Jeepers Creepers (Victor Salva, 2000)

Réalisateur : Victor Salva
Origine : États-Unis, Allemagne
Année de production : 2000
Durée : 1h31
Distributeur : Bac Films
Interdiction : Interdit aux moins de 12 ans
Interprètes : Justin Long, Gina Phillips, Jonathan Breck

Pour les vacances d’été, Trish et son frère Darry prennent la route pour rendre visite à leurs parents. En chemin, ils sont poursuivis par un chauffard à bord d’un vieux camion rouillé qui s’enfuit à toute vitesse après avoir manqué de les percuter. Quelques kilomètres plus loin, Trish et Darry aperçoivent le conducteur du camion balancer ce qui semble être des corps humains dans une fosse près d’une ancienne église abandonnée. Une fois l’étrange personnage parti, Darry décide de pénétrer à l’intérieur de la fosse. Il va alors découvrir de terrifiants secrets…

Victor Salva n’est pas un débutant en matière de thrillers fantastiques-horrifiques, et ça se voit. Après The Watch, Clownhouse, Nature Of The Beast et l’excellent Powder, le réalisateur remarqué en 1986 par Francis Ford Coppola revient en force avec Jeepers Creepers, premier volet de ce qui allait devenir une trilogie quatre ans plus tard. Et c’est un véritable coup de maître pour le cinéaste californien qui renoue ici avec ses premières amours en nous offrant un pur thriller d’épouvante réalisé dans les règles de l’art de la série B. Attention, il ne s’agit nullement d’un film de cinéma bis, loin de là, cependant, la forme esthétique et narrative de Jeepers Creepers se rapproche fortement de celle des films de genre low cost des années 80-90.

Incisif, concis et diablement efficace, Jeepers Creepers va droit à l’essentiel sans s’alourdir de tergiversations inutiles. Le film nous plonge directement dans l’action tout en prenant le temps de présenter ses deux personnages principaux, Trish et Darry, deux frères et sœurs qui, derrière leurs chamailleries incessantes, se vouent l’un pour l’autre un amour intarissable. Puis, brutalement, l’élément perturbateur fait son entrée dans le récit de manière fracassante (et c’est le cas de le dire) sous la forme d’un camion sinistre qui relève plus du tas de ferraille que du truck texan habituel. Comme dans Duel de Steven Spielberg, la menace est ici sans visage, incarnée par une machine qui semblerait presque vivante et dont l’objectif, comme l’indique sa plaque d’immatriculation (« BeatNGU » = « Beating You »), est de tout démolir sur son passage. C’est à ce moment-là que tout s’accélère. Après le ton léger des joutes verbales entre Darry et Trish (par ailleurs très amusantes) l’ambiance se fait plus grave, inquiétante, mystérieuse. Mais qui est donc cet individu effrayant qui balance des cadavres dans une fosse désaffectée ?

Le suspense est ainsi établi avec brio, et c’est le souffle court que l’on suit les morbides pérégrinations d’un Darry pétrifié par la peur au cœur de la « cave de la douleur », l’antre de la bête. Certains éléments du décor sont absolument ahurissants (« la chapelle Sixtine redécorée par un psychopathe ») même s’ils ne sont visuellement pas du plus bel effet (est-ce dans le but de conserver cet aspect old school revendiqué dès le début du film ?). En effet, les effets spéciaux pêchent un peu, ce qui risque d’en rebuter certains, mais ce fait n’est pas dérangeant outre mesure… Par exemple, si le boggeyman s’avère très classe lors de sa première apparition dans la pénombre, la découverte de son visage est pour le moins décevante. L’acteur Jonathan Breck (Spiders) semble affublé d’un masque d’Halloween ridicule dont le design est pourtant assez proche de celui du djinn de Wishmaster, mais en bien plus moche. Par ailleurs, mises à part quelques scènes marquantes, Jeepers Creepers n’est pas un film gore, Victor Salva préférant aux boucheries grand-guignolesques la suggestion et la subtilité.

L’un des atouts majeurs du film est sans conteste la profondeur dont bénéficient ses personnages. Trish et Darry sont en effet très attachants et drôles, et l’on ne peut s’empêcher d’espérer qu’ils réussissent à se sortir des griffes de ce gigantesque épouvantail dépenaillé qui a décidé de les prendre en chasse. Le rythme de Jeepers Creepers ne souffre d’aucune longueur et l’intrigue reste prenante du début à la fin du film même si, objectivement, la première partie demeure meilleure que la seconde. Cela est dû en partie au fait que certains éléments auraient pu être supprimés car ils n’apportent pas grand-chose à l’histoire ; notamment le personnage de la voyante qui n’a qu’une utilité strictement extra diégétique, c’est-à-dire qu’à part informer le spectateur des origines et motivations supposées du Jeepers Creepers, elle ne sert absolument à rien. Les quelques références aux films d’horreur de Trish sont quant à elles très réjouissantes, et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous l’entendons prévenir son aventurier de frère lorsqu’il veut descendre dans la fosse : « Arrête, dans les films d’horreur, ça se passe toujours comme ça… », etc. Cette petite attention de la part du réalisateur va dans le sens de l’hypothèse selon laquelle Jeepers Creepers serait une sorte de déclaration d’amour aux films de genre… Et c’est réussi !

Le dénouement final est quant à lui plutôt surprenant et original (même si on s’en doutait un peu quand même…) et achève de caractériser cette petite œuvre insolite qui a largement de quoi rivaliser avec les nombreuses productions horrifiques de la décennie. Pas incontournable mais en tout cas inoubliable, Jeepers Creepers demeure un excellent divertissement mais aussi un agréable retour aux sources pour tous les spectateurs fans de séries B.

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