres… Ces scènes se distinguent du reste de par leur style singulièrement kitsch et constituent un véritable régal pour les amateurs de cinéma fantastique des années 50-60.

Enfin, l’histoire reste plaisante bien que légèrement prévisible et jouant parfois sur de trop grosses ficelles, mais il est certain que l’on aurait souhaité que la narration bénéficie d’un rythme plus soutenu et dynamique. Bien que souffrant de quelques longueurs regrettables, c’est davantage l’interprétation des acteurs de Wolfman qui pose problème. A un Anthony Hopkins (Le Silence Des Agneaux, Dracula, Hannibal) sous-exploité répond un Benicio Del Toro (Las Vegas Parano, Sin City, Che) apparemment très peu concerné par sa lycanthropie avérée et de plus en plus envahissante. Leurs jeux respectifs restent donc ternes et plats du début à la fin du film et il demeure de ce fait assez délicat d’éprouver de l’empathie pour les personnages au destin tragique de Sir John et Lawrence Talbot.

Wolfman est donc un film assez moyen, à la réalisation plus que correcte mais qui ne restera malheureusement pas bien longtemps dans les mémoires ; la faute à de mauvais choix stylistiques ainsi qu’à quelques failles scénaristiques notables. Pas mal mais sans plus…

Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010)

Réalisateur : Alexandre Aja
Origine : États-Unis
Année de production : 2010
Durée : 1h29
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O’Connell, Eli Roth, Ving Rhames, Christopher Lloyd

Une gigantesque fête se prépare dans la ville de Lake Victoria. Malheureusement, un séisme ouvre une faille au fond du lac et laisse s’échapper des milliers de piranhas affamés…

Au moins autant que le cinéma subjectif et la DV-Cam, la 3D fait la part belle au cinéma depuis quelque temps. Après Avatar de James Cameron, nombreux sont les films d’horreur qui tentent de surfer sur la vague 3D avec plus ou moins de succès – la plupart sont d’ailleurs des arnaques, Mr Titanic ayant placé la barre très haut. C’est donc sans grande surprise que j’ai appris la sortie en salles de Piranha 3D par le « spécialiste-en-remakes-soixante-huitards » phare du territoire français, j’ai nommé Alexandre Aja. Emerveillée par La Colline A Des Yeux, exaspérée par Haute Tension, il n’en fallait pas beaucoup pour faire pencher la balance du côté fatidique qui le rayerait définitivement de ma petite liste personnelle des nouveaux Maîtres de l’Horreur version XXIème siècle. Et pourtant…

Le film se présentait comme une bonne série B à l’ancienne, bien gore et bien fun, du genre de celles qui flirtent souvent avec le mauvais goût  et sortent direct en dvd, les meilleures, quoi ; et, de ce côté-là, Piranha 3D tient toutes ses promesses. En effet, le film se paye une myriade de bombes sexuelles toutes plus refaites les unes que les autres qui s’exhibent sous les yeux ravis du spectateur masculin (qui est d’ailleurs en partie venu pour ça) dans une ambiance teenager à la californienne comme on les aime. Sea, sex and sun, bikinis fluos, musique techno outrancière, concours de t-shirts mouillés et autres défilés sexys confèrent au film une ambiance légère et survoltée qui prépare le geek qui sommeille en chacun de nous à ce qui va suivre.

Et quand les piranhas s’immiscent dans ce petit univers doré, quelle jouissance ! On assiste à un véritable carnage bien gore qui ne tarit pas d’humour noir. L’on ressent un véritable plaisir (non-) coupable à voir ces poupées Barbie siliconées se faire massacrer de façons toutes plus grotesques les unes que les autres (mention spéciale à celle aux cheveux pris dans l’hélice du flotteur). Après la débauche ostentatoire de chair fraîche et pulpeuse qui caractérise la première partie du film, ce sont des kilos et des kilos de chair en charpie qui sont jetés à la face du spectateur qui ne boude pas son plaisir et jubile derrière ses lunettes 3D.

Tiens, d’ailleurs, parlons-en de la 3D car c’est précisément là où ça pêche… Si les effets spéciaux gore sont assez réussis et bénéficient même d’un esprit old school  et grand-guignolesque des plus sympathiques s’inscrivant dans la digne lignée des meilleures séries B d’époque ; la 3D, elle, est loin d’être aussi efficace et donne davantage dans la surenchère prétentieuse. Le design des piranhas laisse sérieusement à désirer et la prouesse technique du concept tridimensionnel reste en elle-même peu convaincante. On peut facilement deviner que telle ou telle scène à été spécifiquement élaborée pour la 3D et n’a pas d’autre but que nous en mettre plein les mirettes. Souvent brouillonnes et bordéliques, les scènes en 3D n’ont au final que peu d’intérêt, il faut bien l’avouer. Le scénario, quant à lui, reste creux et des plus convenu, mais n’est-ce pas précisément ce que l’on attend d’une bonne série B ? En vérité, le scénario n’a pas vraiment d’importance dans ce genre de film, pourvu qu’on s’éclate et que la magie cathartique opère !

En définitive, reste de Piranha 3D un bon petit film de genre qui aurait très largement pu se passer de la pub merchandising 3D… A déguster par une chaude soirée d’été entre potes sans se prendre la tête !