Dr. Folamour (Stanley Kubrick, 1964)

Titre original : Dr Strangelove ou How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb
Réalisateur : Stanley Kubrick
Origine : Grande-Bretagne
Année de production : 1964
Durée : 1h34
Distributeur : Columbia Pictures
Interdiction : Aucune
Interprètes : Peter Sellers, George C. Scott, Sterling Hayden, Keenan Wynn

Le général Jack Ripper, convaincu que les Russes ont décidé d’empoisonner l’eau potable des États-Unis, lance sur l’URSS une offensive de bombardiers B-52 en ayant pris soin d’isoler la base aérienne de Burpelson du reste du monde. Pendant ce temps, Muffley, le Président des États-Unis, convoque l’état-major militaire dans la salle d’opérations du Pentagone et tente de rétablir la situation.

Film cultissime de Stanley Kubrick depuis le milieu des années 60, Dr Folamour reste à ce jour LA satire antimilitariste la plus drôle et la plus mordante de l’histoire du cinéma. Et pour cause : prenez une bonne dose de paranoïa anticommuniste ; un soupçon de patriotisme illuminé assaisonné de débilité gouvernementale ; ajoutez-y une arme nucléaire à la puissance extravagante – nommée à très juste titre « La Machine Infernale » – sur le point de péter à la gueule de la planète toute entière ; un professeur nazi en fauteuil roulant aux théories évolutionnistes plus que fumeuses ; des dialogues farfelus et des situations complètement absurdes ; et vous obtiendrez une bonne grosse bombe d’humour noir bien grinçant comme on l’aime, à consommer sans aucune modération !

En effet, l’intégralité de la trame narrative de Dr Folamour se trouve être encore plus carnavalesque qu’une pièce de ces deux barrés d’Ionesco et Jarry (et pourtant c’est difficile…). Voyez plutôt : le bien nommé  général Jack D. Ripper – littéralement « Jack l’Éventreur » en français –, persuadé que les « sales cocos » empoisonnent l’eau des braves patriotes Américains à grands coups de fluor (théorie pas si absurde que ça si l’on en croit certaines sources officieuses) dans le but de « souiller et putréfier leurs précieux fluides corporels », décide un beau jour d’envoyer toutes ses escouades attaquer l’U.R.S.S sans sommation. Ainsi ce canevas définitivement grotesque place-t-il le film sous le signe de l’absurdité la plus totale, et ce dès la toute première image du métrage : un gros plan sur un obusier qui ressemble à s’y méprendre à un gigantesque phallus. Le ton est lancé…

Le film met d’emblée les pieds dans le plat en commençant sur l’annonce solennelle du général Ripper de lancer le plan « R comme Robert », soit l’ordre donné à ses escouades d’obusiers B-52 d’entrer sans plus attendre en « Guerre Chaude » contre les « Rouges ». Durant une longue séquence d’introduction qui dure près d’une demi-heure, le film se plait à nous présenter la glorieuse Armée Américaine dans toute sa splendide incompétence : des militaires écervelés et feignants, des généraux complètement tarés aux discours métaphysiques inintelligibles (excellent Sterling Hayden) ainsi que des sous-fifres névrosés et serviles ; le tout s’agitant au cœur d’un joyeux bordel qui témoigne de l’affection sans bornes que Kubrick porte à ces personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Par la suite, c’est de mieux en mieux (ou de pire en pire, c’est selon), la situation dégénère à la vitesse grand V et le réalisateur d’Orange Mécanique se fait alors un plaisir évident de nous livrer en pâture sa vision personnelle de l’élite dirigeante de la plus grande puissance du monde.

Dr Folamour fait vraiment montre de son talent toujours inégalé, dont nous n’avions eu dans la séquence d’introduction qu’un léger aperçu, à partir du moment fatidique où le président des États-Unis décide de convoquer tout son personnel politique dans la salle de commandement stratégique pour débattre de la meilleure façon d’éviter une guerre nucléaire. C’est à partir de ce moment-clé que le film explose littéralement en une cacophonie d’inepties et de jeux de mots saugrenus tout en cumulant des scènes d’anthologie absolument brillantes ! L’appel téléphonique via la célèbre ligne rouge du président des États-Unis à celui d’U.R.S.S, qui répond complètement ivre, et la conversation délicieusement caduque qui s’ensuit est sans conteste l’une des plus drôles et des plus mordantes du film. Idem pour le discours enflammé du général Turgidson répondant à la question du président de savoir si oui ou non un B-52 pourrait échapper aux tirs ennemis, une fois que l’Assemblée a pris la « sage » décision d’abattre les obusiers chargé d’attaquer l’U.R.S.S. Toutes ces scènes sont impeccablement jouées par des acteurs tous incroyablement justes et crédibles et bénéficient d’une mise en scène théâtrale qui corrobore parfaitement le ton décalé du métrage.

C’est dans cet état d’agitation extrême qu’entre en scène le mythique Dr Folamour, interprété par un Peter Sellers alors au meilleur de sa forme qui réalisa l’exploit de cumuler trois rôles principaux pour le film (le président Muffley, le colonel Mandrake et bien sûr le docteur Folamour). L’arrivée fracassante du docteur nazi à la tronche impayable est quant à elle tout simplement grandiose : en effet, non seulement celui qui donne son nom au film sait se faire attendre en ne montrant le bout de son bras articulé qu’au bout de cinquante bonnes minutes, mais il apparait en plus comme si de rien n’était, sortant brusquement de l’obscurité, précisément dans cette même salle de réunion où se déroulait l’action depuis plus de vingt minutes et dont il était soigneusement resté hors-champ jusqu’à ce que son nom soit appelé ! Cette arrivée en grande pompe, aussi brutale qu’imprévue et dans tous les cas absolument remarquable, est immédiatement suivie du choc audiovisuel que causent son apparence farfelue et son accent germanique à couper au couteau. Le sourire carnassier, l’œil vif derrière ses petites lunettes rondes de sadique, paralysé dans son fauteuil roulant des Enfers qui lui donne des allures de savant fou robotisé, le Dr Folamour nous régale avec ses théories eugénistes complètement allumée concernant la survie de l’espèce humaine après la déflagration de « La Machine Infernale », sa fâcheuse tendance à assaisonner ses fins de discours de « Ja, mein Führer ! » et son bras mécanique qui se relève en salut Hitlérien sans crier gare. Non, vraiment, le Dr Folamour demeure sans conteste le personnage de psychopathe le plus marrant de tous les temps.

Irrésistiblement drôle dans sa forme et son contenu très « second degré », carrément choquant de par les faits malheureusement authentiques qu’il dénonce avec une énergie explosive rarement atteinte au cinéma, Dr Folamour reste un pur chef-d’œuvre de comédie satirique à voir ou à revoir pour sa noirceur et sa faculté d’auto-dérision qui parvient tout autant à divertir qu’à faire pétiller les esprits. Incontournable.

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