Black Swan (Darren Aronofsky, 2010)

Réalisateur : Darren Aronofsky
Origine : Etats-Unis
Année de production : 2010
Durée : 1h43
Distributeur : Twentieth Century France
Interdiction : Aucune
Interprètes : Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Winona Ryder,

Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily…

Qu’on se le dise, Black Swan fait partie de ces films qui parviennent à vous retourner les tripes en deux plans-trois mouvements. Bénéficiant d’une esthétique époustouflante et d’une prodigieuse interprétation de la part de son actrice principale, la belle et talentueuse Natalie Portman (Star Wars I et II ; V Pour Vendetta ; Closer, Entre Adultes Consentants) qui affiche ici une ambiguïté plus que troublante, le film de Darren Aronofsky (Requiem For A Dream ; The Fountain ; The Wrestler) offre un traitement du thème pourtant assez ressassé de la dualité avec une virtuosité tout bonnement déconcertante. Préparez-vous à recevoir une bonne grosse claque comme on n’en reçoit plus !

Black Swan est avant tout l’histoire d’une jeune femme sensible et fragile, Nina, qui va peu à peu se laisser consumer par le seul et unique feu qui l’anime réellement dans la vie : la danse. Poussée par son entourage à découvrir sa part d’ombre pour être en mesure d’interpréter le rôle maléfique du célèbre Cygne Noir, Nina va explorer une facette de sa personnalité qu’elle n’avait jusqu’alors jamais soupçonnée ; ainsi le film tout entier retrace t-il la progressive déchéance mentale et physique de cette ballerine au cœur de verre dont le drame existentiel est de n’avoir vécu qu’au travers de sa passion démesurée, jusqu’à complètement perdre de vue toute notion identitaire constitutive de son être véritable. Alors que tout le monde autour d’elle la somme de « se perdre » (« Loose yourself ! », lui répètera maintes fois son prof de danse), le spectateur, lui, ne peut que frissonner d’angoisse à l’idée de cet inévitable cataclysme psychologique qui se profile à l’horizon et que suggèrent les nombreux indices extra-diégétiques laissés par le film.

En effet, chacun des éléments filmiques qui composent Black Swan sont mis au service d’une logique implacable de destruction imminente. Premier constat dès la séquence d’ouverture : la caméra est extrêmement mobile et semble parfaitement coller au corps de Nina, tournoyant autour d’elle avec une énergie folle qui semble être celle du désespoir. Par ailleurs, l’image se présente comme étant prise dans un processus de vacillement permanent qui tend à s’amplifier au fil du film, comme si cette dernière se voulait la représentation purement cinématographique de l’instabilité mentale et émotionnelle de Nina, prête à s’effondrer comme un château de cartes au moment opportun. La musique, magistralement composée par il maestro Clint Mansell (Requiem For A Dream, The Fountain), opère quant à elle de légères dissonances dans ses mélodies, comme pour signifier au spectateur de manière quasi « organique » que quelque chose cloche dans ce parcours a priori sans fautes que le film choisit de reconstituer avec beaucoup d’humanité et d’authenticité. Enfin, le traitement des bruitages sonores vise à appuyer certains évènements qui s’avèreront être le déclencheur de la folie de Nina, ou au contraire à représenter concrètement le glissement imperceptible mais bel et bien présent qui s’opère au sein de son esprit tourmenté par un trop-plein de pression qu’elle n’était pas à même de supporter. De cette manière, le travail consacré aux mouvements de caméra et à la bande-sonore confèrent à l’atmosphère générale de Black Swan un sentiment d’inquiétante étrangeté et agissent ainsi comme de sombres présages visant à instaurer un suspense par anticipation proprement viscéral.

C’est en effet presque avec la boule au ventre que l’on « subit » littéralement la métamorphose de Nina « sweety girl » en cet idéal inaccessible qui lui permettra enfin de s’approprier le rôle du Cygne Noir, malheureusement de manière définitive… Natalie Portman est absolument stupéfiante dans son personnage de jeune femme surprotégée par sa mère et tiraillée entre ses désirs de gloire et ses difficultés à vivre pleinement le moment présent, elle est un véritable tourbillon d’émotions vives qu’elle réussit à véhiculer avec une candeur saisissante. De manière générale, l’intégralité du film est porteur d’une pluralité de sensations très éprouvantes qui « remplissent » peu à peu le spectateur jusqu’à « l’overdose » finale où celui-ci ressentira la nécessité de se changer les idées en même temps que le besoin irrépressible de ressasser tout ce dont il vient de s’imprégner durant presque deux heures pour revivre encore et encore cette expérience d’une intensité rare. La folie latente de Nina se ressent au travers de tous les espoirs qu’elle place dans ce rôle de « Reine des Cygnes » qui semble enfin donner un sens à son existence, mais aussi et surtout dans le délire paranoïaque qui s’installe progressivement au cœur de l’intrigue et que nous, spectateurs naïfs et consentants, partageons pleinement, dupés par les jeux de doubles et de miroirs dont le film use avec beaucoup d’intelligence pour nous manipuler en beauté et nous emmener là où nous n’aurions jamais cru aller de notre plein gré.

Les scènes de danse, jouées par Natalie Portman elle-même, comportent en leur sein un magnétisme hypnotique que la mise en scène parvient à transcender de manière absolument magistrale, notamment via les mouvements extraordinaires de la caméra qui semble « danser » elle-même. Le spectateur se retrouve ainsi complètement transporté par ces démonstrations ultimes de grâce et de beauté sublimées par la symphonie de Tchaikovsky revisitée par le génie Mansell, et ce dès la séquence d’introduction qui nous plonge d’emblée dans un univers ensorcelé qui agit sur nous comme un puissant sortilège. On retrouve également le goût certain d’Aronofsky pour l’esthétique du clip qu’il avait poussée à son paroxysme dans Requiem For A Dream, notamment dans la scène hallucinante de la discothèque durant laquelle Nina décide de faire sauter toutes les barrières qu’elle s’était imposées jusqu’alors. Cette séquence réussit à nous plonger dans une sorte d’état extatique proche de celui de Nina, un état « second » dans lequel la jouissance des sens l’emporte sur tout semblant de raisonnement logique.

Certaines scènes de Black Swan utilisent par ailleurs les codes du cinéma d’horreur avec beaucoup d’ingéniosité, instaurant par là même une ambiance lugubre et angoissante digne des grands films de genre. En se servant du « prétexte » des hallucinations sensorielles de son héroïne, le film explore des mécanismes de la psyché qu’il parvient à retranscrire à l’écran de manière plus que convaincante, notamment lors des scènes de métamorphose fantasmée de Nina, vraiment impressionnantes. En plus de la portée dramatique et fantastique que cette improbable transformation physique implique, on relèvera chez Black Swan une dimension hautement poétique qui atteint son apogée lors de la représentation finale du « Lac des Cygnes ». Le film prend alors des allures de tragédie antique que le jeu sans failles de Natalie Portman achève de rendre inoubliable pour le spectateur à la fois traumatisé et émerveillé par l’explosion passionnelle de ces dernières images.

Fascinant, bouleversant et aussi sombre qu’éblouissant, Black Swan constitue indéniablement le chef-d’œuvre ultime de la carrière d’Aronofsky, et à partir de ce jour l’un de mes films préférés. Un film à aller voir de toute urgence, vraiment !

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