Dawn Of The Dead (George A. Romero, 1978)

Réalisateur : George A. Romero
Origine : États-Unis, Italie
Année de production : 1978
Durée : 1h55
Distributeur : Anchor Bay Entertainment
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Ken Foree, Scott H. Reiniger, David Emge, Gaylen Ross

Dans le monde entier, les morts sont revenus à la vie et se repaissent des vivants. L’Amérique est à feu et à sang, les autorités s’efforcent d’endiguer l’épidémie et de vives polémiques déchirent la population. Un groupe de survivants décide de s’enfuir et de se réfugier dans un centre commercial. Alors que la vie s’organise à l’intérieur, la situation empire à l’extérieur…

Réalisé dix ans après Night Of The Living Dead, Dawn Of The Dead (titre original de notre Zombie européen) signe le retour en force de George A. Romero, désormais détenteur d’un certain prestige et bien décidé à aller jusqu’au bout de son propos. La version dont je vous parlerai dans cet article est celle de Dario Argento, qui s’est vu confier la postproduction du film pour une version européenne.  Le grand maître du giallo a ainsi assuré le montage, plus court mais aussi et surtout beaucoup plus percutant et rythmé que celui de Romero, ainsi que la composition de la musique du film, interprétée par le fameux groupe italien Goblin (Suspiria ; Les Frissons De l’Angoisse).

D’emblée, le film frappe très fort avec sa séquence d’introduction complètement déchaînée rendant compte de la situation apocalyptique à laquelle la population américaine tente vainement de faire face. La frénésie du montage cut, l’anarchie des échanges verbaux entre les différents protagonistes ainsi que la cacophonie sonore produisent un effet de pure panique qui scotche d’emblée le spectateur à son siège. Le réalisateur en profite par ailleurs pour poursuivre la mise en image du dilemme éthique déjà présent dans Night Of The Living Deadet qu’il filera tout au long de sa saga : comment considérer les morts-vivants ? Faut-il les tuer froidement d’une balle dans la tête, même s’il s’agit de nos amis ou de notre famille ? Cette séquence survoltée présente ainsi deux camps opposés (l’un pour « tuer » les morts et l’autre qui s’y refuse) qui s’acharnent tous deux à défendre leur position respective avec verve alors que la majorité rejette de toute évidence l’idée d’un traitement impitoyable de leurs pairs revenus d’entre les morts. En quelques minutes seulement, Romero nous fait part de ses considérations bien pessimistes sur notre condition et nous invite à les partager en nous moquant de cette faiblesse sentimentale intrinsèquement humaine. Cette séquence éprouvante a pour but de plonger le spectateur dans une ambiance dramatique qui n’aura de cesse de monter crescendo tout au long du film et qui laisse décidément bien peu d’espoir quant à la survivance de cette espèce définitivement esclave de son inclinaison aux sentiments les plus futiles, même en temps de crise comme celui-ci.

Par la suite, le film se dévoile extrêmement gore, ce qui lui valut d’être considéré par certains comme « le film le plus effrayant de tous les temps ». Les effets spéciaux et maquillages sont réalisés par le génial Tom Savini, qui tient d’ailleurs le rôle d’un biker casse-cou armé d’une machette dans le film (personnage que l’on retrouvera par la suite dans Land Of The Dead). Ce dernier qui n’avait malheureusement pas pu collaborer au tournage de Night Of The Living Dead, car il était à cette époque mobilisé pour la guerre du Vietnam en tant que reporter d’images, se rattrape ici en réalisant de véritables prouesses esthétiques. Le spécialiste avoue par ailleurs s’être directement inspiré des horreurs qu’il a côtoyées durant la guerre, ce qui donne un rendu d’un réalisme impressionnant pour l’époque. Ainsi, certaines scènes du centre commercial (l’éviscération de l’un des bikers en tête) sont absolument sublimes et sidérantes de vraisemblance, tandis que d’autres, comme le « repas » des morts-vivants qui se nourrissent des membres et d’organes humains, sont répugnantes à souhait. Les gros plans qui s’attardent longuement sur les yeux affamés ou la bouche ensanglantée des zombies, de même que les inserts sur les morceaux de chair fraîche et les os rongés, constituent quant à eux un véritable choc visuel qui s’imprime de force dans la rétine et restera à jamais gravé dans les mémoires. Par ailleurs, l’un des moments cultes du film est celui où les bikers s’éclatent à jeter des tartes à la crème à la face hagarde des zombies. Absolument jouissive, cette séquence bénéficie d’une bonne dose d’humour qui confère un peu de fraîcheur à cet univers glauque où le sang et les tripes coulent à flot. Ces scènes d’anthologie signent la gloire de Romero, qui a réussi grâce à son audace et à son génie à bouleverser du tout au tout notre perception du cinéma d’horreur.

