Day Of The Dead (George A. Romero, 1985)

Réalisateur : George A. Romero
Origine : États-Unis
Année de production : 1985
Durée : 1h42
Distributeur : United Film Distribution Company
Interdiction : Interdit aux moins de 16 ans
Interprètes : Lori Cardille, Terry Alexander, Joseph Pilato, Jarlath Conroy

Les morts-vivants se sont emparés du monde. Seul un groupe d’humains, composé de militaires et de scientifiques, survit dans un silo à missiles. Deux solutions se présentent : fuir ou tenter de contrôler les zombies…

Il aura fallu attendre 1985, soit sept ans après l’immense succès international de Dawn Of The Dead, pour que George A. Romero se décide enfin à poursuivre sa légendaire saga des morts-vivants avec Day Of The Dead, censé définitivement clore la mythologie Romerienne établie depuis 1968 grâce à Night Of The Living Dead. Nous savons bien évidemment qu’il n’en sera rien, puisque ce bon vieux George se retrouvera presque vingt ans plus tard en proie à une petite crise de nostalgie aiguë qui le poussera à se relancer corps et âme dans l’épopée zombiesque qui a forgé sa réputation avec Land Of The Dead (2004). Quoiqu’il en soit, ce troisième volet est à mon sens le plus réussi de toute la saga, le Père des morts-vivants étant parvenu à pousser le plus loin possible son concept de génie avec un réalisme tout simplement impressionnant qui a le don de nous laisser littéralement sur le carreau.

Et il faut bien avouer que les effets spéciaux et maquillage du maître incontesté du gore Tom Savini y sont pour quelque chose… C’est simple, d’un point de vue plastique, Day Of The Dead atteint un tel niveau d’excellence qu’il parvient encore à nous épater en dépit de son grand âge, ce qui n’est pas rien pour un film d’horreur voué par nature à marquer durablement l’inconscient collectif de son public. De plus, on peut constater que cette fois encore, Romero n’y va pas de main morte et se lâche même carrément sur le gore : le film s’attarde bien volontiers sur des éventrations, décapitations, énucléations, amputations et autres démembrements longuement et merveilleusement détaillés qui envahissent progressivement l’écran jusqu’à une apothéose finale qui ne manquera pas d’en choquer plus d’un… La pellicule se marque lentement mais surement d’un ton rouge sang résolument jouissif pour les fans d’horreur décomplexée que la vision de viscères gluantes ou de cerveaux plus vraiment très frais suffit à combler de joie pour la journée.

Les zombies, en plus de leur design absolument parfait (rien à redire…), forment une masse hétérogène pour laquelle Romero semble avoir laissé carte blanche à l’expression de sa créativité légèrement tordue sur les bords… Pour le coup, on aura donc l’occasion de croiser un zombie-clown pas très commode (tout simplement énorme !), une zombette-danseuse étoile en tutu (qu’elle est belle…), et j’en passe et des meilleurs pour ne pas vous gâcher le plaisir de la surprise… Néanmoins, la palme du plus beau zombie jamais crée au cinéma revient sans conteste à « Boubou » (« Bub » en anglais, interprété par le talentueux Sherman Howard), le mort-vivant « domestiqué » par le professeur Frankenstein alias Richard Liberty, complètement déchaîné dans son rôle de savant-boucher au regard illuminé. Le travail d’exploration du comportement zombiesque de Romero reste une véritable bouffée d’air frais pour les puristes du genre : en effet, c’est un plaisir sans nom que d’observer Boubou subir les réminiscences de sa vie passée au contact de banals objets du quotidien tels qu’un rasoir ou un téléphone. La scène durant laquelle ce personnage, qui pour moi restera à jamais LE zombie ultime de l’histoire du cinéma d’horreur, parvient à ressentir de nouveau des tréfonds de son inconscient l’extase toute simple d’écouter une symphonie classique figure aujourd’hui au panthéon des scènes cultes pour les amateurs de films de zombies. Il faut dire que George Romero a creusé à fond le mythe qu’il a lui-même crée en 1968, allant jusqu’à définir une psychologie voire même une sociologie « du zombie » ainsi qu’une perspective d’évolution comportementale incroyablement précise et tout à fait crédible.

Comme à son habitude, Romero couple son récit d’une réflexion philosophique sur sa propre définition de l’humanité via de longs monologues souvent enflammés de ses personnages : qu’est-ce qui nous différencie de ces morts-vivants, en somme ? Et comment réduire la distance qui nous sépare ? Le dilemme qui déchire les deux camps de la base armée, soit les militaires et les scientifiques, consiste à décider s’il faut éradiquer les morts-vivants sans sommation ou s’il existe une possibilité de leur apprendre à ne plus attaquer les vivants. Ce postulat de base demeure absolument fascinant si l’on prend en compte l’évolution colossale que Romero fait subir à cette figure anthologique du cinéma d’horreur qu’est le zombie depuis sa création : de simple cadavre ambulant mu uniquement par l’instinct de survie le plus primitif qui soit, il en fait un être capable d’apprendre de ses erreurs, de se méfier, de se souvenir de certains conditionnements de sa vie passée et même de ressentir des émotions intrinsèquement humaines telles que la tristesse, le joie ou encore la colère. Ainsi Boubou devient-il l’avatar du zombie intelligent ou en passe de le devenir, idée que le cinéaste de Pittsburgh poursuivra par la suite dans Land Of The Dead avec le personnage de leader des morts-vivants « Big Daddy ».

A l’instar de Night Of The Living Dead, Day Of The Dead est profondément marqué par la démonstration par A+B que les humains sont définitivement incapables de venir à bout de leurs différences pour collaborer et tenter de survivre tous ensemble. Alors qu’en principe « l’union fait la force », c’est en réalité « la loi du plus fort » qui tend à primer en situation de crise grave comme une invasion de zombies mangeurs de chair vivante… Ce discours à l’acide nitrique que tient Romero en toile de fond tout au long de son film confère au Jour des Morts-Vivants une dimension pamphlétaire redoutable qui comme toujours ne manque pas de nous atteindre précisément là où ça fait mal. Et s’il est vrai que les militaires sont ici présentés comme de gros porcs écervelés et violents, force est de constater que c’est l’humanité toute entière qui est ici visée par le doigt accusateur d’un Romero alors au sommet de son art et pessimiste jusqu’au bout des ongles. Pessimiste, certes, mais non dénué d’humour tout de même : on retiendra le petit clin d’œil à Stephen King par l’intermédiaire du livre Salem’s Lot (Salemen français, best-seller que Tobe Hopper adaptera au cinéma en 1979 sous le titre Les Vampires de Salem) que donne le professeur Frankenstein à son protégé Boubou pour que celui-ci se souvienne des joies saines et naturelles d’une bonne lecture fantastique.

Day Of The Dead est donc à considérer comme un authentique chef-d’œuvre dans la carrière de Romero mais aussi au regard du cinéma d’horreur dans son intégralité, une petite perle horrifique comme on en fait plus servie par une réalisation d’excellente facture à tous les niveaux. Gore, sombre, intelligent et dérangeant au possible, Day Of The Dead explose les limites de la censure et de la morale bien-pensante de son époque pour nous offrir une œuvre aussi virulente que divertissante. Incontestablement le meilleur volet de la saga Of The Dead.

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