Maniac (Franck Khalfoun, 2012)

affiche-Maniac-2012-1Réalisateur : Franck Khalfoun
Origine : France
Année de production : 2012
Durée : 1h29
Distributeur : Warner Bros. France
Interdiction : Interdit aux – 16 ans
Interprètes : Elijah Wood, Nora Arzeneder, America Olivo

Dans les rues qu’on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d’une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l’aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée – celle qui le pousse à traquer pour tuer.

On l’attendait de pied ferme, le Maniac nouveau est enfin arrivé ! Non content d’apporter un peu de sang neuf au film culte de 1980 réalisé par William Lustig, ce remake made in France scénarisé et produit par Alexandre Aja lui-même a su tirer partie de l’ambiance malsaine de son modèle tout en sachant s’en écarter pour proposer une relecture ludique et originale grâce à son concept de partage total de la subjectivité du tueur.

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En effet, l’utilisation de la caméra subjective à la Enter The Void (le clignement d’yeux nauséeux en moins) nous donne l’opportunité unique d’incarner Franck Zito, le serial-killer le plus barré de l’histoire du cinéma, et ce de la scène d’introduction jusqu’au dénouement final. L’immersion est totale et parfaitement maitrisée : nous vivons en permanence avec lui son quotidien marqué par les pulsions meurtrières, les passages à l’acte et les réminiscences traumatiques.

L’élément sans doute le plus réussi de ce parti pris filmique reste les scènes d’hallucinations et de crises de panique de Franck, très intéressantes du point de vue esthétique : les nombreuses et savantes modifications de l’image (flous, tremblements, vacillements, distorsions, etc.) mais aussi du son, avec les larsens et déformations qui prennent peu à peu le dessus sur la réalité, nous plongent d’autant plus profondément dans l’esprit de ce tueur torturé et atypique, ce qui confère au film son ambiance malsaine unique, imprégnée de folie furieuse et de fantasmes morbides.

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Par ailleurs, le film est ponctué de jeux de miroirs savamment élaborés qui nous permettent de voir le visage d’Elijah Wood de temps à autre, et compte des moments-clés durant lesquels la caméra se décolle quelques instants du personnage, comme si celui-ci sortait littéralement de lui-même au moment de tuer, ce qui nous permet de respirer un peu et d’apprécier le jeu de l’acteur qui reprend le flambeau laissé par feu Joe Spinell avec brio. Ces quelques moments de grâce viennent sublimer la frustration d’être constamment privé de regard sur le personnage principal, dont on attend toujours d’apercevoir le visage avec une impatience qui monte crescendo.

Le suspense haletant qui découle de l’utilisation de la caméra subjective va de pair avec une impression de voyeurisme aussi inconfortable que jouissive. Les scènes de meurtres bénéficient quant à elles d’un gain de réalisme conséquent et ont toutes le mérite de provoquer chez le spectateur des réactions que je qualifierai volontiers d’épidermiques. Le film se montre vraiment généreux en effets gore et en détails sadiques sans non plus en faire des tonnes, prouvant ainsi qu’il a su trouver son équilibre entre la suggestivité et l’effusion de violence viscérale sans jamais tomber dans la surenchère grotesque. Franck dispose de tout un éventail de modi operandi, ce qui donne au spectateur l’opportunité d’expérimenter la mort par plusieurs voies différentes, toutes aussi rudes que passionnantes.

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L’autre point fort de Maniac reste son rythme soutenu qui ne faiblit à aucun moment : c’est simple, on ne s’ennuie pas une seule seconde, nous sommes plongés au cœur de l’action dès la scène d’introduction aussi brutalement que nous en sommes sortis de force au générique final. L’action est magnifiée par la bande originale, absolument géniale, du compositeur français Rob, qui a su rendre à grands coups de synthétiseurs analogiques cette ambiance oppressante typiquement rétro qui rythmait les bandes horrifiques des années 80. L’univers musical proche du Maniac original, ou même d’un Henry, Portrait d’un serial killer (John McNaughton, 1986) produit avec la technologie actuelle confère au film de Franck Khalfoun une atmosphère unique qui donne envie de se procurer la bande-originale au plus vite.

