Big Bang Love Juvenile A (Takashi Miike, 2007)

Titre original : 46-okunen no koi
Réalisateur : Takashi Miike
Origine : Japon
Année de production : 2007
Durée : 1h25
Distributeur : NC
Interdiction : Aucune
Interprètes : Ryûhei Matsuda, Masanobu Ando, Ryo Ishibashi, Renji Ishibashi

Après avoir assassiné de sang-froid l’homme qui l’a violé, Jun, jeune homme à l’allure androgyne et serveur dans un bar gay, se retrouve en prison. Il y fait la connaissance de Shiro, détenu violent à la beauté troublante qui décide de le protéger des autres prisonniers. Entre eux deux se forme un lien fragile de respect et d’acceptation mutuelle. Quelques temps plus tard, Shiro est retrouvé mort dans sa cellule. Jun s’accuse du meurtre. Deux policiers mènent l’enquête pour découvrir la vérité.

Que l’on aime Takashi Miike ou pas, le réalisateur le plus prolifique de l’Empire du Soleil Levant (Dead Or Alive I, II et III ; Ichi The Killer ; Crow Zero I et II ; Audition ; Visitor Q), force est de reconnaitre que son art demeure fondamentalement atypique dans la production cinématographique contemporaine. Sa filmographie pour le moins hétéroclite ne compte pas moins de cinquante films en dix ans ! Et, parmi cette avalanche de perles rares – et de navets indigestes – se trouve Big Bang Love Juvenile A, aussi connu sous le nom de 4,6 Billion Years Of Love, qui selon moi reste à jamais le chef-d’œuvre incontournable de Miike. Histoire tragique de la rencontre de deux êtres que tout sépare sur fond de poésie aigre-douce, Big Bang Love Juvenile A est une véritable allégorie de l’amour éternel et absolu.

L’atout majeur du film est indéniablement sa beauté esthétique : chaque plan est orchestré de manière à symboliser l’état intérieur de Jun, le personnage principal du film interprété par Ryûhei Matsuda (Tabou ; IZO ; Nightmare Detective), au sommet de son art. Des scènes déconcertantes de par leur caractère abstrait et leur parfaite subjectivité, mais aussi d’une beauté renversante. La photographie (travail sur les couleurs, jeu d’ombres et de lumière, etc.) ainsi que la mise en scène subtilement élaborée ont été conçues de manière à ce que le spectateur entre en totale osmose avec les émotions de Jun et ainsi faire naître un fort sentiment d’empathie envers les deux protagonistes principaux. Chaque séquence regorge de symboles puissants qui laissent place à toutes les possibilités d’interprétations (psychologique, métaphysique, philosophique…) que le spectateur émerveillé gardera longtemps en tête.

Les acteurs, quant à eux, ont de toute évidence été magistralement dirigés : Ryûhei Matsuda est bouleversant dans son rôle de jeune homme au visage angélique transi d’amour pour son double antithétique ; sa fragilité, sa tristesse et sa sensibilité plus que palpables crèvent littéralement l’écran… Et notre cœur. Masanobu Ando (Sakuran ; Battle Royale ; Nightmare Detective) n’est pas en reste non plus : il semble s’être parfaitement approprié la personnalité à fleur de peau de son personnage Shiro. Derrière des airs de dur sans cœur et sans reproches, il réussit à laisser transparaître une vulnérabilité profondément touchante, comme si derrière son masque de haine et de violence exacerbées se cachait un cœur saignant dévoré par la culpabilité

De toute évidence, l’excellent jeu des acteurs contribue énormément à la beauté du film. Chacun de leurs gestes, de leurs regards et de leurs échanges est à lui seul une prouesse esthétique. Et, au final, l’histoire d’amour reste au second plan et sert même, en quelque sorte, de prétexte à Miike pour exprimer son profond attachement pour la beauté artistique. En effet, l’amour pudique et respectueux de Jun pour Shiro ne sera jamais véritablement exprimé car demeure sans aucun espoir de retour. La personnalité de Shiro est brisée, réduite en miettes par ses expériences douloureuses de solitude et d’abandon, il n’a pas de maîtrise sur ses pulsions et son univers de destruction ne laisse aucune place à l’amour ou à la tendresse dont il aurait besoin. C’est donc un amour à sens unique que Miike retranscrit au travers de la symbolique esthétique de son film, que chacun pourra interpréter à sa guise selon sa propre sensibilité. Parmi les sujets abordés, on retrouve bien évidemment l’amour, mais aussi l’innocence, la solitude et la culpabilité, thématiques chères au réalisateur japonais.

Le film soulève également des interrogations métaphysiques quant au devenir des prisonniers : pourront-ils recommencer une nouvelle vie en considérant leurs crimes comme appartenant au passé ? Ou devront-ils plutôt se tourner vers l’expiation pour enfin espérer atteindre la rédemption ? Le film ne propose aucune réponse et préfère laisser le spectateur se faire sa propre opinion ; de la même manière, la fin reste ouverte et libre d’interprétations.

Big Bang Love Juvenile A est donc une œuvre singulièrement abstraite, parfois onirique mais éternellement poétique, dont la symbolique esthétique, poussée à son paroxysme, pourra fasciner les uns comme repousser les autres. A ne pas mettre en toutes les mains…

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