Pour ce qui est de l’aspect général des zombies, il est en fait plutôt inégal, et l’on peut dire que seuls les personnages principaux (Roger et Stephen une fois transformés) sont vraiment réussis car très détaillés. Quant aux autres, même s’ils demeurent bien évidemment plus que corrects et parfaitement crédibles, ils connaissent encore quelques petits cafouillages niveau maquillage ; il faudra donc attendre son prochain film, Day Of The Dead, pour enfin voir des zombies arrivés au summum de la perfection. Néanmoins, l’oncle George reste toujours aussi fort dans l’art de diriger ses figurants ; l’on retrouve ainsi la gestuelle caractéristique de l’œuvre Romérienne et il faut bien avouer que c’est un véritable plaisir que de voir les zombies déambuler sans but dans le centre commercial, chuter dans les escalators ou barboter dans les fontaines. De plus, Romero, regrettant probablement d’en avoir trop dit quant aux origines de l’apparition du phénomène dans Night Of The Living Dead (même si c’était déjà plutôt vague), décide de brouiller les pistes en lâchant une théorie issue du vaudou comme éventuelle explication (« Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre… »). Du coup, même dix ans après, le mystère reste total et, tout au long de la saga, le public n’aura jamais connaissance des véritables raisons qui auront poussé les morts à se relever.

Le jeu des acteurs est lui aussi sans faille, et l’on a tôt fait de s’attacher à ce petit groupe de survivants qui tente le tout pour le tout pour s’échapper de cet enfer sur terre. Les conséquences de l’isolement de longue durée qu’ils subissent sont très bien rendues, le film parvenant à représenter la lente déchéance mentale de chacun des protagonistes de manière très efficace (Roger qui pète les plombs et devient de plus en plus imprudent ; la journaliste qui joue les pin-up en se maquillant comme Bozo le clown, etc.). L’organisation que met en place le groupe pour survivre reste elle aussi très plausible de par sa simplicité ainsi que la spontanéité des différentes réactions et décisions des personnages.

En effet, les héros de Zombie sont avant tout humains, c’est donc sans grande surprise que nous les observons s’efforcer de vaincre leur angoisse par le biais de la consommation. Une fois le centre commercial accessible après l’extermination des zombies environnants, la joie explose : une jouissance semblable à celle d’un enfant en extase devant le rayon des jouets et qui présage leur lente mais sûre ascension vers une folie certaine. Les personnages se saisissent alors de tout ce qui leur tombe sous la main (montres, bijoux, manteaux, chapeaux, etc. ; des futilités en somme) tout en essayant de se convaincre qu’il existe bel et bien quelque avantage au tragique de leur situation inextricable. En choisissant la consommation d’objets pure et simple comme dernier sursaut de joie de l’humanité avant son extinction, Romero affirme le côté pamphlétaire de son œuvre (qu’ont dédaigné les critiques de l’époque) et livre une satire féroce de la superficialité des préoccupations principales de la population américaine (et même mondiale). « Ils viennent ici par habitude. Ce lieu devait tenir une grande place dans leur vie… » Cette phrase culte appuie la mise en évidence de cet engrenage pathétique mis en place par une société consumériste et égoïste que Romero rejette de toutes ses forces. A cet instant, c’est bel et bien la voix du réalisateur qui résonne à travers les paroles de Peter, interprété par Ken Foree (Massacre A La Tronçonneuse 3 ; L’Armée Des Morts), acteur de séries Z qui signera son retour zombiesque trente ans plus tard avec Zone Of The Dead, film serbe raté qui relève davantage d’une volonté de « recyclage » que d’innovation.

Avec Zombie, George A. Romero parvient à produire un véritable film d’auteur devenu par la suite  au moins aussi culte que Night Of The Living Dead, beaucoup plus violent et dérangeant que son prédécesseur. Une œuvre digne de figurer au panthéon des films d’horreur les plus marquants de l’histoire du cinéma de genre, et qui témoigne de par ses moyens extrêmes de l’immense force de frappe du maître incontesté des morts-vivants.

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