Maniac témoigne aussi d’un profond amour pour le cinéma de genre caractéristique d’une époque révolue que de jeunes cinéastes talentueux comme Aja tentent de ressusciter ; d’une part grâce à ses choix musicaux, qui rappellent sans cesse les films cultes dont il tire son inspiration, mais aussi par l’intermédiaire de nombreux clins d’œil à l’œuvre originale de Lustig, que je vous laisse le soin de découvrir par vous-mêmes. La manière dont se déroule la toute première scène de meurtre, qui se distingue des autres de par sa mise en scène très codifiée, agit comme un signe de ralliement entre amateurs de films d’horreur « à l’ancienne ».

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Ce remake réussit également le pari de se distinguer des films d’horreur habituels grâce à son scénario brillant qui a sur mettre en avant la psychologie de son personnage sans tomber, encore une fois, dans l’effusion pathogène et le déjà-vu. Dès le départ, nous sommes invités à pénétrer dans son univers interne particulièrement glauque à la symbolique très marquée, où s’entremêlent anarchiquement fantasmes, pulsions et traumas infantiles. Le fait de partager aussi intimement la souffrance du personnage principal confère au film cette profondeur supplémentaire très appréciable pour un film d’horreur, ce qui était déjà le cas dans l’œuvre de Lustig mais qui se trouve ici poussé un cran plus loin grâce à l’introduction du concept de caméra subjective. De plus, l’importance donnée aux mannequins dans l’histoire par rapport au Maniac original parvient sans mal à captiver l’attention du spectateur ; l’originalité du travail de l’artiste David Law agrémente l’ambiance déjà lourde et oppressante de l’œuvre de Khalfoun d’un voile d’inquiétante étrangeté tout lui en apportant une dimension esthétique vraiment unique en son genre.

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Un dernier mot sur les acteurs, qui se montrent plus qu’à la hauteur de nos espérances, à commencer par l’excellent Elijah Wood, hypnotique dans chacune de ses brèves apparitions à l’écran. En effet, ce dernier, à la différence de Joe Spinell qui misait sur sa carrure de brute et son visage buriné pour nous faire frissonner d’horreur, Wood accuse une présence beaucoup plus énigmatique, toute en finesse, presque évanescente. Son regard pénétrant ainsi que l’aspect fragile, voire chétif de sa silhouette couplée à l’ambivalence de son comportement, entre tendresse et violence latente contenue en permanence, donne un résultat au final tout aussi efficace, bien que très différent, de l’interprétation de Spinell. Et à la question de savoir comment l’acteur qui prêta son visage à Frodon Sacquet allait bien pouvoir rompre sa « mignonitude » pour incarner ce redoutable serial-killer, la réponse est là : teint blafard, cernes démesurés, barbe de quelques jours, vêtements ringards typiques du maniaque eighties’ à la Henry Lee Lucas… Et le tour est joué ! Bravo aussi à Nora Arzeneder, beauté naturelle aussi fraîche que convaincante dans son rôle d’artiste passionnée au comportement plus qu’ambigu.

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En définitive, ce remake de Maniac constitue une excellente surprise et une véritable réussite, tant dans son concept ingénieux qui réussit à apporter un nouveau souffle à l’histoire originale que dans son effet coup de poing induit par son ambiance atypique et sa violence graphique proprement viscérale et magnifiquement esthétisée. Pour finir, on peut affirmer sans exagération que ce Maniac version 2012 a su tenir ses promesses pour égaler son modèle, voire même le surpasser. Préparez-vous à un voyage purement cinématographique qui se propose ni plus ni moins de vous offrir l’opportunité unique d’entrer dans la peau et dans l’esprit d’un serial-killer…

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